Dossier sur l'humanitaire 

Le business du volontourisme


L’humanitaire imaginaire
Isabelle Hachey La Presse


PHNOM PENH, Cambodge — À l’instant où le tuk-tuk bringuebalant me dépose aux portes de l’orphelinat Home of Hope, après s’être frayé un chemin à travers les rues agitées de Phnom Penh, sept volontaires espagnoles sont, elles, en train de faire leurs adieux. Sourire aux lèvres, elles prennent la pose avec les enfants pour les photos souvenirs. Elles ont consacré l’essentiel de leur séjour de deux semaines à peindre une murale sur la façade de l’orphelinat.

Un lion. Un éléphant. Un lapin. Des papillons.
Plantée dans la salle commune, j’observe la quinzaine de pensionnaires, pour la plupart gravement handicapés, sans avoir la moindre idée de ce qu’il faut faire. Personne ne me présente les enfants. Personne ne me donne de consignes. Je suis laissée à moi-même, une bénévole parmi d’autres dans la machine à saucisses du « volontourisme » international.
Je me suis enrôlée dans cette « mission humanitaire » par l’entremise de Projects Abroad, l’une des plus grandes organisations de volontariat payant de la planète. Chaque année, cette entreprise britannique envoie plus de 10 000 bénévoles dans 27 « pays d’action » à travers le monde.

J’ai versé 2215 $ à Projects Abroad pour vivre une « expérience extrêmement gratifiante » de deux semaines au Cambodge. Le logement et la nourriture, très abordables dans ce pays pauvre d’Asie du Sud-Est, sont compris dans le forfait, mais pas le billet d’avion, qui m’a coûté 1600 $ supplémentaires.
La Presse s’est livrée à l’exercice afin d’enquêter sur un phénomène en émergence : le volontourisme. C’est donc sans révéler mon identité de journaliste que je me suis enrôlée dans cette mission.
Ça n’a pas été difficile. Il m’a suffi de verser un dépôt de 295 $. J’ai pu immédiatement choisir la destination, le type de mission et la date précise de mon départ, en fonction d’une seule et unique chose : mes propres désirs.

Trop facile ?

Sans aucun doute, dénoncent les critiques, pour qui ces coûteuses vacances solidaires font malheureusement plus de mal que de bien. À leurs yeux, les bénévoles envoyés par milliers en Afrique, en Asie et en Amérique latine forment sans le savoir les rouages d’une machine non pas motivée par le bien-être des communautés locales, mais d’abord et avant tout par le profit.
Une machine de plus en plus grosse, qui est en train de pervertir la notion même du travail humanitaire à l’étranger.

***

Il n’y a pas si longtemps, les touristes se contentaient de visiter le monde. Aujourd’hui, ils veulent le sauver. L’industrie s’est adaptée à la demande. Des agences de voyages proposent à leurs clients d’être davantage que de simples touristes. Elles leur offrent de mettre la main à la pâte. De faire le bien.
C’est ce qu’on appelle le volontourisme. Et c’est le secteur qui enregistre le plus fort potentiel de croissance de l’industrie. « C’est une niche très lucrative », dit Mark Watson, directeur de l’organisme britannique Tourism Concern. Il évalue les marges de profit du volontourisme entre 30 et 40 %, alors qu’elles ne sont que de 2 à 3 % dans l’industrie du tourisme traditionnel.
En théorie, tout le monde y gagne : l’agence de voyages, qui touche de juteux bénéfices, les clients, qui vivent une expérience personnelle enrichissante, et les pays hôtes, qui profitent du travail d’une armée de volontaires enthousiastes.
Sauf que ce n’est pas si simple, prévient M. Watson. Trop souvent, dit-il, les volontaires paient d’importantes sommes pour ne rien accomplir de valable. « Il n’est pas rare qu’un groupe de volontaires peigne une école… pour qu’un autre groupe de volontaires la repeigne deux semaines plus tard ! »

Ce n’est pas une exagération. À Phnom Penh, les murs de Home of Hope sont couverts de dessins naïfs, peints par des hordes consécutives de bénévoles. La murale des Espagnoles n’est pas encore sèche quand l’un des missionnaires responsables de l’orphelinat, constatant mon air désemparé, finit par m’approcher.

– Vous êtes nouvelle ?

– Oui.

– Quelles sont vos qualifications ?

– Je n’en ai pas.

– Ah, bon. Vous savez dessiner ?

– Euh… oui, un peu.

– Alors, vous pourriez faire une murale !

***

Chileap, 15 ans, est moins timide que moi. Quelques minutes à peine après mon arrivée à l’orphelinat, il me prend la main et m’entraîne devant la porte de la salle, fermée à clé, où sont rangés les jouets. Je ne parle pas un mot de khmer, mais le garçon sait fort bien se faire comprendre. Il sait aussi qu’il devra jouer du coude pour conserver mon attention. Bientôt, Sochiat, 6 ans, saute dans mes bras pour réclamer un câlin. Il ne m’a jamais vue de sa vie.
C’est déroutant. Et, bien sûr, gratifiant. Les missions humanitaires auprès d’enfants négligés ou abandonnés ont la cote en volontourisme. Sur son site web, Projects Abroad assure d’ailleurs que « l’affection et le soutien » que les volontaires offrent à ces enfants sont « importants pour leur développement ».
Or, l’Unicef et d’autres organismes voués à la protection de l’enfance soutiennent exactement le contraire. Ces groupes supplient les bénévoles d’éviter le travail en orphelinats. Quand des enfants se jettent dans les bras de purs inconnus, préviennent-ils, c’est trop souvent le signe d’une détresse profonde.
« Les agences promettent aux volontaires qu’ils pourront bâtir une relation avec les enfants, qu’il y aura un attachement émotif. Ça fait vendre. Mais pour les enfants, ce lien est sans cesse rompu par les volontaires qui entrent, puis sortent de leur vie. Ils se sentent continuellement abandonnés. »

– Anna McKeon, de Better Volunteering, Better Care, une initiative vouée à décourager le volontariat en institution

Elle-même ancienne bénévole dans des orphelinats du Kenya et de la Thaïlande, Anna McKeon a mis du temps avant de saisir – et d’admettre – que l’aide qu’elle croyait apporter était en fait une nuisance. « Il est très difficile pour un volontaire d’en prendre conscience. Il reçoit tout cet amour de la part de l’enfant, mais ne voit pas ce qui se passe après son départ. En vérité, ces abandons répétés ont des conséquences très graves pour le développement de l’enfant et ses futures capacités relationnelles. »
À Home of Hope, nous sommes sept volontaires du Canada, de la France, des États-Unis, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Sept pour 15 enfants. La durée des séjours varie de deux semaines à trois mois. Bientôt, d’autres bénévoles s’attacheront à ces enfants, avant de repartir chez eux, à l’autre bout du monde, avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose.

Mais quoi, au juste ?

Je prends le directeur de l’orphelinat à part pour lui demander s’il croit vraiment bénéfique pour ces enfants d’avoir sans cesse à s’ajuster le cœur en fonction du bénévole du moment. « Ils sont habitués », me répond le frère Binu Thomas.

– D’accord, mais est-ce bon pour eux ?

– Peut-être que oui. Ils sentent qu’ils sont voulus. Aucun d’eux n’a de parents. Vous leur donnez un amour maternel.

– Lorsque nous partons, se sentent-ils abandonnés ?

– Non, parce qu’ils ne sont pas normaux. Ils ne sentent pas cela.

Simon, un garçon trisomique, Panith, atteint de paralysie cérébrale, et Ty, dont le corps est tordu par la polio, ne ressentiraient donc pas l’abandon aussi douloureusement que n’importe quel enfant « normal » ? Difficile de croire qu’ils n’ont pas besoin, au moins autant que les autres, d’une figure d’attachement stable.

Au moins ont-ils probablement bel et bien été rejetés par leurs parents, incapables d’en prendre soin en raison de leur déficience physique ou mentale. C’est loin d’être le cas de tous les enfants en orphelinats du Cambodge.

Nulle part le problème des portes tournantes du volontariat ne se pose-t-il avec plus d’acuité que dans ce pays, où le nombre d’orphelinats a littéralement explosé depuis 10 ans. Le Cambodge en compte désormais plus de 600, dont la plupart échappent à tout contrôle gouvernemental. Le nombre d’orphelins, pourtant, diminue sans cesse depuis la fin du règne des khmers rouges, il y a 35 ans.

Alors, pourquoi cette prolifération d’orphelinats ?

Simplement pour répondre à la demande. La hausse est liée à l’augmentation du tourisme et du volontariat auprès des enfants du Cambodge. Une étude réalisée en 2011 par l’Unicef, intitulée Avec les meilleures intentions, a conclu que les orphelinats du pays sont peuplés d’enfants arrachés à leurs parents dans le but de soutirer des dons étrangers.

Au Cambodge, les volontouristes créent eux-mêmes les orphelins qu’ils veulent aider à tout prix.

***

Projects Abroad soutient s’être engagé à améliorer les conditions de vie des enfants de Home of Hope. En 2014, un groupe d’élèves australiens y a aménagé une salle d’activités sensorielles. D’autres bénévoles ont procuré de l’ombre à l’aire de jeux, qui en avait bien besoin.
« Projects Abroad est très reconnaissant envers ces groupes de jeunes volontaires et doit aujourd’hui s’assurer que leurs efforts aient un réel impact à long terme », lit-on sur le site web de l’entreprise.

Autour de moi, pourtant, aucun volontaire ne semble connaître l’existence de la salle d’activités sensorielles, fermée à clé. Quant à l’aire de jeux, il y a bien des poteaux, sur lesquels des toiles semblent jadis avoir été fixées. Mais les toiles n’y sont plus. Le soleil plombe, plus fort que jamais, sur le toboggan de métal brûlant.
« L’objectif d’une agence de voyages n’est pas d’avoir un impact quelconque, mais de vendre un produit. Elle n’a même pas intérêt à ce que la situation change, puisqu’elle doit s’assurer que le produit reste disponible. La misère, source de profit, est donc entretenue. »
– Pierre de Handscutter, directeur de l’ONG franco-belge Service volontaire international

À Home of Hope, nous avons droit à une pause de deux heures, parfois davantage, pour dîner et faire la sieste. Pendant ce temps, les deux « vraies » employées font le « vrai » travail : lavage, ménage et tout le reste. Ce sont vers ces deux femmes khmères que les bénévoles se tournent lorsqu’elles constatent, dégoûtées, qu’il y a une couche à changer.
« Mère Teresa a dit : faites de petites choses, mais avec grand amour », me rappelle le directeur Binu Thomas, un missionnaire de la Charité, la congrégation fondée par la célèbre religieuse de Calcutta. Alors, comme les autres volontaires, je joue avec les enfants. Je dessine à la craie sur l’asphalte, je construis des tours en Mega Bloks, je m’amuse à faire l’école à Simon.

Simon qui adore, par-dessus tout, jouer à faire semblant.

Comme nous tous dans cet orphelinat.

***

Ce matin, on m’a assigné un enfant pour la journée. Il s’appelle Somnang.

Je saisis le cartable noir dans lequel les bénévoles précédents ont consigné leurs observations. Je lis : « Somnang, 12 ans. Diagnostic : autisme, graves troubles d’apprentissage, comportement difficile. »

Je range le cartable, prête à m’enfuir à toutes jambes. Plus que jamais, j’ai le sentiment de ne pas être à ma place. Avec raison, maugrée Mark Watson, de Tourism Concern. « Au Canada, vous vous attendez à ce que les employés des centres pour enfants handicapés soient qualifiés, non ? Je trouve incroyable que des gens sans la moindre expérience pensent pouvoir se présenter au Cambodge pour prendre soin de ces enfants ! »

« C’est épouvantable d’envoyer des gens non qualifiés travailler auprès de ces enfants malades. On n’a pas le droit de leur faire ça, de ne pas leur expliquer ce qu’est un enfant avec un retard mental, de les laisser complètement démunis », tranche Nicolas Bergeron, président de Médecins du Monde.

« Un stage suppose un minimum de formation, un encadrement complet et des objectifs précis. Dans ce cas-ci, on ne répond à aucun besoin. C’est une dérive marchande, une commercialisation de l’aide humanitaire. L’entreprise fait de gros profits et ne sert pas les communautés. Sur le plan éthique, c’est irrecevable. »

Le Dr Nicolas Bergeron, président de Médecins du Monde

Le site de Projects Abroad mentionne qu’il faut avoir étudié la physiothérapie « au moins trois ans » pour travailler à Home of Hope. L’entreprise n’a pourtant rien exigé de moi avant de m’offrir cette mission. Autour de moi, d’autres volontaires n’ont terminé qu’une année d’études en ergothérapie. Sans supervision, elles mettent leurs maigres connaissances à l’épreuve. Dans son blogue, l’une d’elles admettra apprendre « par essais et erreurs » sur les enfants, transformés en cobayes pour l’occasion.

À part moi et une Britannique, les volontaires n’ont pas 25 ans, l’âge minimal requis au Cambodge pour donner des soins en institution. Projects Abroad ne semble pas connaître cette norme établie par le ministère des Affaires sociales ou s’en soucier. Sur son site, l’entreprise diffuse le témoignage d’une bénévole qui venait à peine d’avoir 16 ans lors de son séjour à Home of Hope. « Jouer avec les enfants déficients mentaux était ce qu’il y avait de plus gratifiant puisqu’ils n’avaient pas de parents pour leur donner chaque jour de l’amour et de l’attention », écrit l’adolescente.

Le site de Projects Abroad déborde de témoignages semblables. Anna McKeon y a cru, elle aussi. « Aujourd’hui, ça m’attriste de voir tous ces jeunes se rendre à l’étranger en pensant que c’est comme ça qu’on aide. » Elle a parfois l’impression de prêcher dans le désert. « C’est très difficile de demander aux gens de prendre du recul, d’oublier leurs motivations personnelles et de considérer le rôle qu’ils jouent à plus grande échelle. »

Selon elle, les médias sociaux contribuent largement à la popularité du volontourisme. « Ils vous permettent de partager des expériences comme jamais auparavant. Mais ils vous soumettent aussi à une pression qui n’existait pas autrefois. » Désormais, vous devez prouver à vos amis virtuels que vous pouvez faire une différence.

Ne vous y trompez pas, prévient Anna McKeon : « La seule chose que vous réussirez à changer en vous engageant dans ce type de volontariat, c’est votre profil Facebook. »

Quand le volontariat étudiant devient nuisance

Même s’ils suivent une formation, les étudiants traditionnels peuvent se chercher. En effet, ils sont de jeunes adultes plongés dans un monde incertain et dont même la diplomation ne garantit pas un avenir radieux. Dans un tel contexte, certains sont tentés au cours ou à la fin de leurs études d’aller faire un voyage humanitaire. Le but se veut certainement noble : aider des communautés plus défavorisées d’autres pays. Et si l’idée n’est pas neuve, aujourd’hui, elle est devenue une affaire.

Ce qu’on appelle le « volontourisme » (néologie combinant « volontariat » et « tourisme ») est extrêmement populaire et très lucratif. Selon cet article du Huffington Post Québec, les marges de profit avoisineraient 30 à 40 % contrairement au tourisme normal. Bref, il y a de quoi faire saliver quelques entrepreneurs qui voient en ces gens désireux d'aider une manne qu’il ne faut pas laisser passer. Or, au-delà de l’aspect financier, est-ce que ces étudiants qui désirent faire du développement international sont un plus? Privilégie-t-on l’argent plutôt que l’éthique? Jusqu’à maintenant, personne ne s'interrogeait sur ces sujets. Depuis, le débat a lieu.
Plus de mal que de bien?

La question peut paraître horrible. Comment peut-on dire à des individus qui désirent ardemment aider d’autres personnes qu’ils risquent de nuire? Toutefois, elle doit se poser. Particulièrement à la lumière de ce témoignage d’une journaliste canadienne qui s’est lancé dans ce type de voyage. Elle y raconte qu’elle s’est retrouvée dans un orphelinat au Cambodge. Un établissement spécialisé qui prenait soin de petits lourdement handicapés. Or, comme bien des participants, elle n’avait aucune expérience ou compétence particulières. Alors, on lui a demandé de peindre une fresque… comme bien des volontaires avant elle. Ou d’être en relation avec les enfants, ce que les spécialistes de l’UNICEF n’aiment pas parce que les orphelins sont alors constamment abandonnés par les bénévoles qui vont et viennent, ce qui crée une plus grande détresse psychologique chez eux.

La critique majeure du volontariat est donc il n’y a pas de formation préalable avant de partir. Conséquemment, des étudiants vont aider des communautés qu’ils ne connaissent pas ou peu, sans connaissances de la langue locale et sans compétences particulières. Au point où finalement ils doivent être encadrés par du personnel déjà débordé alors qu’elles devraient leur être un soutien supplémentaire. Cela, sans compter, qu’ils sont nombreux à se présenter dans un pays qui peut être confrontant au niveau des valeurs. Après tout, certains endroits n’ont pas la même vision des rapports sociaux ou des minorités. La bonne volonté ne suffit pas, malheureusement.
Mettre l’éthique en premier

Conséquemment, des universités commencent à mettre en place des formations et se donner des codes d’éthique afin d’éviter de mauvaises expériences. Entre autres, les étudiants de l’Université du Manitoba doivent obligatoirement suivre une formation sur le service, l’action communautaire éthique et les compétences interculturelles. D’autres universités canadiennes ont aussi emboîté le pas, particulièrement à cause de l’engouement autour de la coopération internationale.

Il faut dire que certains chercheurs ont donné aux établissements universitaires des pistes de réflexion. Par exemple, le regroupement «Universités Canada» cite les différents travaux de recherche de Rebecca Tiessen et Kate Grantham sur la mobilité nord-sud. Elle traite dans ces articles, uniquement offerts en anglais, des questions éthiques, du financement, de l’évaluation des programmes ainsi que de l’implication des facultés et le développement de partenariats avec des organismes.

Une participation à un programme de coopération internationale peut être une expérience fort enrichissante pour un étudiant. Toutefois, il doit être en mesure d’apporter quelque chose de concret et utile en plus d’être respectueux de la communauté dans laquelle il se trouvera. Un travail qui doit être fait en amont par les universités afin de collaborer pertinemment avec les organisations internationales.



Références

Hachey, Isabelle. "Plus De Mal Que De Bien." La Presse+. Dernière mise à jour : 9 janvier 2016.
http://plus.lapresse.ca/screens/98b8c227-78a9-4bb8-8071-77c6d0570f59%7CI2rIIq53D6k0.html.

"Recherche Nord-Sud." Universités Au Canada. Consulté le 15 février 2017. http://www.univcan.ca/fr/programmes-et-bourses-detudes/recherche-nord-sud/.

Venne, Amélie. "Volontourisme Ou Coopération Internationale?" Le Huffington Post. Dernière mise à jour : 23 février 2016. http://quebec.huffingtonpost.ca/un-seul-monde/volontourisme-aide-humanitaire-industrie-ethique-voyage-tourisme_b_9274696.html.

L’envers du bénévolat touristique



Le bénévolat dans les pays en développement séduit de plus en plus d’étudiants universitaires. Des voix se font toutefois entendre pour le rendre conforme à l’éthique et utile, pour les étudiants comme pour leurs hôtes.
par MOIRA MACDONALD | 8 février 2017


Avant même l’achat de son billet d’avion, Carmon Co a pu avoir une idée de ce que lui réserverait le périple palpitant qu’elle avait commencé à organiser à l’automne. Avec deux autres étudiants de deuxième année en médecine vétérinaire de l’Université de Guelph, elle avait précédemment demandé par courriel à un vétérinaire du Queen Elizabeth National Park, en Ouganda, si elle et ses collègues pourraient venir travailler à ses côtés comme bénévoles au printemps.

« Pour ce vétérinaire, l’accès au courriel n’est pas simple, raconte Mme Co. Il nous a finalement répondu qu’il était dans la jungle avec un lion et nous reviendrait dès que possible. » Cela n’a fait qu’amplifier la détermination de Mme Co de partir là-bas pour faire le même travail que ce vétérinaire.

Mme Co, 27 ans, copréside Global Vets, un programme géré par des étudiants et créé il y a 20 ans à l’Ontario Veterinary College (OVC) de l’Université de Guelph. Ce programme recueille et gère des fonds pour aider les étudiants de l’OVC à se rendre pendant quatre à huit semaines, au printemps et à l’été qui suivent leur deuxième année, dans des pays en développement comme bénévoles auprès de services de santé animale. Une fois de retour, les étudiants sélectionnent et encadrent les bénévoles de la promotion suivante, sous la supervision d’un conseiller pédagogique.

L’autre coprésidente de Global Vets, Manali Desai, 25 ans, précise que ce programme permet aux participants de faire profiter les autres du savoir qu’ils ont acquis. Elle souhaite personnellement partir comme bénévole en Thaïlande, au Laos et au Cambodge, pour soigner de petits animaux exotiques. Elle y voit là une « chance unique » de progresser professionnellement et de mieux connaître le monde.
« C’est une véritable vague. De plus en plus d’étudiants souhaitent acquérir une expérience internationale »

Quelque 37 étudiants en médecine vétérinaire se sont inscrits cette année à Global Vets, soit 18 de plus qu’en 2016 : un record, qui confirme la tendance décelée par les observateurs du secteur bénévole. « C’est une véritable vague. De plus en plus d’étudiants souhaitent acquérir une expérience internationale », souligne Rebecca Tiessen, professeure agrégée de développement international et d’études mondiales à l’Université d’Ottawa, qui a beaucoup écrit sur le bénévolat étudiant à l’étranger.

C’est là une bonne nouvelle pour les universités canadiennes, dont la plupart souhaitent justement qu’un nombre croissant d’étudiants puissent acquérir une expérience internationale. Selon une enquête réalisée par Universités Canada, en 2013, environ trois pour cent des étudiants à temps plein au premier cycle, soit 25 000, ont pu vivre des expériences à l’étranger dans le cadre de leurs études.

Combien l’ont fait comme bénévoles? Difficile à dire, car le suivi des expériences à l’étranger présente des lacunes, et la terminologie employée pour les décrire est inconstante. Les programmes à cours crédités ou non qui amènent les étudiants à travailler avec des collectivités étrangères ou à leur offrir des services sont en effet alternativement qualifiés de programmes d’apprentissage par le service à l’étranger, de pauses dans les études, de programmes d’apprentissage par l’expérience à l’étranger, de stages internationaux ou encore de programmes de bénévolat à l’étranger.

Si la plupart des universités proposent de tels programmes, ceux-ci remportent toutefois moins de succès que les programmes d’études à l’étranger, selon l’enquête d’Universités Canada. Par ailleurs, bien que le bénévolat à l’étranger reste modeste, beaucoup d’observateurs estiment qu’il ne faut l’étendre qu’avec prudence en raison des risques qu’il pose pour les collectivités d’accueil et du tort qu’il peut leur faire.
« Il n’y avait aucun encadrement, aucune obligation de rendre des comptes »

Ce dont Kate Grantham a été témoin comme bénévole à l’étranger l’a tellement bouleversée qu’elle a fait des stratégies d’internationalisation des universités l’axe principal de son travail universitaire. Aujourd’hui chercheuse postdoctorale à l’Université d’Ottawa, Mme Grantham a été bénévole en Tanzanie en 2009 au sein d’un organisme d’aide juridique pour les femmes, dans le cadre de sa maîtrise en études féminines. Elle avait réservé son vol par l’intermédiaire d’une entreprise privée spécialisée dans le bénévolat à l’étranger, et n’avait reçu ni formation préparatoire ni soutien en prévision de son séjour de six semaines.

Elle raconte avoir vu de jeunes bénévoles, dont beaucoup en année sabbatique, faire la fête à tel point qu’ils étaient incapables d’assumer leur mission le lendemain. L’une de ses compagnes de chambre a été agressée sexuellement, et d’autres dépouillées sous la menace. Mme Grantham a également vu des bénévoles distribuer des bonbons à des enfants qui se les sont ensuite violemment disputés en pleine rue.

« Il n’y avait aucun encadrement, aucune obligation de rendre des comptes, déplore-t-elle, tout en présumant que la plupart de ses collègues bénévoles sont rentrés au Canada convaincus d’avoir fait quelque chose de bien. En prime, aucun d’eux ne disposait des outils pour se livrer à une évaluation critique de son expérience… » Mme Grantham a depuis publié, avec Mme Tiessen, une série d’articles pour Universités Canada sur la mobilité étudiante Nord-Sud.
Photo par Paul Weeks.

Selon certains observateurs, l’accent mis au secondaire sur l’importance de redonner à la collectivité et de contribuer à la justice sociale au Canada et ailleurs peut inciter les élèves à souhaiter, plus tard, devenir bénévoles à l’étranger. D’après Rebecca Klaassen, étudiante au premier cycle en développement international et en internationalisation à l’Université d’Ottawa, pratiquement tous les étudiants qui se sont inscrits à ce programme l’ont fait à la suite d’un séjour à l’étranger comme bénévole.

Ayant elle-même effectué cinq séjours de ce type, Mme Klaassen pense, comme Mme Grantham, que dépêcher des étudiants à l’étranger sans les outils nécessaires à la compréhension d’une autre culture et de son contexte ne peut qu’empirer les choses. En effet, malgré leur capacité d’empathie, les étudiants universitaires peuvent faire beaucoup de tort s’ils ne sont pas conscients de leur pouvoir et de leurs privilèges par rapport à la collectivité d’accueil, s’ils ignorent ses attentes et ses normes culturelles, et s’ils pensent être là pour aider une collectivité qui, sans eux, serait totalement démunie.
« Les étudiants universitaires sont formidables, mais beaucoup savent à peine tondre le gazon et sortir les poubelles »

Beaucoup d’étudiants n’ont même pas les compétences nécessaires pour faire de leur séjour à l’étranger une semi-réussite. « Les étudiants universitaires sont formidables, mais beaucoup savent à peine tondre le gazon et sortir les poubelles, déplore Lynne Mitchell, directrice et agente de liaison internationale du Centre for International Programs de l’Université de Guelph. C’est irréaliste de penser qu’ils puissent se rendre à l’étranger dans un village dont ils ne parlent pas la langue et résoudre tous ses problèmes. »

L’absence des connaissances requises peut avoir des effets particulièrement dévastateurs en matière de bénévolat axé sur les soins de santé. Dans un article paru en 2012, Robert Huish, professeur agrégé de développement international à l’Université Dalhousie, a raconté le cas d’un étudiant en médecine canadien, bénévole dans un hôpital d’Afrique de l’Est surpeuplé. On lui avait demandé d’installer une perfusion saline pour un patient gravement déshydraté. N’ayant jamais appris à insérer une aiguille dans une veine resserrée, l’étudiant a dû appeler à l’aide une infirmière déjà débordée, occupée avec un autre patient.

Pour éviter ce type de problèmes, certaines universités revoient leurs programmes lorsqu’elles accentuent leurs efforts d’internationalisation. En 2011, le Bureau d’apprentissage par le service du département des affaires étudiantes de l’Université du Manitoba a entrepris d’améliorer ses programmes non crédités de bénévolat à l’étranger en inculquant aux participants des compétences interculturelles et un esprit critique. Précédemment, les participants pouvaient opter pour la destination de leur choix et y partir comme l’auraient fait des membres d’un organisme de bienfaisance, en emportant même des cadeaux à offrir; une sorte de « bénévolat touristique ».

Le nouveau modèle d’apprentissage par le service repose plutôt sur des thématiques précises (les droits fonciers et la sécurité alimentaire au sein du Belize rural, par exemple). Il vise à instaurer des relations bidirectionnelles, à faire en sorte que les collectivités d’accueil et les bénévoles canadiens apprennent mutuellement.
« Plus le bénévolat à l’étranger prend de l’ampleur, plus il nous incombe de gérer les risques qu’il comporte et de conclure des partenariats conformes à l’éthique »

Désormais, les étudiants de l’Université du Manitoba, comme ceux d’un nombre croissant d’universités, suivent une formation avant leur départ. Portant sur le thème de leur apprentissage par le service, elle leur apporte des compétences interculturelles et leur explique ce qu’est l’action communautaire conforme à l’éthique. Les étudiants se voient aussi offrir des occasions formelles de se livrer à une réflexion, pendant leur séjour et par la suite.

Le personnel de l’établissement conçoit les programmes avec les partenaires des collectivités d’accueil, prenant en compte les besoins de celles-ci et les contributions réalistement envisageables des étudiants. La liste des destinations possibles a également été revue. Certaines missions sont axées sur l’observation (pour répondre à la demande de courts séjours des étudiants en raison des coûts). Les séjours de cinq semaines au Bangladesh, jusqu’alors possibles, ne le sont plus – du moins temporairement.

L’intérêt pour ce modèle va croissant, si bien qu’on compte l’étendre aux programmes menant à l’obtention de diplômes selon Anny Chen, l’une des deux coordonnatrices à temps plein de l’apprentissage par le service à l’Université du Manitoba : « Plus le bénévolat à l’étranger prend de l’ampleur, plus il nous incombe de gérer les risques qu’il comporte et de conclure des partenariats conformes à l’éthique. »

L’Université du Manitoba compte parmi les universités qui permettent aux étudiants d’agir comme bénévoles dans un environnement différent du leur, mais plus près de chez eux. Ils peuvent opter pour des séjours bénévoles au sein des collectivités autochtones du Nord. C’est moins cher (environ 1 000 $, contre au moins 3 000 $ pour partir à l’étranger), et c’est un bon point, car le coût des voyages à l’étranger est considéré comme un obstacle par les étudiants.
« Des gens ont compris qu’il y avait de l’argent à faire »

Malgré cela, le personnel de l’établissement sait que les possibilités de « bénévolat touristique » pour les étudiants abondent. Présentes sur le Web ou sur les babillards des universités, et parfois même assorties d’invitations à des séances d’information sur le campus, elles émanent des entreprises privées.

En 2008, on estimait à cinq milliards de dollars américains le marché annuel du bénévolat à l’étranger. « Des gens ont compris qu’il y avait de l’argent à faire, explique Jeff Minthorn, qui plaide pour les voyages interculturels responsables dans son magazine Verge et dans le cadre de la foire commerciale annuelle Go Global Expo qui se tient à Toronto et à Montréal.

Il est possible de faire de l’argent sans contrevenir à l’éthique. Les universités peuvent faire appel à des entreprises pour faciliter l’organisation de séjours d’apprentissage par le service, mais on ne sait pas toujours à qui on a affaire. C’est pourquoi, à l’Université de Guelph, le bureau de Mme Mitchell propose des services de consultation aux professeurs et aux étudiants qui désirent se rendre à l’étranger dans une optique bénévole ou universitaire. Une liste de vérification en 50 points les aide à se poser les bonnes questions dont comment l’organisation qui les intéresse est-elle financée et quelle part des frais de participation ira à la gestion. Cette liste pousse également les futurs bénévoles à se demander s’ils sont vraiment qualifiés pour le travail qu’on attend d’eux.

« Si les gens se réjouissent à l’idée d’aller bâtir une école au Kenya, je leur suggère de se demander s’il n’y a vraiment personne au Kenya qui puisse planter un clou… », raconte Mme Mitchell.

À l’instar de plusieurs autres établissements, l’Université de Guelph s’est jointe à un forum d’organisations publiques, privées et confessionnelles pour élaborer une série de normes visant à promouvoir l’apprentissage éthique et responsable dans l’hémisphère Sud. Appelé Global x Change, ce forum a été mis sur pied il y a deux ans par Gonzalo Duarte. Après s’être heurté à des problèmes éthiques insolubles en tant qu’exploitant d’une entreprise qui dépêchait des bénévoles canadiens au Nicaragua, cet entrepreneur torontois a décidé d’entreprendre une maîtrise en philanthropie et en leadership à but non lucratif à l’Université Carleton.

Son mémoire a porté sur la manière de mettre sur pied un service mondial d’apprentissage par le service générateur de retombées bénéfiques plus équitablement partagées entre les bénévoles et leurs hôtes. Il a fini par élaborer six normes, respectivement axées sur l’harmonisation organisationnelle, la gestion durable, le marketing responsable, le déploiement intégré, la protection des populations et de la planète, ainsi que l’évaluation réaliste.
« Notre travail a été accueilli avec enthousiasme, car personne n’avait jamais effectué une telle synthèse »

Ce fut le point de départ de Global x Change, constitué de 20 établissements (dont environ la moitié d’établissements d’enseignement, y compris des universités) qui travaillent actuellement à un document que tout groupe participant à l’action communautaire Nord-Sud pourra volontairement adopter et utiliser pour mettre sur pied des programmes et évaluer à quel point leurs objectifs sont respectés. Ce document traite entre autres de pratiques de marketing acceptables (en matière, par exemple, de gestion des campagnes de recrutement de tiers sur les campus), ainsi que du bien-fondé ou non de proscrire le bénévolat dans les orphelinats en raison des liens de courte durée qui se tissent avec des enfants vulnérables et qui sont par la suite rompus.

« Notre travail a été accueilli avec enthousiasme, car personne n’avait jamais effectué une telle synthèse », affirme M. Duarte, dont les idées sont reprises dans un concept semblable, qui gagne en popularité : l’apprentissage par le commerce équitable. « Je ne suis pas le seul à me pencher sur ce concept et à tenter de le rendre accessible, mais je suis déterminé à inciter les gens à adopter une démarche plus systémique. »
« il y a toujours des professeurs qui n’en font qu’à leur tête »

Mme Tiessen loue le cadre très pratique et utile que propose M. Duarte. Elle estime toutefois que les universités doivent aller plus loin en intégrant l’éthique de ce cadre à leurs stratégies en matière d’accords de partenariat et à l’ensemble de leur action dans l’hémisphère Sud.

Selon M. Duarte, l’une des principales plaintes du personnel universitaire chargé de l’action internationale tient au fait que, malgré les efforts pour mettre en place des normes éthiques, « il y a toujours des professeurs qui n’en font qu’à leur tête ».

L’adoption de normes éthiques est tout aussi importante pour les étudiants qui partent à l’étranger comme bénévoles que pour le personnel qui organise leurs séjours. À leur retour, certains jeunes bénévoles ont exprimé en ligne leurs doutes sur le caractère éthique de leur expérience. La directrice du Global Health Office de l’Université Dalhousie, Shawna O’Hearn, signale une chute marquée du nombre de finissants en médecine qui partent en stage à l’étranger, en raison des coûts, mais aussi «parce qu’ils commencent à comprendre qu’ils risquent de se heurter à des situations cliniques auxquelles ils ne sont pas préparés ». Ann Bigelow, qui a participé en 1996 à la mise sur pied du programme d’apprentissage par le service de l’Université St. Francis Xavier, précise que le nombre de participants à certains volets de ce programme a chuté, sans pouvoir préciser à quel point cela découle de la concurrence des entreprises privées.

Selon M. Minthorn du magazine Verge, les critiques et le débat actuels illustrent simplement une crise de croissance normale du secteur. La mission des universités est de former les étudiants pour qu’ils aient des attentes réalistes, qu’importe la collectivité où ils se rendront comme bénévoles. « Je pense que toutes les critiques formulées depuis quelques années sont saines, souligne-t-il. Il était temps d’en parler. »
Aspects à surveiller

Nombre d’aspects éthiques sont à prendre en compte en matière d’expérience à l’étranger – en particulier dans les pays en développement, souvent désignés de « pays du Sud ».

Comportement approprié et sensibilité culturelle : Cet aspect a trait à diverses questions d’ordre pratique : tenue vestimentaire adéquate, comportement respectueux, sensibilité aux normes culturelles, etc.
Relations de pouvoir et privilèges : Beaucoup de programmes de mobilité étudiante reposent sur des relations de pouvoir asymétriques. Des pratiques comme le don de cadeaux peuvent perpétuer les clichés du type « Nord généreux/Sud indigent ». Les étudiants doivent être amenés à réfléchir à leurs privilèges pour comprendre que ceux dont ils jouissent ont des racines historiques et sont perpétués par les inégalités systémiques.
Exploitation des collectivités hôtes : Les participants aux programmes de mobilité étudiante axés sur la recherche ont souvent recours aux populations locales pour recueillir des données pour leurs travaux, articles ou thèses. Ces données doivent être partagées avec les collectivités hôtes et contribuer à leur évolution, sans quoi l’exercice leur est peu profitable.
Importance excessive accordée au perfectionnement professionnel et au développement des compétences : Nombre d’universités privilégient le renforcement des compétences et l’avancement professionnel au détriment, par exemple, de la compréhension interculturelle ou de la justice sociale. La mobilité étudiante est alors exclusivement axée sur les avantages aux étudiants, sans réel égard aux besoins et aux aspirations des collectivités hôtes.
Réagir correctement aux situations contraires à l’éthique : Les étudiants peuvent être témoins de situations contraires à l’éthique : corruption ou pots-de-vin, violence envers les femmes, les enfants, les handicapés ou les animaux, ou encore moqueries à l’égard des personnes LGBTA ou marginales par leur comportement. Il peut arriver, dans de tels cas, que les étudiants réagissent de façon préjudiciable pour eux-mêmes ou leur entourage.

Source : Éthique et mobilité étudiante Nord-Sud, par Rebecca Tiessen et Kate Grantham (Universités Canada, novembre 2016).
Des affectations prolongées seraient préférables

Avant d’être à la mode, le bénévolat à l’étranger était l’apanage d’organisations non gouvernementales axées sur le développement. Les bénévoles devaient disposer de compétences générales et de temps.

Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) a dépêché ses premiers bénévoles à l’étranger en 1977. L’organisme y envoie désormais 100 étudiants par année, surtout dans le cadre du programme Étudiants sans frontières mené en partenariat avec des établissements postsecondaires.

Organisme sérieux, EUMC répond aux besoins des collectivités partenaires. Les missions de ses bénévoles sont donc assignées en fonction de leurs compétences, et non de leurs désirs. « On ne procède à aucune affectation pour le simple plaisir », affirme Rob Gillberry, chargé de programme, Étudiants sans frontières. EUMC évite également les affectations brèves : le séjour minimum est actuellement de 12 semaines.

C’est tout de même peu comparativement aux deux années passées à l’étranger par Lynne Mitchell pour le compte du Service universitaire canadien outre-mer, qui a commencé à envoyer des bénévoles à l’étranger en 1961. C’est en 1988 que Mme Mitchell, alors étudiante aux cycles supérieurs en phytotechnie, a commencé à travailler pour le gouvernement thaïlandais dans le domaine de la lutte antiparasitaire. Les missions de deux ans étaient alors la norme, ce qui permettait de s’acclimater.

« J’ai beaucoup appris en deux ans. J’espère avoir été utile. J’ai tissé des liens avec plein de gens, et beaucoup de ces liens subsistent », précise Mme Mitchell, aujourd’hui directrice et agente de liaison internationale au Centre for International Programs de l’Université de Guelph.

LE VIVRE ENSEMBLE OU L'ART D'ETRE BENEVOLE

Le vivre ensemble ou l'art d'être bénévole
16-12-2014 BENEVOLAT LIBRE
Il y a des enquêtes qui ne nous plaisent pas. Elles sentent le formulaire internet et la statistique rapide un peu comme un résultat connu d'avance. Il est vrai que l'on fait dire ce que l'on veut aux chiffres...

Il y en a d'autres, qui tout au contraire, sentent bon le terrain, les gens comme ils sont et le temps du boulot bien fait. C'est le cas de cette magnifique "livraison" initiée par France Bénévolat et intitulée : "L’engagement bénévole associatif en perspective !".

Cette enquête est le résultat d'un travail collectif des associations adhérentes de France Bénévolat, sous la direction de Dominique Thierry. Elle a été publiée le 5 décembre 2014 à l’occasion de la Journée Mondiale du Bénévolat.

France Bénévolat a toujours fait un travail sérieux. Son action en faveur du bénévolat est en partie l'une des raisons du maintient de ce lien social dont nous avons tous tant besoin. Cette dernière livraison repose, en comparaison, sur les deux précédentes enquêtes rigoureuses menées avec l’IFOP, en 2010 et 2013. Les données sont donc précises aussi bien sur le bénévolat associatif que le bénévolat hors associations.

Et ce qu'elle nous dit nous fait du bien et nous alerte...
Pour commencer, éloignons le spectre du repli sur soi : +14% du nombre de bénévoles en trois ans, toutes formes de bénévolat confondues !
Les français sont indécrottables. Malgré tout ce qui pourraient les aider à rompre le fil du "vivre ensemble", à commencer par les politiques économiques suivies depuis de trop longues années, ils restent mus par un élan de solidarité indéniable. Dont acte !
Mais, le point le plus intéressant que dévoile l'enquête est la modification profonde que vit le "corps" des bénévoles. L'engagement d'un bénévole ne suit plus les mêmes règles. La plus forte progression se trouve sur le bénévolat direct. J'aide ici et maintenant sans me soucier de la structure d'accueil. Et c'est bien là que risque de se situer le problème...

Le bénévole direct réagit, il ne milite pas.
Une émission de télévision qui montre une situation dramatique sur un point du globe ? Et voilà notre bénévole direct qui arrive avec ses 2 bras et sa bonne volonté. Mais comment transformer ce premier niveau de solidarité en une implication collective durable, via un projet associatif ?
Les responsables d'associations sont tous formels : le fonctionnement de la structure ne repose que sur un "noyau dur" qui est de plus en plus réduit, et de plus en plus âgé.
Le bénévole direct est donc un bénévole de l'action plutôt qu’un bénévole de projet, il semble fuir tout ce qui pourrait apparaître comme une forme "d’embrigadement". Et les responsables associatifs vont devoir faire avec. On ne refuse pas les bonnes volontés.
Le bon côté, que souligne d'ailleurs également l'enquête, est la nécessaire remise en cause des habitudes associatives que suppose la gestion de ce bénévolat direct. Ne pas le considérer comme quantité négligeable, mais bien plutôt comme l’une des grandes sources potentielles de futurs bénévoles.
Les dirigeants associatifs vont devoir travailler davantage sur leurs pratiques de gestion des ressources humaines bénévoles et prouver, par une plus grande ouverture démocratique, la valeur ajoutée de l’engagement dans des Projets Associatifs institués. C'est une "pédagogie de l’engagement", comme le souligne France Bénévolat, que devront mettre en place les responsables de structures.

Enfin, il y a un chiffre qui nous fait très plaisir : + 32%
La jeunesse est généreuse et solidaire puisque c'est elle qui tirent la progression globale du bénévolat avec +32%. Au risque de nous répéter, il faut que les associations sachent leur ouvrir leur porte et les convaincre qu’un bénévolat structuré par des projets associatifs de qualité est plus efficace que la seule générosité spontanée.

Ce ne serait pas une évolution chez les dirigeant associatifs, mais une révolution... Mais à la décharge de ces derniers, il faut bien avouer que ce qui leur est demandé aujourd'hui, dans la gestion quotidienne d'une association, n'est pas chose facile.
Entre la course aux financements, la tenue d'une comptabilité qui s'apparente de plus en plus à celle d'une entreprise, la signature de conventions qui nécessite de solides connaissances juridiques, la gestion des salariés et des salaires qui ne sont pas toujours versés à temps, le temps peut manquer pour assumer une "pédagogie de l’engagement". De plus, cette situation n'est vraiment pas propice à "donner envie" de s'engager. Cela s'apparente d'avantage à une vraie galère qu'à une douce croisière...

Que se passe-t-il à la Fondation du Bénévolat ?

Travailler dans le secteur humanitaire: quel cursus pour réussir?



La France compte plusieurs milliers d’associations humanitaires et caritatives. Aide aux Sans Domicile Fixe, aux migrants, aux malades, soutien aux victimes de guerres et de catastrophes naturelles… Les champs de d’action ne manquent malheureusement pas. Si l’activité est en progression constante, le nombre d’emplois n’augmente pas pour autant : faute de moyens, les organisme préfèrent faire appel aux bénévoles et aux volontaires. Ces derniers représentent 80% des effectifs du secteur.

Même les grandes ONG françaises n’emploient qu’un nombre réduit de salariés : Médecins du monde, par exemple, compte 24 salariés sur le terrain contre 430 personnes ayant le statut de volontaire. Devant le besoin accru de solidarité internationale, les ONG se sont multipliées et leur rôle n’a jamais été aussi primordial. Face à cette effervescence, le besoin de formation s’est avéré nécessaire.

C’est ainsi qu’en France, les offres de formations aux métiers de l’humanitaire n’ont cessé de s’accroitre depuis une vingtaine d’années. Dispenser par les écoles de deuxième cycle ou les Universités, les jeunes étudiants souhaitant s’investir dans l’aide internationale peuvent désormais jouir d’une formation dite « professionnalisante ».

Mais cela est-il réellement le cas ? Ces formations sont-elles adaptées aux besoins des ONG ? En 2007, l’ONISEP déclarait dans sont étude ‘lors du recrutement, c’est souvent l’expérience qui fait la différence’. Nous avons voulu savoir si cinq ans après c’était toujours le cas.

Entre rêve académique et réalité professionnelle


Il n’existe pas moins de trente cinq cursus formant aux métiers de l’humanitaire en Franceque ce soit par le biais des Universités, des Instituts ou des Ecoles. Les Ecoles préparent à des métiers spécifiques tels que logisticien ou coordinateur de mission. Les universités quant à elles, proposent deux types de cursus (soit niveau bac+ 2, soit niveau bac+5) visant a donner des compétences aux étudiants pour les métiers d’administrateur ou de gestionnaire de projet.

Les débouchés de ces cursus concernent aussi bien l’Etat et ses différents services publics, le secteur associatif, les ONG, les Fondations, les structures publiques, nationales et locales de la coopération internationale de la France, les agences européennes et internationales ainsi que celle de coopération de l’Union européenne.

Tout ceci semble donc très attractif pour un étudiant plein de bonne volonté voulant œuvrer pour« la bonne marche du monde ». Une question se pose néanmoins. Où vont les étudiants tout droit sortis de ces nouveaux cursus ? Les promesses faites à ces jeunes diplômés sont-elles en adéquation avec les réalités du monde professionnel ?

Une étude réalisée montre deux éléments d’importance. Premièrement, les étudiants sortant de formation universitaire de type bac+5 ne trouvent pas, pour la grande majorité d’entre eux, d’emploi dans le secteur humanitaire. Deuxièmement, on observe qu’en fonction de la réputation du centre formateur, certains jeunes diplômés s’en sorte mieux que d’autres.

En effet, l’étude du profil universitaire d’individus de 35 ans en moyenne et travaillant dans une ONG est sans équivoque. La majeure partie d’entre eux sort d’écoles de commerce, d’un Institut d’Etude Politiques (IEP) ou encore d’une formation médicale. Viennent ensuite les cursus de Droit et de Relations Internationales, et seulement après (en dernière position) les formations spécifiques consacrées å l’humanitaire, qu’elles soient de nature universitaires ou faites dans des Ecoles.

Par ailleurs, on s’aperçoit que les personnes ayant effectuées ces formations humanitaires å l’université ont souvent cumulé cette formation avec d’autres cursus (notamment du Droit dans 50% des cas). Autrement dit, suivre une formation humanitaire à l’université a valeur de complément quand elle est de niveau bac+5. C’est ce que confirme un témoignage d’une jeune étudiante de l’université de Paris I inscrite en Master professionnel Sciences Politiques Spécialité Coopération Internationales, Action humanitaires et Politiques de Développement. Elle confessait que, déjà munie d’un diplôme en Droit, cette formation avait pour but de parfaire son parcours universitaire.

Place au désenchantement : les formations universitaire à la dérive

Nous avons découvert que les formations humanitaires ne sont pas efficace en terme d’employabilité alors qu’elles regroupent idéalement un apprentissage théorique et pratique. Dans le même temps, il s’avère que les parcours dit « mixtes », « ciblés » et professionnel de terrain présentent en chacun d’eux un type de parcours prometteur dans ce secteur.

En effet, les formations ‘mixtes’ dispensées dans les Ecoles de formation humanitaire fonctionnent très bien si on en croit les données chiffrées publiées sur leurs siteswebrespectif.

Prenons l’exemple de Bioforce. Cet Institut se démarque en jouant la carte ‘parcours mixte’ et répond, à travers la spécificité de son programme, à la question suivante :

comment concilier engagement humanitaire et nécessité d’acquérir un métier reconnu par le monde de l’entreprise ?


Nous allons évoquer ici « l’innovation Bioforce », et plus particulièrement de la formation intitulée« Chargés des services généraux, option logistique humanitaire ». Durant cette formation, d’une durée de 3 ans, les élèves alternent entre cours et missions dans différentes ONG en partenariat avec Bioforce. A l’issue de la formation, les chiffres parlent deux mêmes.Une étude des promotions 2004 à 2006 a montré que la proportion d’élèves partis en mission à la fin de leur formation était très élevée :
logisticien 80 %,
administrateur 80 %,
gestion de projet 91 %,
technicien en Eau 92 %.
Le taux de placement de ces derniers s’élevait globalement à 86%.

De manière générale ce sont ces parcours-là qui fonctionnent bien lorsqu’ils sont proposés par les Ecoles. Mais pourquoi les parcours mixtes universitaire ne fonctionnent pas de la même manière alors que le même schéma de formation semble être adopté?

La réponse se trouve peut-être dans le fait que la formation Bioforce dure trois fois plus longtemps que celle d’un Master 2. Une deuxième explication pourrait être celle selon laquelle les formations proposées dans les Ecoles ne sont pas ‘complémentaires’ à d’autre cursus mais constituent bel et bien une formation à part entière. Par ailleurs, un autre avantage proposé par cet institut est à souligner, c’est celui de ‘la double vocation’. Cette double vocation permettrait de facilité l’insertion professionnelle du fait d’avoir une double casquette et donc de posséder une capacité à se diversifier, chose qu’une année en Master 2 ne peut pas prétendre délivrer.

Cela dit, cela n’explique pas les résultats d’une autre enquête traduisant le fait que sur 50 personnes travaillant dans une ONG, 70% d’entre eux étaient déjà partis en mission humanitaire avant de devenir salariés. Sachant que chaque élève poursuivant une formation humanitaire (dans les universités que nous avons observé dans cette étude) possède cette expérience de terrain, ils ne devraient pas, à priori, rencontrer de difficulté lors de recrutement dans le secteur concerné.

Par ailleurs, il a été démontré, lors du recrutement professionnel, que l’expérience de terrain et la volonté de l’engagement étaient largement valorisés par rapport à un diplôme universitaire de type Master 2 humanitaire.

Toutefois, à en croire les résultats de notre enquête sur le taux de placement dans une ONG des élèves sortant de formations humanitaires, une seule expérience ne serait pas considérée comme suffisante. En conséquence, les formations de type master 2, seraient considérées inadaptées en terme de formation et n’auraient donc pas lieu de perdurer telle qu’elles sont définies aujourd’hui.

Si la majorité des personnes travaillant dans le secteur humanitaire ne dispose pas de formation universitaire, que ce soit via une Ecole ou une université, la question de la nécessite d’un diplôme dans ce domaine se pose avec acuité. Si les parcours ciblés sont une des clés de la réussite, il faut s’interroger sur la perrenité des formations académiques dans ce secteur, et la désillusion qui peut en résulter.
La plus-value des formations ciblées

Quant on parle de formation ciblée, cela concerne les métiers de type médecins et infirmiers. Environ 2000 volontaires français partent chaque année en mission à l’étranger et les profils médicaux sont encore les plus recherchés. Viennent ensuite les logisticiens, qui représentent par exemple un quart des départs chez Action contre la faim. Les associations recrutent également des experts, ingénieurs agronomes et hydrauliciens en particulier, capables d’apporter une expertise dans les missions de développement. Enfin, elles recherchent des généralistes (école de commerce, IEP) pour faire de la coordination sur le terrain, gérer les projets et encadrer les équipes.

Ce sont donc bien des métiers précis que les ONG recherchent. En effet, si on prend l’exemple de MSF, elle présente une fiche de métiers dont elle a particulièrement besoin, ce qui cible la demande. Les métiers paramédicaux sont les plus demandés. Puis, les métiers purement médicaux tels que les médecins et spécialistes. Enfin, les non-médicaux comme les logisticiens, ingénieurs, gestionnaires approvisionnement, constructeurs etc. et les administrateurs ayant des diplômes supérieurs en Gestion, Sciences économiques, Comptabilité et Audit financier, gestionnaires de Ressources Humaines etc.

Donc, on s’aperçoit que 67% des profils que MSF recherche sont des profils du domaine médical, chose paraissant normale pour une ONG se nommant Médecin Sans Frontières. Mais surtout, ce qu’il y a de frappant, c’est que les métiers recherchés par cette ONG, ne font pas partis des métiers que les cursus universitaires tendent à pourvoir. On observe donc un problème de coordination, voire d’adéquation, entre les besoins réels des ONG et ce que proposent les cursus académiques.
« L’humanitaire : victime de son succès »

« 700 candidats sont venus de tous les horizons pour 80 places dans nos trois masters autour de ces thèmes », explique Marie-José Domestici-Met, d’Aix-Marseille-III. La demande grandissante provoquant un manque de place dans les formations préexistantes et la nécessité de formation demandée par les ONG elles même, ont poussé, à juste titre, la création de formation académique dans ce domaine. Cependant, la période où il y avait des débouchés concrets dans ce secteur est révolue à ce jour.

Cela s’explique notamment par le manque de postes à pourvoir dans les ONG car si les ONG ont globalement augmenté leur nombre de salariés, s’est opéré dans le même temps un accroissement considérable du nombre de diplômes en la matière, provoquant un « surplus de mal diplômés».

Par ailleurs, l’Etat pourrait-il est partiellement responsable de ce phénomène? Olivier Benquet, responsable du recrutement à Action contre la Faim, explique :

« On veut des professionnels.» «Plutôt des professionnels de la logistique, de l’agronomie, de l’assainissement d’eau, de la sante – infirmières, médecins…
L’idéal, c’est d’avoir appris un métier à travers une formation classique, et d’avoir reçu son baptême du feu sur le terrain comme volontaire ». Mais alors pourquoi a-t-on créé tant de cursus uniquement spécialisés dans l’humanitaire? S’il fallait des professionnels, il ne fallait pas pour autant créer un surplus de ‘mal-diplômés’ dans ce secteur. Alors maintenant que faire ?
« Réinventons la formation humanitaire »

Même si les résultats montrent que le taux d’employabilité de ces jeunes diplômes est quasi nul, il n’en reste pas moins nécessaire de ne pas abandonner l’idée de formations compétentes en la matière. De grandes responsabilités reposent sur les ONG et dans le secteur humanitaire en général. Si le besoin de personnes formées est réel, il faut alors créer des formations adaptées à ces besoins. C’est justement pour y répondre, qu’il est primordial de sauvegarder ces formations aux métiers de l’humanitaire dans les universités, Ecoles et Instituts. Cependant, une réinvention ou une « re-masterisation » de la formation est nécessaire. La professionnalisation est un des buts de l’enseignement supérieur et les formations en master proposées doivent de manière effective servir à l’insertion dans la vie active.

L’une des première chose à faire serait peut être d’établir un suivi des élèves diplômés afin de savoir exactement quel taux de placement il en ressort. Cela permettrait d’évaluer les formations qui sont compétentes et celles qui ont besoin de soutien ou encore celles qui n’ont pas lieu d’être. Il faut donc introduire une notion qualitative au sein du « tout » qualitatif actuel.

Par ailleurs, on remarque qu’au Royaume-Uni, les élèves ont la possibilité d’intégrer une sorte d’option humanitaire dans les cursus de type ‘management’, ‘marketing’ etc. , sans pour autant avoir le besoin de créer un Master ou une licence spécifique aux ONG. Il semblerait que cette solution serait plus adaptée et qu’il faudrait peut être accentuer cette démarche sur le sol français. Ces éventuelles solutions n’auraient pas pour vocation la résolution problème du trop-plein de candidat voulant se former pour ensuite s’engager dans l’humanitaire mais cela pourrait permettre de résoudre le problème de la formation illusoire qu’offre certain cursus en France.

En conclusion, il n’existe pas de « cursus miracle » pour pouvoir travailler dans une ONG. Le tableau général que nous avons dressé montre que la formation délivrée dans les Masters humanitaires ne répond pas forcément aux attentes des ONG et des structures du domaine de la solidarité. Cela interroge donc sur la nécessité de poursuivre ces formations sous leur forme actuelle. La plus-value de compétences professionnelles concrètes, comme l’expérience préalable – en tant que bénévole –avec des ONG humanitaires, semblent donc surpasser l’intérêt de formations universitaires généralistes, peu axées sur le terrain et l’acquisition d’un « métier ». La prolifération récente de ces formations ne semblent donc bénéficier ni aux étudiants, ni aux ONG. Une remise à plat paraît donc nécessaire.

ETUDE SUR LA FAIM Le monde manque-t-il de nourriture ?



1 – Le monde manque-t-il de nourriture ?

Il y a suffisamment de nourriture dans le monde aujourd’hui pour que tout le monde puisse s’alimenter décemment et mener une vie saine et productive.

2 – Qu’est-ce que la faim?

La sensation de faim, un creux à l’estomac, est universelle. Mais la faim se manifeste sous plusieurs formes qui sont mesurées de manières différentes:

La sous-alimentation est utilisée pour décrire les personnes dont la consommation alimentaire leur fournit un apport de calories (énergie) en deçà du minimum requis pour une vie active. Actuellement, plus de 840 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde, la plupart d’entre elles sont dans les pays en développement.
La malnutrition signifie « mal nourri », mais il s’agit en réalité de ce que nous consommons ou pas. La malnutrition est caractérisée par le manque d’apport en protéines, d’énergie et de micronutriments et par des infections et maladies fréquentes. Faute de nutrition adéquate, les gens meurent d’infections banales comme la rougeole ou la diarrhée. La malnutrition est déterminée non pas par les aliments ingurgités mais par des mesures physiques, notamment le poids, la taille et l’âge.
L’émaciation ou le dépérissement est un indicateur de malnutrition sévère qui résulte de facteurs récents et graves menant à une perte de poids conséquente. C’est principalement le résultat de famine et ou de maladie.

3 – Qui sont les personnes sous-alimentées?

Malgré l’impression que peuvent donner les medias, moins de 8% des victimes de la faim se trouvent dans des situations d’urgence. Peu de gens réalisent que 805 millions de personnes dans le monde ont faim et souffrent en silence sans faire les gros titres. Ils sont de tous âges. Des bébés que les mères ne peuvent pas allaiter, aux personnes âgées sans famille pour s’occuper d’elles. Ce sont les habitants des bidonvilles sans emploi, les fermiers sans terre labourant celles des autres et les orphelins du SIDA ou d’autres maladies qui ont besoin d’aliments spécifiques pour survivre.
Par dessus tout, ce sont les enfants, les femmes et les communautés rurales qui sont les plus vulnérables à la faim.

4 – Où se trouvent les personnes qui ont faim ?

Environ 3/4 des personnes sous-alimentées vivent dans des zones rurales à faibles revenus des pays en développement, principalement dans des régions agricoles à risque. Toutefois, la proportion de personnes sous-alimentées dans les zones urbaines ne cesse d’augmenter.
En Afrique subsaharienne, plus d'une personne sur quatre reste chroniquement sous-alimentées, et c’est en Asie, région la plus peuplée du monde, que se concentrent la majorité des personnes souffrant de la faim: 526 millions. En savoir plus

5 – Les chiffres baissent-ils?

805 millions de personnes dans le monde souffrent encore de la faim. La FAO confirme une tendance positive qui a vu le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde diminuer de plus de 100 millions au cours des dix dernières années et de plus de 200 millions depuis 1990-92.

Aujourd’hui une personne sur neuf n’a pas accès à une nourriture suffisante pour être en bonne santé et mener une vie active. De ce fait, la faim et la malnutrition constituent le risque sanitaire mondial le plus important -- plus que le SIDA, le paludisme et la tuberculose réunis.

6 – Quels sont les effets de la malnutrition?

La malnutrition regroupe plusieurs problèmes comme la maigreur extrême, un gabarit réduit, une déficience en vitamines et en minéraux (le manque de fer provoque l’anémie), ou même l’obésité. Elle est mesurée selon les indicateurs suivants:

L’émaciation ou le dépérissement est un indicateur de malnutrition sévère qui mène à une perte de poids importante. C’est souvent le résultat d’une famine ou d’une maladie.
Le retard de croissance est un indicateur de malnutrition chronique qui reflète l’état nutritionnel d’une population sur le long terme. Il est calculé en comparant l’âge et le poids d’un enfant avec ceux d’enfants d’une autre population de référence, bien nourrie et en bonne santé.
L’insuffisance pondérale est calculée en comparant l’âge et le poids d’un enfant avec des enfants d’une autre population de référence bien nourrie et en bonne santé. Environ 146 millions d’enfants dans les pays en développement présentent une insuffisance pondérale.

7- Les micronutriments sont-ils importants ?

Les carences en micronutriments – les vitamines et les minéraux - sont très importants et touchent près de deux milliards de personnes dans le monde. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les carences en fer, en vitamine A et en zinc sont parmi les dix premières causes de décès par maladie dans les pays en développement.
La carence en fer est la forme la plus fréquente de malnutrition, touchant environ 2 milliards de personnes dans le monde. La carence en fer nuit à la productivité d’un pays et empêche le développement cérébral.
La carence en vitamine A est une cause majeure de cécité chez les enfants dans les pays en développement. La carence en vitamine A peut augmenter les risques de mort suite à des diarrhées, de rougeole ou de paludisme.
La carence en iode touche 1,9 milliard de personnes dans le monde. Environ 20 millions d’enfants sont nés avec des handicaps mentaux parce que leurs mères n’avaient pas consommé suffisamment d’iode pendant leur grossesse.
La carence en zinc contribue à un retard de croissance et à une réduction des résistances immunitaires chez les enfants ; elle est responsable de 800.000 morts infantiles par an.

Faut-il repenser le financement humanitaire ?

Dubaï, 22 décembre 2014 (IRIN) - La campagne#ADollarALifeline, lancée par le Programme alimentaire mondial (PAM) et appuyée par des célébrités, a ramené la situation désespérée des réfugiés syriens sous les feux des projecteurs et permis de récolter, en l’espace de quelques jours seulement, plus que les 64 millions de dollars visés.

Grâce à la réponse généreuse des bailleurs de fonds – et notamment à un don de 52 millions de dollars de l’Arabie saoudite –, les distributions de bons alimentaires électroniques aux réfugiés syriens vivant au Liban, en Jordanie, en Irak, en Turquie et en Égypte, qui avaient été temporairement suspendues, ont pu être reprises.

En plus de lever des fonds, la campagne du PAM a permis de mettre en évidence la nature précaire du financement humanitaire. Les Nations Unies et leurs partenaires doivent en effet répondre simultanément à quatresituations d’urgence de niveau 3
(les plus graves selon les Nations Unies), soit les crises au Soudan du Sud, en République centrafricaine (RCA), en Syrie et en Irak, sans compter l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest.

Le PAM, qui tente actuellement de venir en aide à plus de 80 millions de personnes dans 75 pays, n’est pas la seule agence des Nations Unies à devoir faire plus avec moins. L’agence a cependant fait les grands titres à plusieurs reprises au cours des derniers mois en raison des déficits de financement qui menaçaient les distributions de vivres, et pas seulement celles destinées aux réfugiés syriens. Des membres du personnel du PAM ont en effet dit à IRIN qu’il y avait eu des diminutions de rations au Kenya et en Éthiopie et que des programmes d’alimentation scolaire et d’autres programmes avaient été suspendus en Afghanistan.

Si ces diminutions révèlent le nombre et l’ampleur des situations d’urgence dans lesquelles intervient le PAM, elles montrent cependant aussi, selon les experts, l’inadéquation du système de financement actuel.

« Malheureusement, la réalité, c’est que le système ne fonctionne plus. Lorsqu’autant de crises se produisent simultanément dans le monde, cela met en évidence de nombreux problèmes au niveau de l’architecture de la réponse humanitaire », a dit Mark Yarnell, un avocat chevronné qui travaille pour Refugees International, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Washington.

« Avec toute l’attention qu’a reçue la situation en Syrie, on peut espérer qu’il y ait un examen plus approfondi des raisons qui font que le système ne cesse d’avoir des ratés. Le Sommet humanitaire mondial pourrait offrir l’occasion de s’attaquer à certains de ces problèmes », a-t-il ajouté, faisant référence à l’événement mondial qui doit avoir lieu en 2016.

Un système réactionnaire
Selon Christina Bennett, analyste des politiques humanitaires internationales et chercheuse au sein du Groupe de politique humanitaire de l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI), à Londres, il sera toujours possible de lancer des appels en fin d’année aux donateurs qui n’ont pas dépensé tout l’argent disponible, mais il faut absolument éviter les cycles de financement à court terme qui rendent la planification difficile et entraînent des délais dans l’approvisionnement.

« Le système est basé sur les appels de fonds. Les bailleurs de fonds disposent de sommes d’argent qu’ils sont capables de donner à court terme, et c’est pourquoi il y a ce genre de cycle d’appel et de financement, appel et financement », a-t-elle expliqué.

« C’est un système largement réactionnaire », a-t-elle ajouté. « Si l’on pouvait avoir accès à un financement plus flexible et à plus long terme, on verrait peut-être moins de ces appels urgents de dernière minute et plus d’efforts en faveur d’une planification à plus long terme. »

Les travailleurs humanitaires qui tentent de composer avec la diminution des fonds sur le terrain sont tout à fait d’accord.
Angelline Rudakubana est directrice pays adjointe pour les opérations et la programmation du PAM en Afghanistan. Un déficit de financement de 26,9 millions de dollars a récemment entraîné la suspension des programmes d’alimentation scolaire et la diminution des rations dans de nombreuses communautés du pays.
« Pour 2015, nous aurons besoin d’environ 166 millions de dollars pour couvrir l’ensemble de nos activités, incluant les opérations aériennes », a-t-elle dit à IRIN. « Nous recevrons encore quelques dons et il semble que nous aurons suffisamment d’argent pour poursuivre nos activités jusqu’en mars, voire peut-être jusqu’au début du mois de juin. Cependant, en raison des promesses et des confirmations tardives, certaines marchandises dont nous avons besoin ne seront pas obtenues à temps et il y aura des ruptures d’approvisionnement. »

Contributions volontaires
Mme Rudakubana a insisté sur le fait que le PAM dépend entièrement des contributions volontaires, contrairement à de nombreuses autres agences des Nations Unies, qui reçoivent un financement de base provenant des contributions des États membres.
« Cela a toujours été ainsi, mais nous mettons tout en œuvre pour démontrer que cela doit changer et que nous devons recevoir un financement de base ou des engagements financiers pluriannuels de la part des bailleurs de fonds », a-t-elle dit, ajoutant que l’Australie a récemment accepté de s’engager pour trois ans.
« Ce type de financement pluriannuel nous permet de planifier, de prendre des engagements et de gérer nos ressources de manière plus durable. Nous pouvons par ailleurs développer des partenariats avec les partenaires de mise en œuvre et les gouvernements », a-t-elle ajouté.
Les distributions de bons du PAM pour les réfugiés syriens ont été temporairement suspendues en raison d’un déficit de financement, mais l’agence a maintenant repris ses opérations.
M. Yarnell croit que les gouvernements des pays accueillant des réfugiés qui reçoivent une aide alimentaire ont également un rôle à jouer.

Il a dit, en donnant l’exemple du camp de Dadaab, au Kenya, où de nombreux réfugiés somaliens vivent depuis plusieurs décennies et où il existe maintenant un système de marché bien développé : « La dépendance à l’égard des distributions de vivres du PAM serait moindre si les réfugiés autorisés à travailler et à utiliser le système de marché local au Kenya étaient plus nombreux. »
« Il n’est pas évident pour les pays hôtes d’autoriser les réfugiés à travailler et de les intégrer davantage à leur économie », a-t-il reconnu. « Mais, en même temps, c’est essentiel, parce que lorsqu’on voit le nombre de crises et de personnes dans le besoin par rapport aux sommes d’argent disponibles, on se rend bien compte qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde. »

Le 8 décembre, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a publié le Global Humanitarian Overview 2015, dans lequel il demande une somme record de 16,4 milliards de dollars pour venir en aide à près de 57,5 millions de personnes dans 22 pays.
À l’occasion du lancement du rapport, à Genève, Valerie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires et coordonnatrice des secours d’urgence, a dit que « les besoins augmentaient plus rapidement que [la] capacité de réponse ».
Selon le Service de suivi financier (FTS) d’OCHA, moins de la moitié des 31 appels humanitaires lancés en 2014 avaient réussi à récolter plus de 50 pour cent des sommes demandées en date du 14 décembre.

« Le plancher de financement pour les appels de fonds augmente chaque année, mais l’écart entre les fonds demandés et les fonds obtenus s’élargit lui aussi… [et] ce que l’on constate, c’est que la somme disponible dans le système pour la réponse humanitaire est limitée », a dit Mme Bennett, de l’ODI, soulignant le problème de la lassitude des donateurs.
« Dans le cas de la Syrie… ces gens ne sont pas déplacés pour quelques années seulement : ils le sont possiblement pour plusieurs décennies. Les bailleurs de fonds devront assumer ce fardeau pendant de nombreuses années encore et je pense que tout le monde est en train de le réaliser. »

Donateurs émergents
Une solution consiste à faire participer davantage le secteur privé. On commence d’ailleurs lentement à le faire. Selon les plus récents chiffres disponibles, les dons versés par des entreprises du secteur privé à des causes humanitaires ont presque triplé entre 2006 et 2011, passant de 2,1 à 5,7 milliards de dollars.
Les experts ont cependant identifié une sorte de « choc des cultures » entre les entreprises commerciales et les organisations d’aide humanitaire. Dans certains cas, ces chocs ont empêché l’établissement de partenariats fructueux.
Les bailleurs de fonds dits « non traditionnels » ou « émergents », comme la Chine, la Turquie et les pays du Golfe, sont de plus en plus présents. En 2013, les Émirats arabes unis (EAU) étaient, selon le Comité d’aide au développement (CAD), le premier donateur d’aide publique au développement (APD) au monde en proportion du revenu national brut (RNB). En juillet de cette année, les EAU sont devenus le premier pays non membre de l’OCDE à rejoindre le Comité, même s’il ne dispose pas du droit de vote.

Outre les 52 millions de dollars versés à la campagne #ADollarALifeline pour la Syrie, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle donnerait 42 millions de dollars pour les réfugiés en Éthiopie et 10 millions de dollars pour les réfugiés au Kenya.

Plus tôt cette année, le pays a versé 500 millions de dollars aux Nations Unies en Irak pour les aider à répondre aux besoins des plus de deux millions de personnes déplacées depuis le début de l’année par les activités des militants islamistes. Il a aussi contribué à hauteur de 35 millions de dollars à la lutte contre l’épidémie d’Ebola.

Mme Bennett a dit que l’argent des donateurs comme l’Arabie saoudite était le bienvenu, mais elle a précisé que les « donateurs ponctuels » n’étaient pas toujours « constants ».

« Cela ne fait pas assez longtemps que nous travaillons avec ces donateurs émergents. On ne peut pas vraiment savoir si on peut compter sur eux année après année comme avec les donateurs traditionnels », a-t-elle dit. « Les organisations croient que les donateurs traditionnels les sortiront toujours de l’embarras. »

Elle estime que l’élargissement de la base des donateurs est une solution, mais elle appelle également les organisations d’aide humanitaire à utiliser plus efficacement l’argent dont elles disposent.

« C’est une question de coordination et d’efficacité ; il peut par exemple être plus rentable de travailler en collaboration avec une organisation locale », a-t-elle dit. « Les réponses doivent être spécifiques au contexte. Les bons d’achat et les bons alimentaires peuvent être appropriés dans certains endroits, alors que les solutions en nature peuvent être plus efficientes et efficaces dans d’autres. »

lr/jd/cb – gd/amz

DOSSIER EBOLA 2015

infos du jour

Ce que vous devez savoir sur le virus Ebola
Les voyages à destination ou en provenance des pays touchés par Ebola présentent un risque faible

Actualisé le 03 septembre 2014

Depuis le 31 juillet 2014, le ministère des Affaires étrangères et du développement international et le ministère des Affaires sociales, de la santé et du droit des femmes recommandent aux Français de suspendre tout projet de voyage dans les pays où des cas de fièvre hémorragique à virus Ebola sont avérés (Guinée, Sierra Leone, Libéria, Nigéria).
En l’absence de traitement efficace ou de vaccin pour l’homme, la mise en œuvre et le respect des mesures de protection à prendre à titre individuel sont le seul moyen de prévenir l’infection :

  1. Éviter de se déplacer ou de séjourner dans les zones de foyer de l’épidémie ;
  2. Respecter les consignes des autorités locales ;
  3. Respecter les règles d’hygiène de base et, notamment, se laver fréquemment les mains avec du savon ou une solution hydro-alcoolique ;
  4. Éviter tout contact rapproché avec des personnes ayant une forte fièvre ;
  5. Éviter tout contact avec des animaux sauvages (singes, chauves-souris…) vivants ou morts ;
  6. Ne pas consommer, ni manipuler de viande de brousse ;
  7. Les produits animaux (sang, viande, lait…) doivent être cuits soigneusement avant d’être consommés.


Les personnes qui présenteraient, dans un pays où circule le virus, une forte fièvre (supérieure à 38,5°C) d’apparition brutale doivent contacter les services de l’ambassade ainsi qu’un médecin..
Les personnes de retour d’un pays où circule le virus et qui présenteraient une forte fièvre (supérieure à 38,5°C) d’apparition brutale doivent :
Dans le cas où ces symptômes se développent à bord de l’avion, informer immédiatement les personnels navigants ;
Dans le cas où les symptômes se développent dans les 21 jours après le retour, contacter immédiatement le Centre 15 en mentionnant leur voyage.

La maladie à virus Ebola (appelée aussi fièvre hémorragique à virus Ebola)
est une maladie grave, souvent mortelle, dont le taux de létalité peut être élevé. C’est l’une des maladies les plus virulentes au monde. L’infection se transmet par contact direct avec du sang, des liquides organiques ou des tissus de personnes ou d’animaux infectés. Les personnes gravement malades ont besoin de soins intensifs. Pendant une flambée, les plus exposés à l’infection sont les agents de santé, les familles et les personnes en contact rapproché avec des malades ou des patients décédés. L’infection peut cependant être maîtrisée grâce à des mesures de protection dans les établissements de soins, lors de rassemblements ou à domicile.

Liste des ESR et autres établissements de santé disposant de capacités opérationnelles de prise en charge Ebola
pdf Fiche synthétique sur la maladie à virus Ebola

 

Institut de veille sanitaire

  Fièvre hémorragique virale (FHV) à virus Ebola - Point de situation Afrique de l'Ouest au 27 août 2014

[virus Ebola]

Le 22 mars 2014, le ministère de la santé guinéen a notifié à l’OMS une épidémie de fièvre hémorragique virale (FHV) liée au virus Ebola, souche « Zaïre », dans le sud de la Guinée. Depuis le début de l’année 2014, des cas de fièvre hémorragique à virus Ebola sont rapportés en Guinée. Fin mars, l’épidémie s’est propagée au Liberia et au Sierra Leone voisins. Depuis la semaine dernière, le Nigéria est le 4ème pays de la région à rapporter des cas.
C’est la première fois que des cas de FHV liés à Ebola sont rapportés dans ces pays d’Afrique de l’Ouest. Des cas sporadiques avaient été rapportés en Côte d’Ivoire en 1994 mais cette FHV est généralement rapportée en Afrique centrale. Il est important de rappeler que, dans la région, d’autres pathologies endémiques telles que le paludisme ou d’autres virus responsables de FHV circulent (FHV de Lassa ou la fièvre jaune) et peuvent compliquer le diagnostic. L’épidémie actuelle est sans précédent tant du point de vue du nombre de cas rapportés, de l’étendue géographique et de la transmission avérée en zone urbaine.
Au total, au 27 août 2014, 2 615 cas et 1 427 décès ont été rapportés (létalité observée de 54,5%)dans les 4 pays affectés en Afrique de l’Ouest.
voir plus...


Brazzaville, le 27 août 2014 – Premier d’une série d’ateliers sur la préparation et la riposte visant à renforcer les mesures de lutte du continent contre la flambée de la maladie à virus Ébola (EVD) qui survient dans les régions de l’Afrique de l’Ouest, l’atelier a démarré mardi, à Brazzaville au Congo.

Initié par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cet atelier de trois jours rassemble plus de 40 responsables chargés de la lutte contrôle contre la maladie et sa prévention; des cliniciens et des res-ponsables de la lutte contre l’infection, de même que des spécialistes en mobilisation sociale, éduca-tion sanitaire et communication provenant de 10 pays. Les participants sont issus des ministères de la Santé et des Bureaux de pays de l’OMS du Botswana, de l’Éthiopie, du Ghana, du Kenya, du Rwanda, du Namibie, de la Tanzanie, de l’Ouganda, de la Zambie et du Zimbabwe.

À l’ouverture de l’atelier, le Directeur du Groupe organique Vaccination, vaccins et situations d’urgences au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Deo Nshimirimana, a déclaré que mal-gré les efforts déployés pour contrôler la maladie à virus Ébola, la flambée persistait et le nombre de cas et de décès augmentait, ce qui constituait une menace pour tous les pays africains et le monde.

Le Dr Deo Nshimirimana, représentant le Dr Luis Sambo, Directeur régional, a fait la déclaration sui-vante: "Maintenant, la maladie à virus Ébola n’est plus seulement un problème de santé, mais égale-ment une menace pour l’économie et le développement de nos pays, et nous devons accélérer les ef-forts pour contrôler rapidement la situation”.

Les participants à l’atelier renforceront leurs capacités dans le cadre des stratégies actuellement re-commandées pour juguler la maladie à virus Ébola. Ces stratégies intègrent la gestion des données et la surveillance; la lutte contre la maladie et sa prévention; la prise en charge des cas; la collecte des prélèvements destinés aux laboratoires et leur acheminement, ainsi que la mobilisation sociale. Parmi les autres stratégies figurent les techniques de communication et l’élaboration des messages; les plans de préparation et de riposte, l’utilisation adéquate des équipements de protection individuelle et la lo-gistique.

Au terme de l’atelier, l’on s’attend à ce que les participants aient acquis les connaissances et compé-tences requises pour organiser de manière appropriée des ateliers similaires dans leurs pays respectifs.

Depuis le début de la flambée, signalée pour la première fois en Guinée le 21 mars 2014, l’OMS et ses partenaires ont déployé plus de 450 personnes auprès des quatre pays affectés, à savoir la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone et le Nigeria. Les experts déployés comprennent, entre autres, des coordonna-teurs de terrain, des cliniciens, des épidémiologistes, des spécialistes de la prévention et de la lutte contre l’infection, des gestionnaires de données et des logisticiens, des spécialistes en communication, des médecins-anthropologues et des personnes chargées de la mobilisation sociale.

_______________________________________

Pour de plus amples informations, veuillez contacter:

Dr Peter Gaturuku
Tel: +4724139185

C. Boakye-Agyemang
Tel: +4724139174
Email: boakyeagyemangc@who.int

Samuel Ajibola
Tel: +4724139174
Email: ajibolas@who.int

Six astuces pour mettre de l'humanitaire dans sa vie professionnelle

L'avion qui se pose à Paris ramène Paul William Delorme d'une mission en République d'Haïti. En poste depuis trois ans au marketing stratégique chez Orange, ce cadre vient de participer à deux programmes d'aide au pays: l'un sur la scolarisation, appelé "Back to school", et l'autre sur l'enregistrement des naissances sur Internet par mobile multimédia.

"En Haïti, trop de bébés naissent sans être enregistrés et, officiellement, ils n'existent pas. Cela les exclut, de facto, du système de soins et de l'école", explique-t-il. Une belle opération humanitaire... Enfin, pas tout à fait. Ou pas uniquement. Pour Orange, l'action de son collaborateur est une façon de s'inscrire dans la grande vague de la responsabilité sociale de l'entreprise. Et d'être également présent sur des marchés potentiels. Un mélange des genres emblématique des nouveaux liens entre le monde solidaire et celui de l'entreprise.

"Les ponts entre les deux se sont multipliés ces dix dernières années, et les relations sont de plus en plus partenariales", explique Amandine Barthélémy, cofondatrice de l'agence Odyssem, qui a consacré un livre à L'Economie qu'on aime (Rue de l'Echiquier, 2013). En outre, "l'aventure solidaire ne tente plus seulement les juniors impatients ou les seniors en quête d'un nouveau souffle, mais aussi les actifs les plus intégrés", ajoute le sociologue Mathieu Helly, auteur de L'Economie sociale et solidaire: de l'utopie aux pratiques (La Dispute, 2013). Voici six manières de s'investir dans la solidarité tout en poursuivant sa carrière.

Se mobiliser pendant ses congés


Très en vogue pour vivre des vacances utiles: les vacances solidaires. L'idée s'est imposée en France dans les années 2000, avec l'essor des associations Planète Urgence, Projects Abroad ou France Volontaires, qui organisent les missions.
La personne travaille pendant ses congés payés. Cela n'est pas nouveau en soi, mais, désormais, des accords se mettent en place avec les entreprises qui peuvent couvrir les frais facturés par l'association. Car cet engagement n'est pas gratuit. Le site de Planète Urgence annonce 2 200 euros pour deux semaines, quand le séjour est proposé via une entreprise; et 1 645 euros quand il s'effectue à titre individuel. Le montant est déductible fiscalement à hauteur de 60%.

>> Quels sont les secteurs de l'économie sociale et solidaire qui recrutent?

Mais les structures organisatrices ne sont pas des passages obligés. Armelle Castel, préparatrice dans les laboratoires Boiron, est ainsi partie l'été dernier en qualité de membre actif de l'association L'Ecole des Rizières, qui soutient la scolarité d'enfants vietnamiens. Quand elle a voulu poser quatre semaines de vacances, sa responsable lui a non seulement donné son feu vert, mais lui a aussi parlé de l'aide aux projets personnels, un accord d'entreprise, créé en 1987 chez Boiron.Engagement individuel et investissement professionnel peuvent fonctionner de pair. Une commission m'a accordé une aide pour le financement de tous les frais logistiques." Un point pour Armelle, pour l'association... et pour Boiron qui motive une salariée reconnaissante. L'engagement individuel et l'investissement professionnel peuvent bel et bien fonctionner de pair, à condition d'oser parler de ses rêves. Et un congé sans solde de longue durée pour une parenthèse plus longue? "C'est aussi envisageable dans une carrière. L'aventure tente plutôt les jeunes pros attirés par l'étranger, soucieux de donner la pleine mesure à leur quête de sens à un moment donné", précise Jean-Michel Huet, directeur associé Développement international, chez Bearingpoint, et enseignant à Neoma Business School (ex-Reims Management School), notamment dans la spécialisation sur le management associatif et l'économie solidaire.
"Cela fonctionne bien dans les cabinets de conseils, où les collaborateurs peuvent passer de longues périodes chez un client. Une absence pour raison humanitaire ne bouscule donc pas l'organisation de leur entreprise", explique-t-il. Il est plus sceptique quand la personne occupe un poste dans un service classique, car elle peine parfois à réintégrer son équipe au retour. Donner quelques heures
Le bénévolat a toujours existé, mais la tendance est aujourd'hui de rationaliser sa bonne volonté et de mettre son savoir-faire au service des organisations dans le cadre du bénévolat de compétences. Passerelles et Compétences se charge de mettre en contact les professionnels volontaires avec les associations.
Aller encore plus loin, c'est possible: il existe aussi une forme de bénévolat payant. François Barbier, consultant chez Beyond Consulting, après avoir été dirigeant chez Mars, Danone et Kraft, a ainsi accepté de verser 10000 euros par an, à titre personnel, à l'ONG Ashoka. C'est le ticket d'entrée pour venir en aide à des entrepreneurs sociaux triés sur le volet, et faire partie du cercle d'élites des Ashoka Support Network (ASN).
"J'ai toujours eu la fibre sociale. Il était temps que je fasse partager mon expérience de manager afin de soutenir des initiatives utiles et de faciliter, par exemple, la clarification des stratégies pour un impact optimal des actions menées, explique François Barbier. Et j'apprends beaucoup moi-même aux côtés d'entrepreneurs qui développent des projets avec une extraordinaire économie de moyens et une saine frugalité. C'est l'avenir!"

Cette démarche reste individuelle, mais le bénévolat de compétence peut aussi s'inscrire au sein même d'une entreprise, comme à La Banque Postale. "Avec le lancement de L'Envol en 2012 -campus développant un programme de tutorat- les salariés peuvent parrainer, sur leur temps libre, des jeunes pour leur assurer un accompagnement individualisé", expose Stéphanie Osmont, sa déléguée générale. Le but est, bien sûr, d'oeuvrer pour l'égalité des chances et de répondre ainsi à l'engagement sociétal de l'entreprise. Mais la responsable du campus observe que ces engagements développent considérablement l'implication des salariés dans leur job.
S'engager via du mécénat de compétences
De plus en plus d'entreprises se lancent dans le mécénat de compétences, et assurent tout ou partie de la rémunération des salariés, le temps de leur mission. C'est ce que révèle une étude d'IMS-Entreprendre pour la cité (2012): 80% des fondations d'entreprise proposent aujourd'hui aux collaborateurs de s'impliquer dans leurs actions, contre 69% en 2009.
Orange s'appuie même sur ce dispositif pour gérer les fins de carrière. "Le temps partiel senior permet aux salariés à trois ou cinq ans de la retraite de quitter le groupe pour intégrer une association d'intérêt général et y travailler à 50%, tout en étant payés à 80% par Orange", explique Sébastien Croizier, directeur de la stratégie et de l'innovation, élu CFE-CGC. Pour l'entreprise, 60% des salaires versés sont déductibles fiscalement.

Ancien cadre, José Truchon est, par exemple, parti chez Emmaüs faire du tri d'objets d'art. "Passer mon temps à repérer des oeuvres, c'est ma passion. A la fin du mécénat, je continuerai à titre personnel", affirme-t-il. Un bon moyen de préparer utilement le passage à la retraite, car ne devient pas bénévole qui veut et les places sont limitées pour les seniors.
Les intérêts sont donc partagés entre le salarié et l'entreprise, mais aussi avec les ONG qui font valoir ces avantages pour attirer des compétences et des fonds, via les partenariats tissés du même coup. Jean-François Riffaud directeur de la communication et du développement des ressources à la Croix-Rouge reconnaît ainsi l'aide providentielle des ingénieurs d'IBM venus participer à l'installation d'un logiciel pour la gestion de l'aide alimentaire. "D'un côté, ils nous ont soutenus; de l'autre, ils étaient heureux d'avoir rendu service à des milliers de personnes en difficulté." Idem pour Emmaüs Solidarité. "Même à l'échelle d'une journée, un groupe de 30 ou 50 salariés peut nous aider à rénover un local, à aménager un jardin dans un espace d'accueil. Cela fait toute la différence pour le public en situation de grande précarité que nous recevons dans ces lieux", rapporte Bruno Morel, directeur de l'association. Une stratégie "gagnant-gagnant" encore mise en avant par l'ONG Care: "Nous avons bénéficié de l'expertise d'Axa, pour évaluer l'impact des variations des pluies sur la sécurité alimentaire dans huit pays, mais également des aptitudes d'un salarié du groupe, venu en mécénat de compétence pour la refonte de notre site Internet", rappelle Fabienne Pouyadou, directrice des partenariats.

Consacrer un job à plein temps à l'engagement sociétal


S'engager quelques heures ou quelques jours, c'est motivant, mais certains choisissent de s'impliquer totalement dans une ONG pour vivre l'aventure. Bien des jobs, dans ce cadre, sont (presque) comme les autres. Diplôme de Sciences Po en poche, Laure Brogliolo a ainsi intégré Médecins du Monde, il y a huit ans, pour gérer les partenariats avec les entreprises et les relations avec les grands donateurs.

"Mon activité a du sens, mais cela ne m'empêche pas de souhaiter avancer, avoir des responsabilités, obtenir des résultats et, bien sûr, être payée à ma juste valeur", confie-t-elle. Pour faire sa place dans ce milieu, il faut aujourd'hui être pragmatique, rompu aux relations avec les entreprises. Le cas de Laure n'est pas isolé. "La plupart des membres de mon équipe de collecte ont tous étudié dans une école de commerce ou ont exercé dans le privé", constate Jean-François Riffaud, de la Croix-Rouge.
"Les subventions publiques ayant baissé, nous devons être capables d'aller chercher des fonds du côté des entreprises", ajoute-t-il. Les ONG ou les associations ont donc davantage besoin de cadres. Et ces derniers se montrent massivement séduits par cette perspective, comme en témoigne le nombre de candidatures reçues quand un poste se crée. "Sur 200 CV, seulement cinq ou six sont éligibles. La plupart des candidats écrivent pour dire qu'ils sont des types bien, mais ce qui prime, ce sont les compétences et ensuite la manière d'y greffer un authentique engagement éthique", explique Jean-Philippe Teboul, dirigeant du cabinet Orientation Durable.

Tout le monde ne peut s'investir à 100% dans l'associatif

Preuve que "tout le monde ne peut s'investir à 100% dans l'associatif", rappelle Laure Brogliolo. S'engager à plein temps sur les questions sociétales au sein d'une entreprise, comme Paul William Delorme, chez Orange, est aussi possible. Damien Desjonquères en fait de même l'heureuse expérience. Après plusieurs années au sein de l'ONG Care, ce cadre supérieur a rejoint Areva, avant d'intégrer Total, voici cinq ans, comme responsable du projet Précarité énergétique. L'occasion de "faire bouger les lignes internes de l'entreprise sur des sujets d'utilité sociale en France, avec des moyens importants", explique-t-il.

Chez Schneider Electric, Alban Jacquin, directeur Performance et communautés développement durable, s'investit également à 150% dans la même veine "social business", comme d'autres "happy few" du même groupe.

Devenir intrapreneur social...
Schneider Electric a permis à certains salariés, travaillant à l'international, de lancer le programme d'intrapreneuriat social BipBop en Inde, à Bengalore. "En 2010, un collaborateur, Abhimanyu Shu, a eu pour objectif de concevoir le programme In-Diya, permettant à de nombreux ruraux de s'équiper de lampes LED à bas coût et rechargeables, donc écologiques", raconte Alban Jacquin, directeur Performance et communautés développement durable chez Schneider Electric.
Depuis, une véritable "business unit" s'est structurée avec une quinzaine de collaborateurs basés en Inde, en France et en Afrique. Elle a pu imaginer un projet économiquement viable et adapté aux besoins locaux, identifiés en partenariat avec des ONG. Abhimanyu Shu a d'abord conçu l'opération en plus de ses fonctions habituelles, et s'investit maintenant pleinement pour la faire vivre.... ou entrepreneur social

Stade ultime de l'implication, créer sa propre activité et devenir entrepreneur social. Ryadh Sallem, membre de l'équipe de France de rugby-fauteuil aux derniers Jeux paralympiques, a fait ce pari en créant l'association Capsaaa, qui propose notamment aux entreprises des programmes de sensibilisation au handicap par le sport.
"C'est essentiel d'écouter son coeur et d'être bénévole. Mais pour faire vivre un projet, il faut se donner à 100%, et sans financement, on s'épuise. Pour ma part, je suis salarié de Capsaaa, mais je développe parallèlement des missions de conseil en tant qu'auto-entrepreneur." Le moyen de faire aussi le trait d'union entre l'association et les grands groupes. Autre expérience, Octavie Baculard a créé l'agence Volonteer, en 2005. Son but: "Accompagner les entreprises désireuses de mobiliser leurs salariés dans le social", via du conseil, des études, des formations et des mises en relation entre les différents acteurs.

Concilier solidarité et carrière repose encore souvent sur des initiatives individuelles et sur des rencontres providentielles avec des dirigeants visionnaires. "En interne, beaucoup de collaborateurs, aux échelons intermédiaires de la hiérarchie, restent à convaincre de l'utilité de ces démarches", reconnaît Damien Desjonquères, de Total. De fait, des jobs comme le sien restent rares. "La plupart du temps, on fait évoluer à la marge une fiche de poste en interne pour y intégrer une dimension sociétale", nuance encore Jean-Philippe Teboul.
Il reste donc du chemin à faire pour sécuriser réellement ces nouveaux parcours professionnels. C'est l'avis de Jean-Baptiste de Foucauld, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances et fondateur de Solidarité nouvelle contre le chômage (SNC). "Trop d'entreprises soumises à des logiques de marché peinent à accorder à leurs salariés la liberté nécessaire à l'engagement social. Mais pour peu qu'elles le fassent les bénéfices sont aussi grands personnellement que collectivement." A chacun de forcer le destin solidaire.

En savoir plus sur lexpress.fr

Quels Enseignements Tirer De L'Arche De Zoé ?


La solidarité un coup de cœur ou un engagement durable ?
Ce texte est extrait du journal Feuille de Route n° 372
publié par ATD Quart Monde en avril 2008

La mésaventure de l'association Arche de Zoé a fait couler beaucoup d'encre en France et dans bien d'autres pays. Partis au Tchad pour sauver des enfants orphelins victimes du conflit au Darfour et promis à l'adoption en France, les responsables se sont fait arrêter et juger pour vol d'enfants soudanais... non orphelins. Bien qu'exceptionnelle, cette affaire nous invite à réfléchir sur les limites de nos interventions, au nom de l'humanitaire.
À notre époque, on remarque beaucoup de compassion, d'empathie ou de « révoltisme » (se révolter pour tout). Ce n'est pas critiquable en soi mais souvent le bon sentiment passe avant le raisonnement : on donne aux sans-abri ou pour les victimes du tsunami parce que c'est bien ou en France, la collectivité paye des chambres d'hôtel aux familles sans-abri. Ce qui permet de se dédouaner et de ne pas avoir à se projeter avec eux à long terme.
Il s'est installé une sorte de « tyrannie » de l'urgence. Le fait de secourir les victimes donne tous les droits. C'est cette idéologie de l'ingérence médiatisée qui devrait être mise en procès. On peut aussi se demander qui définit qu'il y a urgence, qui identifie le domaine dans lequel il faut intervenir ? Une des membres de l'Arche de Zoé explique leur intervention : « Les enfants sont malnutris et sans avenir ». Une Tchadienne répond : « Veut-elle dire que notre pays est sans avenir ? Qu'il n'offre pas d'avenir à ses enfants ? S'ils voulaient soigner des enfants, pourquoi n'ont-ils pas évacué sanitairement tous ces enfants de nos hôpitaux où on ne peut pas opérer ?

Et nous voyons encore une fois que, face à l'urgence, quelle qu'elle soit, quel que soit le pays, mais toujours quand on se trouve en milieu pauvre, la réponse est : il faut sauver les enfants. Et sauver les enfants pauvres ici, en France ou ailleurs, signifie trop souvent intervenir de l'extérieur pour les retirer à leur famille, à leur milieu, abîmant encore plus l'image que l'enfant a des siens et donc de lui-même.
Pour intervenir, il faut connaître mais qui peut dire que la décision a été prise après un temps de connaissance de ce que vivent ces enfants, des efforts que font leurs parents et, puisqu'on parle du Tchad, de quelles solutions disposent leurs habitants acculés à la misère ? Une autre Tchadienne dit : « Si on veut confier l'éducation de son enfant à un frère ou un cousin, on s'assure avant tout de sa moralité, et qu'il y a une femme pour éduquer cet enfant. On ne le confie pas à des inconnus. » Le développement de l'urgence humanitaire a des conséquences, en particulier sur la formation des jeunes. Beaucoup d'entre eux, par ailleurs pleins de bonne volonté, apprennent la logistique d'urgence. Des universités, des associations proposent des expériences : trois mois pour monter un projet, trois mois pour partir le faire, précisant : « C'est un grand atout pour les jeunes que de vivre ça ». Se demande-t-on autant quel sera l'atout pour les personnes, les associations, les pays qui les accueillent ? Les jeunes ont une aspiration à refuser les frontières, à aller à la rencontre, mais nous ne pouvons pas leur laisser croire qu'ils ont une ou des solutions pour ces pays plongés dans de si grandes difficultés. Ne faudrait-il pas enfin commencer à penser qu'il faut prendre du temps pour faire connaissance, pour apprendre à vivre ensemble ?

Bruno Tardieu (délégué national France d'ATD Quart Monde) et Elisa Hamel (déléguée régionale Afrique d'ATD Quart Monde)  


atd

 Les Pièges Potentiels De La Prolifération Des Données Pour Les Humanitaires


BANGKOK, 29 mai 2013 (IRIN) - Les travailleurs humanitaires et les communautés affectées par les crises exploitent de plus en plus les nouvelles technologies pour collecter des données en temps réel afin de prévenir et gérer les catastrophes et de s’y préparer. Les analystes prônent toutefois la prudence face à la « prolifération des données ».
 Nous avons aujourd’hui la possibilité d’utiliser des données de manière responsable pour améliorer les mécanismes d’assistance afin d’aider [les communautés vulnérables] à toutes les étapes : la réponse [d’urgence], le relèvement, l’atténuation des risques et la préparation aux catastrophes futures », a dit Anoush Tatevossian, porte-parole de Global Pulse, une initiative de suivi numérique lancée en 2012 par les Nations Unies pour étudier comment les travailleurs humanitaires pourraient mieux exploiter une masse de données en expansion constante.
La prolifération des données (« big data ») – ou les « traces de l’action humaine captées par les appareils numériques », selon l’Institut international pour la paix (International Peace Institute, IPI), un groupe de réflexion à but non lucratif sur la paix et la sécurité basé à New York –, l’externalisation ouverte, ou crowdsourcing (solliciter les contributions de la communauté en ligne), le crowdseeding (fournir des téléphones portables et des crédits téléphoniques aux communautés afin de récolter des informations sur le terrain) et l’utilisation des médias sociaux (interagir sur les communautés virtuelles comme Facebook et Twitter) jouent un rôle de plus en plus important dans la réponse humanitaire du XXIe siècle.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) modernes ont permis de trouver des survivants enfouis sous les décombres lors du tremblement de terre de 2010 à Haïti ; de traduire plus rapidement en arabe le portail anglais du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) afin de faciliter l’accès à l’information des réfugiés et des répondants locaux ; et d’évaluer l’opinion publique philippine en classant dans une base de données plus de 20 000 messages publiés sur les médias sociaux philippins dans les 24 heures suivant le passage du typhon Pablo, en 2012.

Des informations en temps réel
La prolifération des données est actuellement étudiée de manière rétroactive par les Nations Unies dans deux « Global Pulse Labs » situés à Jakarta (Indonésie) et à Kampala (Ouganda). Selon Mme Tatevossian, le laboratoire indonésien, créé en 2012, a découvert que les tweets envoyés depuis 2010-2011 en Indonésie – dont les résidents envoient et reçoivent plus de tweets que ceux de n’importe quel autre pays du monde – reflétaient l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’inflation sur la population et permettaient de prévoir la crise alimentaire mondiale de 2012. Elle a cité une étude antérieure montrant une corrélation entre les conversations sur les thèmes liés à la nourriture sur les médias sociaux et les données officielles de l’inflation.

Selon Global Pulse, cette surveillance des médias sociaux en temps réel pourrait permettre de renforcer les systèmes d’alerte précoce.
 Nous pouvons estimer les indices des prix à la consommation pour les denrées alimentaires de base grâce à des mots-clés et aux échanges en ligne », a expliqué Mme Tatevossian. Les conclusions préliminaires auxquelles sont arrivés les laboratoires de Global Pulse en se basant sur des données antérieures démontrent l’importance d’utiliser les informations numériques gratuites pour orienter les décisions en matière de politiques. « Les décisions sont souvent basées sur des statistiques qui datent de deux ou trois ans, alors même que cet océan de données est produit gratuitement tout autour de nous », a dit Mme Tatevossian.
Il y a plus de six milliards d’abonnés au réseau mobile dans le monde et un milliard d’utilisateurs d’Internet en Asie seulement ; un tiers de la population mondiale, qui est estimée à sept milliards de personnes, a accès à Internet, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Selon Patrick Meier, de l’Institut de recherche en informatique du Qatar (Qatar Computing Research Institute, QCRI), plus d’un milliard de nouveaux abonnements de téléphonie mobile ont été souscrits dans le monde au cours des trois dernières années et environ 1,7 million de milliards d’octets de données sont générés chaque minute. Dans ce contexte, il n’est pas faux de dire que le « fossé numérique » continue de se rétrécir.
Les gouvernements, les Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) humanitaires doivent cependant encore apprendre à utiliser ces nouvelles sources d’information pour prendre de meilleures décisions, selon Paul Currion, spécialiste de l’informatique et de la coordination humanitaire et consultant auprès du Conseil international des agences bénévoles (International Council of Voluntary Agencies, IVCA) – un réseau d’ONG basé à Genève qui s’intéresse aux développements humanitaires. Avec toutes ces informations améliorées qui nous viennent de partout, [notamment] des communications avec les communautés affectées par les catastrophes, des évaluations conjointes des besoins, de la cartographie des crises et ainsi de suite, nous avons de moins en moins d’excuses pour prendre de mauvaises décisions », a déclaré M. Currion.

Catastrophes d’origine humaine
L’exemple de l’Amérique latine a démontré que les initiatives technologiques horizontales, c’est-à-dire au niveau des citoyens, étaient les plus dynamiques et les plus prometteuses pour la prévention des crimes violents », a dit Francesco Mancini, directeur de recherche principal à l’IPI.
Au Brésil, les habitants des quartiers pauvres de Rio de Janeiro donnent leur avis sur les interventions de prévention de la violence mises en oeuvre par l’intermédiaire de blogues. Au Mexique, le réseau de promotion de la paix Nuestra Aparente Rendición utilise son site web pour faciliter la communication entre les défenseurs de la paix et faire connaître les progrès réalisés.
Si certaines franges de la population continuent d’être exclues en raison de l’accès inégal à la technologie – et, par le fait même, aux médias sociaux –, l’Amérique du Sud affiche toutefois l’un des taux de croissance les plus élevés au monde en ce qui concerne la pénétration d’Internet et le nombre de blogues. Depuis 2003, le nombre de personnes ayant accès à Internet a été multiplié par 13 et les abonnements au réseau de téléphonie mobile, par 10, selon l’IPI. Dans plusieurs pays d’Amérique centrale où les médias nationaux ont tendance à se censurer par crainte de subir des représailles par des groupes armés organisés, des journalistes citoyens utilisent les médias sociaux et les blogues pour rapporter des actes de violence.
Selon l’IPI, l’Amérique latine, où les deux tiers des utilisateurs d’Internet ont moins de 35 ans, affiche aussi le taux d’homicides le plus élevé au monde chez les moins de 24 ans (35 par 100 000 personnes). Les analystes estiment que les TIC pourraient y être utilisées pour améliorer la sécurité des citoyens.
Dans d’autres régions du monde, les médias sociaux ont été utilisés pour inciter à la violence par des discours de haine, comme dans l’État de Rakhine, au Myanmar, en 2012 et 2013. Leur surveillance peut cependant aussi permettre de prédire et d’atténuer les conséquences de telles violences, selon l’IPI et Global Pulse.
Grâce aux informations en temps réel sur le comportement des communautés, l’évaluation des impacts et la rétroaction sont beaucoup plus rapides qu’avant… Cela nous permet de nous adapter et de corriger promptement le tir… et d’obtenir des résultats plus vite », a dit Mme Tatevossian.

Catastrophes naturelles
Les laboratoires de Global Pulse tentent de déterminer l’utilité réelle des informations issues de ce déluge de données avant de tester la surveillance en temps réel. L’organisation travaille actuellement sur un projet ayant pour objectif de déterminer comment les données obtenues par l’intermédiaire des téléphones portables pourraient permettre d’améliorer les systèmes d’alerte précoce et d’atténuer l’impact des sécheresses sur les communautés.
Pour l’heure, les premiers répondants des crises sont presque toujours des membres des communautés affectées, soit des voisins et des membres des autorités locales. Or, les médias sociaux pourraient pousser les gouvernements provinciaux et fédéraux à mobiliser des ressources et à désamorcer les crises imminentes.
Les nouvelles technologies permettent de transmettre l’information presque en temps réel entre les membres des populations affectées par les crises et à leurs leaders locaux, qui ont par ailleurs tout avantage à réagir... C’est ce que j’appelle l’approche horizontale », a dit M. Mancini. Cette approche s’oppose au flux « vertical » reliant les populations locales et les décideurs nationaux et internationaux, qui leur sont moins redevables.
Dans la région Asie-Pacifique, les gouvernements, les ONG et les communautés ont décidé d’utiliser les médias sociaux pour créer des systèmes d’alerte précoce pour les catastrophes. Tout comme l’utilisation abusive des médias sociaux peut affecter les contacts physiques en face à face entre les individus... les nouvelles technologies pourraient nous entraîner encore plus loin des relations entre êtres humains, qui sont pourtant essentielles à toute entreprise humanitaire. »

Le gouvernement philippin a utilisé Facebook pour avertir la population d’inondations imminentes en décembre 2011. Le Digital Humanitarian Network (DHN) – un consortium d’experts techniques et de volontaires numériques convoqué en décembre 2012 par l’OCHA lors du passage du typhon Pablo dans le sud des Philippines – a été activé à cinq reprises depuis (Soudan, Philippines, Syrie, Samoa et République démocratique du Congo) pour faciliter la création de cartes de crises, améliorer la précision et la vitesse de transmission de l’information aux répondants et réduire les coûts de collecte de données, selon Cat Graham, coordonnatrice pour DHN.
 La communauté humanitaire doit collaborer davantage... avec les communautés professionnelles qui travaillent déjà sur cette technologie », a dit M. Currion.
DHN aide les organisations d’aide humanitaire à interpréter les données afin de cartographier les crises. Des tweets et des publications Facebook sont associés à des vidéos et à des photos et ensuite situés sur une carte dynamique. Le réseau utilise la technologie satellite pour soutenir les efforts de recherche et de sauvetage et identifie les personnes qui ont besoin d’aide grâce aux publications sur Facebook.
Au Soudan du Sud, l’équipe a collecté plus de 15 000 éléments d’information sur les déplacements, les rapatriés, la sécurité et d’autres sujets. Elle a créé des cartes et établi des statistiques sur les populations de plus de 250 régions de la RDC et analysé plus de 20 000 messages publiés sur les médias sociaux philippins [à la suite du passage du typhon Pablo].
 Le domaine des ONG doit faire face à la concurrence des pairs en ce qui concerne les efforts de secours auprès des populations, alors que ces types de technologies permettent aux organisations communautaires de plus petite taille d’intervenir au même niveau que les plus gros acteurs, moins flexibles », a dit Michael Howden, directeur de la Sahana Software Foundation, une entreprise de logiciels ouverts (« open source ») qui permet aux utilisateurs de télécharger gratuitement un logiciel de gestion des catastrophes.
Depuis son lancement pour contribuer au relèvement du Sri Lanka à la suite du tremblement de terre et du tsunami de 2004, le logiciel de Sahana a été utilisé plus de 12 fois, notamment par la Croix-Rouge chilienne pour la détection des feux de forêt en 2012 ; pour aider les organisations communautaires à mettre sur pied la réponse à l’ouragan Sandy à New York et au New Jersey ; pour l’enregistrement des organismes qui sont intervenus à la suite du tremblement de terre et du tsunami de 2011 au Japon ; et pour assurer le suivi des opérations de plus de 700 ONG après le séisme de 2010 à Haïti.

Les inconvénients de la prolifération des données
Les données numériques et les nouvelles technologies, incluant la technologie satellite et les logiciels ouverts, sont cependant loin d’offrir une solution miracle aux problèmes humanitaires et de développement. Elles pourraient même, selon certains, porter préjudice à certaines populations.
Selon Global Pulse, les organisations d’aide humanitaire ne devraient pas compter sur les technologies pour résoudre leurs problèmes. Elles devraient simplement les utiliser pour la recherche et pour obtenir des informations supplémentaires sur les populations dans le besoin.
La prolifération des données ne peut pas tout résoudre et il s’agit peut-être simplement d’un terme à la mode », a dit M. Howden. « Nous ne devrions pas nous faire prendre par le battage autour des termes à la mode. Nous devrions simplement nous assurer que nous appliquons les technologies appropriées pour obtenir les meilleures solutions possible », a-t-il ajouté.
Ce « déluge de données », comme le décrit Global Pulse, peut rendre difficile l’identification des faits pertinents qui pourraient permettre de sauver des vies.
À titre d’exemple, des experts médicaux qui ont analysé les recherches de termes liés à la grippe sur Google entre 2003 et 2008 ont découvert que ces recherches (Google Suivi de la grippe) permettaient de prédire avec précision la propagation des infections respiratoires, mais pas celle du virus de l’influenza. En effet, les perceptions qu’avaient les gens de leurs symptômes ne correspondaient pas toujours aux diagnostics médicaux.
Cette avalanche de données contient toutefois aussi de précieux renseignements (« data exhaust »), a souligné Global Pulse, faisant référence à toutes ces données qui ont peu d’importance pour ceux qui les détiennent, mais qui pourraient être utiles pour d’autres (notamment l’utilisation des tours de téléphonie mobile pour suivre les déplacements au Pakistan). Les analystes mettent toutefois en garde contre le danger d’utiliser seulement les renseignements issus de ce déluge de données, qui proviennent par ailleurs surtout de déclarations faites par des volontaires, pour orienter les politiques. Ils soulignent également à quel point il est difficile de vérifier les perceptions du public lorsqu’elles sont rapportées en masse. Si les indices numériques (« digital straws ») – c’est-à-dire la comparaison des données issues des médias sociaux et des rapports des médias nationaux et la triangulation avec d’autres tweets et billets – peuvent contribuer à distinguer le vrai du faux, il est cependant important d’identifier quelles situations pourraient bénéficier de quel type de données et d’investir en fonction de ces informations.
Il y a, dans les données elles-mêmes, des obstacles, des faiblesses et des biais qui limitent leur utilité dans certaines situations », a dit M. Currion.
En outre, « il existe un risque bien réel de surcharger les systèmes [de gestion des bases de données et le personnel], qui ne sont pas prêts à gérer une telle quantité d’informations », a dit Jérémie Labbé, analyste senior des politiques humanitaires pour l’IPI. Si les volontaires numériques du DHN peuvent contribuer à la transmission et à l’analyse des données, la vaste quantité d’informations disponibles peut cependant se révéler accablante pour les employés des ONG qui oeuvrent sur le terrain.
La capacité d’absorption des répondants est plutôt faible. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas capables d’utiliser les technologies, mais parce qu’ils sont occupés 98 pour cent du temps et qu’ils dorment les 2 pour cent restants », a dit Robert Kirkpatrick, directeur de Global Pulse.

Quand le virtuel remplace l’homme
Les interactions virtuelles pourraient aussi éloigner les travailleurs humanitaires des communautés avec lesquelles ils tentent d’entrer en contact, a averti M. Labbé.
Tout comme l’utilisation abusive des médias sociaux peut affecter les contacts physiques en face à face entre les individus... les nouvelles technologies pourraient nous entraîner encore plus loin des relations entre êtres humains, qui sont pourtant essentielles à toute entreprise humanitaire. »
 Il est important de ne pas perdre le contact humain dans cette masse de données », a ajouté M. Howden.
Si les prestataires de services dépendent trop des nouvelles technologies pour communiquer avec les communautés affectées par les catastrophes, les populations qui n’y ont pas accès ou qui ne les comprennent pas risquent d’être pénalisées. L’accès inégal [aux technologies] pourrait refléter les clivages des conflits [et] les problèmes de représentativité des données pourraient prendre une toute nouvelle dimension », a rapporté l’IPI, en mettant l’emphase sur la nécessité d’inclure toutes les franges de la population dans les évaluations afin d’éviter les biais d’information.
La seule façon de satisfaire les besoins humanitaires des populations, c’est de ne pas oublier les êtres humains qui se cachent derrière le battage actuel autour de la prolifération des données, de la cartographie [des crises] et de l’utilisation de Twitter, a dit M. Currion.
Les données peuvent nous aider à obtenir un aperçu global d’une situation, mais nous ne devons jamais oublier que derrière tout jeu de données, derrière toute carte et tout tweet se trouvent des gens qui luttent pour vivre leur vie dignement face à l’adversité. La question fondamentale que nous devons nous poser au sujet de toute initiative technologique est : permettra-t-elle d’aider ces gens ? » a-t-il ajouté.
Les technologies modernes utilisées dans l’humanitaire « en sont à leurs balbutiements et n’ont pas beaucoup d’espace pour se développer », a conclu M. Labbé. Ou, comme l’a exprimé Mme Tatevossian, de Global Pulse : « La prolifération des données est le nouveau terrain de jeux de la recherche et du développement. 

Débats Sur La Meilleure Manière D’améliorer L’accès À L’eau Et L’assainissement Après 2015

 
STOCKHOLM, 9 septembre 2013 (IRIN) - Un groupe de réflexion de haut niveau sur la question de l’eau a appelé le 6 septembre à mettre au point des objectifs pour succéder à ceux du millénaire pour le développement afin de mieux utiliser les maigres ressources en eau, de concrétiser le droit à l’eau potable et à l’assainissement et de renforcer la résilience aux sécheresses et aux inondations avant 2030.
Cet appel de l’Institut international de l’eau de Stockholm a été lancé à la suite d’une semaine de discussions et de consultation des organisations d’aide humanitaire, des organismes de développement et des spécialistes de l’eau sur la meilleure suite à donner aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Les OMD visaient notamment à améliorer l’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement de base avant 2015.
Les OMD ont attiré une attention incroyable sur le plan d’action international pour le développement et ont servi de cri de ralliement à une époque où le soutien aux objectifs internationaux faiblissait », a dit Michel Jarraud, président d’ONU-Eau. « Les difficultés liées à l’eau touchent plus fortement les pauvres qui doivent donc être la cible de nos efforts. Nous devons désormais nous appuyer sur nos acquis et faire en sorte que les prochains objectifs soient encore meilleurs. »
Cette question était l’un des thèmes centraux des débats de la Semaine mondiale de l’eau, qui s’est tenue à Stockholm jusqu’au 6 septembre. Les 12 prochains mois sont considérés comme essentiels pour fixer un objectif en matière d’eau et d’assainissement qui permettra de guider les efforts de secours et de développement pour les 15 prochaines années.
Pourtant, malgré les indications positives du Groupe de personnalités de haut niveau chargé du programme de développement pour l’après-2015, un objectif dédié à l’eau et l’assainissement n’est pas garanti. Les spécialistes de l’eau craignent des années de difficultés si le processus est bâclé et le sommet Rio+20 de l’année dernière a montré des signes d’un manque d’enthousiasme des dirigeants mondiaux pour de nouvelles promesses de dons pour des projets relatifs à l’eau.
Ne pas avoir d’objectif concernant l’eau ne fera que compliquer nos efforts pour maintenir l’eau parmi les principales priorités de l’agenda politique », a dit Bart Devos du Parlement Mondial de la Jeunesse pour l’Eau (PMJE).

Résultats mitigés pour les OMD
Depuis 1990, l’année de référence des OMD, au moins deux millions de personnes ont obtenu l’accès à une source d’eau améliorée. Près de 800 millions de personnes restent cependant laissées pour compte, dont 40 pour cent vivent en Afrique subsaharienne. 


irinnews.org

Le Fléau Des Faux Médicaments


Un fléau qui empoisonne l’Afrique. Selon le Professeur français Marc Gentilini, délégué général de la Fondation Chirac, pour l’accès aux médicaments et une santé de qualité, reçu lundi par le président gabonais, dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de la santé, plus de 50% des faux médicaments vendus dans le monde sont écoulés en Afrique.
Pour le Français Marc Gentilini, la vente libre des faux médicaments en Afrique est « un véritable problème » de société qu’il faut combattre avec la dernière énergie. Les gouvernements africains paradoxalement sont laxistes sur cette question et les pharmacies dites "par terre" se multiplient partout dans les grandes villes et à Libreville notamment, malgré les conséquences désastreuses que subissent les populations.

Produits toxiques
La vente des faux médicaments est un véritable commerce de la mort. L’ancien président de la Croix Rouge française veut freiner ce commerce dans le continent, qui consomme selon lui plus de la moitié de ces produits nuisibles à la santé des populations. Il a certainement sollicité l’appui du chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba, en vue d’amplifier les actions devant permettre d’éradiquer ou de réduire le trafic des faux médicaments dans le continent.
Au Gabon par exemple, ces produits hautement toxiques sont vendus en toute liberté dans les lieux publics. Selon nos sources, ils sont importés du Benin, du Nigéria et du Cameroun voisin. La porosité des frontières, la pauvreté et la corruption des agents de douane, ainsi que l’absence des textes réglementaires sont autant de facteurs qui expliquent dans de nombreux pays africains la bonne santé du marché de faux médicaments.
200 000 décès pourraient être évités, si les médicaments utilisés contre le paludisme étaient conformes. L’appel de Cotonou marque-t-il un nouveau départ dans la lutte contre les faux médicaments ?
 Les trafiquants ont compris que c’était plus profitable que de la drogue, parce que c’est beaucoup moins contrôlé. »
PAR MOHAMED BABA FALL, CASABLANCA

L’appel de la fondation Jacques Chirac
 pour une conférence internationale en 2010, à Genève, pour fixer les règles de lutte contre les faux médicaments, intervient alors que de nombreux pays africains commencent à mesurer l’ampleur des médicaments contrefaits sur la santé publique. D’après l’OMS, un médicament sur quatre utilisé dans les pays en développement serait faux. Et d’enfoncer le clou : « Quelque 200 000 décès par an pourraient être évités, si les médicaments prescrits contre le paludisme étaient conformes à la règlementation. » D’où cette mobilisation sans précédent de sept chefs d’Etat africains autour de l’ancien président français, le 12 octobre dernier, pour signer l’appel de Cotonou Les marges seraient désormais en passe de rattraper celles de la drogue.

Au grand dam des pharmacies
Le problème est global. Au Sénégal, 35% des médicaments vendus hors des pharmacies sont faux. Le pays vient d’édicter des mesures énergiques pour mettre fin au commerce des médicaments dans la rue. Au Bénin, qui compte le seul laboratoire de la région, environ 85% des consommateurs de médicaments s’approvisionnent sur le marché informel. Le commerce des faux médicaments occupe 6000 personnes, au grand dam des pharmacies, qui accusent un manque à gagner évalué à 30 milliards de FCFA. Le manque à gagner est tout aussi important pour les recettes de l’Etat. A l’échelle mondiale, les faux médicaments rapportent 45 milliards d’euros par an et représentent, selon l’OMS, près de 10% du marché mondial.

Le bénéfice est de 6000 à 20 000%
Les marges seraient désormais en passe de rattraper celles de la drogue. Interrogé par l’AFP, Amor Toumi, de l’OMS, note qu’un comprimé de faux Viagra coûte 0,05 dollar à fabriquer et que le bénéfice est de 6000 à 20 000%, selon qu’on le vende sur Internet (3 dollars) ou sur le marché officiel (10 dollars). D’après la Fondation Chirac, « 50% des produits pharmaceutiques vendus sur la toile sont faux ou falsifiés ».
Les trafiquants ont compris que c’était plus profitable que de la drogue, parce que c’est beaucoup moins contrôlé », explique le professeur Marc Gentilini, médecin de la Fondation Chirac. « De plus en plus de morts sont liées à la prise de médicaments trafiqués, sous-dosés ou contenant des impuretés ; on a même vu des vaccins qui étaient remplacés par de l’eau », a déploré le professeur Gentilini.

MBF
L’Afrique face au fléau des faux médicaments
L’Organisation mondiale des douanes (OMD) a annoncé hier qu’une opération anti-fraude, menée en juillet dans 16 ports africains, a permis de saisir 82 millions de doses de médicaments illicites. Des faux médicaments sur un marché en Côte d’Ivoire. (AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO)
Près de 10 milliards de faux médicaments seraient introduits chaque année sur ce continent. Ces produits, qui ne contiennent le plus souvent aucune substance active, peuvent menacer la vie des patients atteints de maladies graves. Les raids ont été menés en plein cœur de l’été dans le plus grand secret : à la mi-juillet, l’Organisation mondiale des douanes (OMD) a conduit une opération coup-de-poing dans les grands ports de 16 pays africains. Avec un objectif très clair : mettre la main sur un maximum de médicaments de contrefaçon. Hier, lors d’une conférence de presse à Paris, Kunio Mikuriya, le secrétaire général de l’OMD a annoncé que plus de 82 millions de doses de médicaments illicites avaient été saisies : des antipaludéens, des antiparasitaires, des antibiotiques, des sirops antitussifs, des contraceptifs ou des traitements contre la stérilité. Ces résultats alarmants nous rappellent l’ampleur du trafic de médicaments en Afrique et du danger qu’il fait peser sur la santé des consommateurs africains », souligne l’OMD, qui a conduit cette opération en compagnie de l’Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments (Iracm), une association mise en place à l’initiative du laboratoire pharmaceutique Sanofi.

84 CONTENEURS DE CONTREFAÇONS
Au total, 110 conteneurs maritimes ont été inspectés par les 16 administrations douanières des pays concernés. « En trois jours, nous avons retrouvé des produits contrefaits ou illicites dans 84 conteneurs. C’est énorme, constate Christophe Zimmermann, coordinateur de la lutte anti-contrefaçon au sein de l’OMD. À côté de ces 82 millions de doses de médicaments illicites, nous avons aussi mis la main sur 6,5 millions de faux produits alimentaires ou de consommation divers : du lait pour bébé, des couches, des serviettes hygiéniques… On a l’impression que l’Afrique est vraiment devenu le dépotoir de la planète », se désole ce responsable.
C’est en Angola, au Togo, au Cameroun et au Ghana que les saisies ont été les plus importantes. La majorité des marchandises interceptées venait d’Asie de l’Est, du Sud et du Moyen-Orient. « La provenance exacte de ces produits n’est pas toujours simple à établir. En général, ces faux médicaments ne sont jamais acheminés d’un point A vers un point B. Les trafiquants font transiter leurs productions par différents pays avant d’arriver à la destination finale », explique Christophe Zimmermann, en insistant sur la très grande mobilité des faussaires.

DES FILIÈRES TRÈS DIFFICILES À REMONTER
 Depuis quelque temps, par exemple, les autorités douanières chinoises se sont engagées de manière active dans la lutte contre la production de faux médicaments. Et très vite, les trafiquants se sont déplacés vers des pays satellites. Il est très difficile de remonter les filières car le plus souvent, ces médicaments sont fabriqués dans des micro-usines, des petites structures hébergées dans des maisons, des appartements ou de caves, qui tournent 24 heures sur 24 », confie le responsable de l’OMD. Les autorités sanitaires mondiales ont pris conscience depuis plusieurs années de la gravité de ce problème de trafic de faux médicaments.« Leur élimination constitue un défi considérable pour la santé publique », affirme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui s’est associée, en 2009, à l’Organisation internationale de police internationale (Interpol) pour lutter contre les trafics. Certaines firmes pharmaceutiques sont également très actives dans ce combat. En 2005, le laboratoire français Sanofi-Aventis a ainsi embauché Jacques Franquet, ancien préfet et directeur central de la police judiciaire, pour conduire notamment des actions de surveillance, sur le terrain, des marchés illicites. C’est ce responsable policier qui est aujourd’hui à la tête de l’Iracm, association chargée de former les douaniers, les policiers ou les professionnels de santé des pays les plus exposés pour les aider à repérer les médicaments illicites.

UN CRIME DE PLUS CONTRE LA PAUVRETÉ
Sur le plan politique, ce combat est aussi activement relayé par la Fondation Jacques-Chirac. En 2009, à Cotonou, l’ancien président de la République avait lancé un large appel contre le trafic de médicaments. « Nous sommes face à des voyous, des mafieux, affirme le professeur Marc Gentilini, directeur général pour l’accès aux médicaments au sein de cette Fondation. Ce fléau touche en priorité tous les patients qui n’ont pas les moyens d’acheter des médicaments bien contrôlés. Ces faux médicaments tuent. C’est un crime de plus contre la pauvreté », s’insurge l’ancien président de la Croix-Rouge. Car le principal problème des contrefaçons n’est pas le manque à gagner des grandes firmes de pharmacie. Ces médicaments illicites peuvent surtout menacer directement la vie des patients. Un certain nombre d’entre eux contient des substances toxiques ou périmées. Dans notre opération du mois de juillet, nous avons par exemple retrouvé des sirops expectorants qui devaient être conservés entre 2 et 4 °C, dans un conteneur où la température atteignait 67 °C », explique Christophe Zimmermann.

UN MARCHÉ EXTRÊMEMENT LUCRATIF
Mais le plus souvent, ces faux médicaments ne contiennent tout simplement aucune substance pharmacologique active. Ce qui peut s’avérer dramatique lorsqu’ils sont utilisés pour traiter des pathologies mortelles.  En Angola, nous avons découvert des fausses copies de l’antipaludéen le plus vendu dans le pays. En ne soignant pas, ces faux médicaments peuvent tuer », martèle Christophe Zimmermann. Le nombre de victimes de ces médicaments contrefaits reste très difficile à estimer. En tout cas, selon l’Iracm, ce marché est particulièrement lucratif pour les faussaires : en extrapolant les chiffres de la saisie du mois de juillet, elle estime que près de 10 milliards de médicaments contrefaits seraient introduits chaque année sur le continent africain pour une valeur potentielle de 5 milliards de dollars (3,8 milliards d’euros).
EN 1995, 2 500 MORTS AU NIGER À CAUSE D’UN FAUX VACCIN
En 1995, lors d’une épidémie de méningite au Niger, un faux vaccin a été distribué à plus de 50 000 personnes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au total, 2 500 d’entre elles sont mortes des suites de la maladie que ce médicament inefficace n’a pas pu prévenir.
En 2009, un sirop toxique contre la toux a fait plusieurs dizaines de morts au Nigeria. En 2011, au Kenya, 3 000 malades ont aussi été concernés par la prise de médicaments antirétroviraux falsifiés. Selon les autorités sanitaires américaines, un médicament sur dix vendus dans le monde serait un faux.
PIERRE BIENVAULT

afrik.com

Afrique: Le Business Des «Enfants-Sorciers»


Par PAULINE ANDRÉ

«Un pasteur m’a brûlé le corps avec des bougies. Dans une autre église encore, on m’a versé dans les yeux de la sève tirée d’un arbre», témoigne Glodie Mbete, âgée de 11 ans, à Kinshasa. Plus de 20.000 enfants ont été accusés de sorcellerie à Kinshasa, selon le bureau régional d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale de l'Unicef. L'organisation publie un nouveau rapport sur ces «enfants-sorciers», «de plus en plus nombreux».
La plupart sont des garçons qui ont entre 8 et 14 ans. Souvent battus, parfois brûlés pour exorciser les «mauvais esprits», ils sont ensuite chassés de chez eux quand ils ne sont pas tués. Un phénomène «récent» qui concerne surtout l'Afrique centrale, tout particulièrement le Bassin du Congo et du Nigeria.

Un phénomène urbain
En Angola, au Cameroun, au Congo ou au Nigeria, les «enfants-sorciers» sont le plus souvent orphelins, handicapés ou albinos. Des enfants au comportement insolite (têtu, agressif, pensif, solitaire...) sont également la cible des familles des villes africaines. Un grand nombre d'accusations vient en effet des familles elles-mêmes. Les croyances à la sorcellerie sont largement répandues dans les pays d'Afrique subsaharienne. Alors qu'il y a une dizaine d'années, on attribuait surtout la sorcellerie aux femmes âgées, les enfants sont aujourd'hui la principale cible de la lutte anti-sorcière qui sévit dans certains pays d'Afrique.
Le rapport de l'Unicef montre que ce ne sont pas uniquement les croyances à la sorcellerie qui sont la cause de ces accusations. L'urbanisation croissante des villes a entraîné un «dysfonctionnement général de la famille et un bouleversement des relations entre aînés et cadets», explique Joachim Theis, conseiller régional pour l'Unicef pour la protection des enfants en Afrique de l'Ouest et du centre. Une urbanisation qui remet en cause la légitimité de l'autorité parentale. Et les conflits incessants multiplient le nombre d'orphelins que les familles n'arrivent plus à prendre en charge.

Le «business» des «pasteurs-prophètes»
Certains prêtres exploitent ces croyances, proposent des services d'exorcisme très coûteux», explique Joachim Theis. Les familles amènent alors ces «enfants-sorciers» pour une séance de «désenvoutement». Le pasteur confirme et légitime l'accusation et administre à l'enfant un «traitement spirituel». L'enfant est notamment isolé et privé de nourriture pendant plusieurs jours et victime de «mauvais traitements». Pendant trois jours, on n’a pas eu le droit de manger ni de boire. Le quatrième jour, le prophète a placé nos mains au dessus d'un cierge pour nous faire avouer. Alors j'ai reconnu les accusations et les mauvais traitements ont pris fin. Ceux qui n'acceptaient pas étaient menacés du fouet», raconte le jeune Bruno, accusé de sorcellerie à Kinshasa. Ces séances peuvent être individuelles ou collectives. En République centrafricaine, des prêtres se livrent à des opérations chirurgicales pour «nettoyer» les «enfants-sorciers». «Puisque la sorcellerie est définie comme étant une substance dans l’abdomen de l’enfant, le pasteur découpe, avec un couteau non stérilisé, le ventre de l’enfant et ampute un petit morceau d’intestin de l’enfant, symbolisant la sorcellerie», rapporte l'Unicef dans son rapport. En Angola, onze églises ont fermé pour abus.

Les enfants sorciers au Congo, la faute à d’étranges églises "évangéliques" !
Dans son film, "Kinshasa Kids", le Belge Marc-Henri Wajnberg s’intéresse au triste phénomène des "enfants sorciers". Auteure d’une critique, la journaliste Maria Malagardis (Libération) dénonce les églises évangéliques. Enfant-Afrique-Pleure"Ils sont huit, sept garçons et une fille, tous chassés de chez eux car accusés d’être des enfants sorciers, des shegués. Un phénomène inquiétant et bien réel, qui s’est développé ces dernières années en Afrique et singulièrement à Kinshasa. La faute en revient aux églises évangélistes qui ont prospéré sur le terreau de la misère et du désespoir. Dans la seule capitale congolaise, ces sectes qui mêlent transe et prières collectives seraient plus de 3 000. Un chiffre à rapprocher des quelque 30 000 enfants des rues, souvent accusés de sorcellerie par les pasteurs évangélistes qui offrent ainsi une explication facile au malaise ressenti par des familles déstructurées, incapables d’assumer leur progéniture dans un climat de survie (et d’infidélité) permanente", rapporte Maria Malagardis.

"Maman m’a dit de partir"
En mars 2011, la journaliste Caroline Six (Rue89), s’était également intéressé à ces enfants qui sont "accusés d’être des suppôts de Satan". Parmi les cas évoqués, y figure celui d’une église évangélique. En effet, le jeune Sankas, 13 ans, est dans la rue depuis l’âge de 8 ans. Il raconte : "C’est maman qui m’a chassé. Parce que je mangeais trop. Je réclamais. On m’a injurié et frappé avec un bâton pour que je dise que j’avais la sorcellerie. Maman m’a amené à l’église de Bima [Eglise évangélique de la commune de Bumbu ndlr]. Là, on a dit que j’étais un sorcier. On m’a mis de l’huile sur les yeux pour me délivrer. Mais quand on est rentrés à la maison, maman a pris mes habits et m’a dit de partir, que j’étais un sorcier". De l’huile sur les yeux… une pratique totalement étrangère à l’Evangile, de même que la "succion-aspiration" pratiquée par certains "intercesseurs" ! Ces églises dîtes "évangéliques" s’inspirent vraisemblablement des pratiques de marabouts pour réaliser leur "exorcisme"… Caroline Six dénonce sans détour les pratiques de ces églises indépendantes : "Comme 80% des 30 000 à 50 000 mineurs qui mendient, travaillent, enfantent et dorment dans les rues de Kinshasa, Sankas a été chassé de sa famille (au sens élargi) après avoir été accusé de sorcellerie par une Eglise indépendante. (…) Plus de 7 000 dans la capitale congolaise, elles sont devenues un rouage essentiel dans le processus qui mène de nombreuses familles kinoises à abandonner leurs enfants. En procurant une caution spirituelle aux familles inquiètes, ces communautés aux inspirations diverses et combinées, souvent stigmatisées sous le nom d’Eglises de réveil, ont transformé, en moins de vingt ans, un phénomène restreint en une réalité sociale banale et acceptable".

Un missionnaire évangélique au secours des "enfants talibé"
Au Sénégal, ou un phénomène similaire existe – celui des enfants talibé – (ces derniers ne sont pas victimes d’églises évangéliques, mais de marabouts musulmans), des chrétiens évangéliques essaient de les aider à s’en sortir. C’est le cas notamment de Serge HUB, qui a travaillé à Dakar, auprès des enfants talibés, en 2010 et 2011. Exploités par les marabouts, ou abandonnés par leur famille, ces petits êtres vulnérables sont souvent à la merci des adultes : exploitation, maltraitance, viols… Serge HUB explique que si on peut semer dans une vie la haine, la terreur, la méchanceté, on peut aussi y semer l’amour et l’espoir ! En plus de ses voyages missionnaires, il a également produit un SLAM dans lequel il dénonce leurs conditions de vie et leurs mauvais traitements.


.franceculture


Est-Il Possible D’enrayer La Faim Dans Le Monde ?

Sécurité alimentaire : 
Les récentes famines dans la Corne de l’Afrique ont permis de remettre sur le devant de la scène une réalité que tous les pays développés préféreraient mettre de côté. Ainsi, la faim dans le monde est plus que jamais présente et tue chaque année des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Il y a actuellement plus d’obèses dans le monde que de personnes souffrant de malnutrition. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) se bat quotidiennement contre cet état de fait et alarme les gouvernements du monde entier. Alors que la population mondiale ne cesse de progresser, les rendements ne suivent plus, et le réchauffement climatique menace. Certains considèrent que la faim dans le monde a une origine politique et non technique. Où est le vrai, où est le faux ? Comment les entreprises agroalimentaires se positionnent-elles par rapport à cette catastrophe humanitaire mondiale ? Existe-t-il des solutions pour remédier à ce fléau ? Agro-media.fr a mené pour vous l’enquête sur le plus grand serial-killer du monde : la faim.

Un constat alarmant
Selon la FAO, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde en 2010 a culminé à 925 millions, soit quasiment +9% par rapport à la moyenne 2006-2008. 15% de l’humanité a faim. Ce chiffre dépasse les moyennes triennales depuis 1969. Les principales régions touchées sont l’Asie-Pacifique et l’Afrique subsaharienne. L’année dernière, 19 pays d’Afrique ont subi des crises alimentaires, contre seulement 5 en 1990. La situation est particulièrement grave en Somalie par exemple, pays dans lequel le taux de malnutrition atteint quasiment 50% de la population, taux le plus élevé au monde selon l’organisation humanitaire CARE. Au total, 2 milliards d’individus dans le monde ont un régime alimentaire insuffisant en vitamines et minéraux. Les premières victimes sont les enfants : 178 millions des moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance et 3 millions sont morts de malnutrition avant d’atteindre cet âge. Mais la faim ne touche pas que les pays en voie de développement : 40 millions d’américains ont reçu des colis alimentaires par exemple, et cette réalité s’étend à l’ensemble des pays "riches".

Les facteurs qui empirent la situation
Comment en est-on arrivé là ? Selon le directeur de la Croix-Rouge pour la région Asie-Pacifique, Jagan Chapagain, le problème de la faim n’est pas dû à une pénurie de nourriture dans le monde mais à une mauvaise distribution, au gâchis et à une hausse des prix qui rend les denrées alimentaires moins accessibles. Le pouvoir de négociation des petits producteurs locaux est également très faible par rapport à celui des intermédiaires et à un secteur agro-industriel de plus en plus concentré. Sans parler des agrocarburants, qui accentuent la spéculation sur les cours des matières premières agricoles et utilisent des ressources qui auraient pu nourrir un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants. Olivier De Schutter, le rapporteur de l’ONU sur le Droit à l’Alimentation, a affirmé au cours d’une interview donnée au journal Le Nouvel Observateur : « depuis le début des années 1990, la facture alimentaire des pays les moins avancés a été multipliée par cinq ou six, du fait d’un manque d’investissements dans l’agriculture vivrière. Le Mozambique, par exemple, importe 60% du blé consommé par sa population, et l’Egypte importe la moitié de ses besoins alimentaires. Dans ces conditions, toute volatilité des changes ou hausse des prix affecte directement la capacité des pays à se nourrir ». La spéculation n’est donc pas en reste ; elle empire les fluctuations des cours des denrées alimentaires et impacte ainsi directement les populations les plus pauvres, diminuant leur capacité à se nourrir. De plus, pour la première fois depuis 1960, les rendements des plus grandes cultures mondiales de blé et de riz augmentent moins vite que la croissance des populations. Comment cela se fait-il ? Le réchauffement climatique, encore lui, est en cause.
Enfin, l’accaparement des terres agricoles par les grandes puissances mondiales est un autre facteur empirant la situation. Kofi Annan a mis en garde contre cette réalité au cours d’une conférence de la FAO, en juin dernier. Il a ainsi dénoncé le phénomène de « mainmise sur les terres », par lequel les pays achètent ou louent la terre d’autres nations pour leur propre sécurité alimentaire. « Il est alarmant d’apprendre d’un récent rapport que des terres agricoles équivalant à un territoire grand comme la France ont été achetées en 2009 en Afrique par des « hedge funds » et autres spéculateurs », a-t-il dit. « Il n’est ni juste ni viable que des terres agricoles soient ainsi dérobées aux communautés, ni que de la nourriture soit exportée de pays où les habitants ne mangent pas à leur faim. Les populations locales ne tolèreront pas cet abus — et nous non plus ».
Les actions mises en place par l’agroalimentaire : des ricochets dans l’eau

De nombreux industriels du secteur agroalimentaire, conscients de cette triste réalité, ont mis en place des actions afin de lutter contre la faim dans le monde. Ainsi, après les yaourts enrichis aux nutriments commercialisés au Bangladesh, Danone souhaite se lancer en Algérie dans des sachets destinés à lutter contre la malnutrition. Ces derniers ressembleront au Plumpy Nut, une pâte permettant de lutter contre les famines en Afrique, mais seront sans arachides, étant donné qu’ils peuvent être allergènes pour les enfants. KFC a aussi lancé du 4 au 18 octobre 2011 une campagne baptisée « Partageons l’espoir ». KFC encourage ainsi ses clients à faire un don au Programme Alimentaire Mondial (PAM), à partir de 0,50 euros lors de leur commande, soit l'équivalent de trois repas pour un enfant souffrant de la faim. C’est la sixième année consécutive que le réseau KFC France est partenaire de cette action : collaborateurs, clients, franchisés, fournisseurs. Les fonds collectés seront alloués aux actions de lutte contre la faim organisées par le PAM au Bénin. Le dispositif aura lieu pendant 15 jours dans les restaurants, et pendant une semaine, KFC France s'est engagé à reverser 15 centimes sur chaque transaction effectuée.
Les entreprises agroalimentaires menant des actions de ce type sont nombreuses, il serait trop long de toutes les citer. Bien que ces mesures bénéficient ponctuellement à des populations affamées, elles ne peuvent avoir un impact sur le long terme.Il est intéressant enfin de noter que l’ONG Action contre la faim a parodié une célèbre publicité du groupe Evian pour appeler les chefs d’Etat du G20 à agir pour lutter contre la faim dans le monde.

Vers une solution durable ?
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement, qui consistent à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde d’ici 2015, semblent bien loin d’être atteints. Selon les économistes et démographes, il faudra augmenter la production alimentaire de 70% d’ici à 2050 pour nourrir les 9 milliards d’individus que la planète comptera alors. Olivier De Schutter a proposé à l’occasion du G20 agricole un plan pour la sécurité alimentaire mondiale. Il affirme que « la faim n’est pas un problème technique, mais politique ». Il a ainsi déclaré : « Il faut briser le mythe technique de la faim, et reconnaître que ce fléau est d’abord le fruit de facteurs politiques qui condamnent les petits agriculteurs à la pauvreté ». Pour lui l’essentiel est de « renforcer la capacité des pays à se nourrir eux-mêmes ».
Le stockage est aussi un problème crucial : « actuellement, 30% des récoltes dans le Sud – 40% des fruits et légumes – sont perdues faute de moyens de stockage adéquats », explique le rapporteur de l’ONU. Un comble au regard de la faim qui sévit dans ces pays !
Selon les experts de The Economist, la solution la plus évidente pour enrayer la faim dans le monde est de lever les barrières commerciales et de stopper les subventions. Ceci permettra aux pays pauvres d’accroître leurs exportations. Une meilleure régulation des marchés agricoles est également indispensable pour limiter la spéculation et son impact mortel. L’accent doit être mis sur la recherche agronomique, souvent délaissée par les gouvernements.
Au terme de cette enquête, nous pouvons donc affirmer que des solutions existent bel et bien au problème sempiternel de la faim dans le monde. Ce problème semble être d’ailleurs politique avant d’être technique : il serait possible de nourrir l’ensemble de la population mondiale si les récoltes étaient mieux stockées, les cours plus stables, les situations politiques stabilisées et les pouvoirs de négociation équilibrés. Une situation qui semble aujourd’hui bien utopique. Les entreprises agroalimentaires tentent de lutter à leur échelle contre ce fléau, mais leurs actions apparaissent bien légères par rapport aux besoins. Quant à ceux qui s’approprient des terres dans des pays où l’on meurt de faim, aucun doute : ils tuent indirectement des milliers d’adultes et d’enfants. Aujourd’hui, seuls les politiques peuvent avoir un véritable impact sur la faim dans le monde, et parvenir à la réduire. Ils ont toutes les cartes, à eux de bien les utiliser. V.D.



Le Théâtre Forum, Un Outil Pour Faire Émerger Les Perceptions


Ce n’est pas comme arme dont le peuple doit se servir (Boal, 1996) que nous envisageons d’utiliser le Théâtre, mais comme révélateur de pratiques face à une réalité vécue et perçue de façon singulière, individuelle et collective.
S’appuyant sur les méthodes utilisées en sociologie et en anthropologie, telles que les techniques d’enquêtes par questionnaire, entretien, observation…, il s’agit de développer une nouvelle méthode d’enquête s’appuyant sur le Théâtre Forum afin de recueillir un matériau pouvant être analysé selon différents intérêts thématiques et disciplinaires. Il peut être un outil efficace pour faire émerger des perceptions, des savoirs, des croyances, des pratiques des comportements d’un grand nombre de personnes rassemblées à un moment et dans un lieu donné autour d’une thématique, objet de travaux de recherche.
Tel que nous l’envisageons, le Théâtre Forum offre, dans un espace délimité et un temps court (deux heures en moyenne), une concentration de gestes et de paroles centrés sur une thématique précise. Ainsi se jouent et/ou se rejoue sous le regard des socio-anthropologues des extraits de la vie quotidienne qui s’expriment de façon spontané, et « ça ne ment pas ! » disent les burkinabés, « c’est du vécu ».
Cependant, pour qu’il puisse être un outil utilisé par des chercheurs et produire des données scientifiquement exploitables, plusieurs conditions doivent être réunies. La construction des scénettes et le choix des personnages en amont constituent une étape particulièrement importante et de laquelle dépend en grande partie la qualité des données produites par les participants.
Des pratiques aux perceptions… le rôle du Théâtre Forum
Le Théâtre Forum a un rôle à jouer comme outil pour révéler les perceptions que les gens ont de la poussière. Mais la difficulté, pour une telle problématique, est notamment d’ouvrir un débat permettant l’expression des perceptions de la poussière et d’aller au delà de la description des pratiques qui, dans certains cas, risquent de susciter des clivages d’ordre culturel, socio-économique ou politique. En effet, par exemple, lorsque les riverains d’une route passante construisent des « gendarmes couchés » pour obliger les voitures de rouler moins vite, imaginant que le nuage de poussière soulevé sera moins important19, il est important de resituer la situation dans son contexte pour comprendre ces pratiques. Car, outres les problèmes que cela pose pour la circulation en terme de sécurité, de réaction des automobilistes ou même d’efficacité20… il faut éviter tout risque de dénonciation de « coupables » comme les automobilistes – ou ceux qui ont les moyens de s’acheter une voiture –, telle autorité qui ne finance pas des travaux pour goudronner la route ou ne l’entretien pas ou qui ne donnerait pas les moyens aux habitants de vivre dans de meilleures conditions de vie… Dans cet exemple, comprendre les perceptions que les populations ont de la poussière est essentielle :
comment la poussière est-elle dénommée ?
Quelle perception les habitants ont-ils de la densité et de sa variabilité ?
A quel moment vont-ils s’en protéger ?
Quelles perceptions sensorielles en ont-ils ?
et aussi plus indirectement, quelles perceptions chacun a-t-il de son cadre de vie ?...
La poussière est-elle énoncée comme un réel problème à résoudre ou comme une fatalité ?
S’agit-il de vivre avec, ou de trouver des solutions pour la réduire ?
Cependant, tout ne semble pas si simple : par exemple, goudronner toutes les routes suffit-il pour éliminer la poussière ?
ou encore est-il possible d’interdire les véhicules polluant à Ouagadougou ?
Autant de questions à ne pas négliger pour que puisse être appréhendée la problématique en profondeur et être exploitée à des fins scientifiques tout en conservant une réelle attraction et un intérêt pour les populations. Cela nécessite par conséquent une préparation réfléchie, minutieuse et rigoureuse.
Conditions préalables pour une exploitation scientifique pluridisciplinaire dans le cadre d’un projet de recherche.
Recueillir et mémoriser un matériau vivant, Introduire dans le public des témoins pratiquant une observation participante, comprenant les principales langues parlées à Ouagadougou, pour noter les réactions, commentaires, interjections exprimées par les différents groupes présents que sont celui des enfants, des femmes, des « vieux », des notables et des jeunes. Par cette observation de l’intérieur, les « complices » pourront surtout rapporter des paroles qui échappent car non entendues ou reprises lors du débat et recueillir des attitudes, réactions spontanées exprimées hors champ. Il s’agit dans cette démarche de capter des réactions qui risqueraient d’être perdues dans l’engouement général et de les mettre en lumière à l’occasion d’un débriefing à l’issue de la représentation. Ces informations, particulièrement riches et difficilement accessibles autrement, font le sens même du Théâtre Forum tel que nous l’envisageons dans une démarche scientifique. Ainsi, les regards portés durant la séance dans sa totalité, tant lors de la première représentation que dans le débat qui s’instaure, et selon des points de vue différents offrent à l’anthropologue des informations précieuses pour comprendre les perceptions et les comportements de chacun des sujets présents et considérés dans leur individualité et dans leur rapport au collectif.
Une caméra fixe et autonome permet aux spectateurs d’oublier plus facilement leur présence et de m (...)
Le fait de filmer chacune des représentations en postant une caméra21 cadrant sur la scène, une autre sur le public permet d’intégrer le champ et le hors champ chacun riche d’informations à décrypter et analyser dans un va-et-vient. Ce qui se sera passé durant la représentation puis les improvisations du point de vue des acteurs et de celui des spectateurs sera réinscrit dans un contexte spécifique ce qui permettra d’analyser les perceptions des acteurs en présence de la poussière à travers les discours, les comportements, les pratiques et les actions proposées. La base de données alors constituée et mémorisée offrira aussi un matériau riche pouvant être utilisé par d’autres disciplines et exploité dans le cadre de corrélation avec les mesures de terrain comme la densité de la poussière, le type de trafic, le type de revêtement des routes… ainsi que les actions sanitaires ou les sensibilisations environnementales notamment. Par ailleurs, comme cela a déjà été fait au Burkina Faso, les représentations pourront être rediffusées à la télévision à l’occasion d’une émission thématique et/ou venir en appui aux actions de sensibilisation menées par les décideurs, et/ou introduire un débat portant sur la problématique qui, comme nous l’avions identifié, n’a jamais été effectivement traité comme un sujet en soi par les médias qu’ils soient audio phoniques, télévisuels ou écrits.

Pour conclure
Cette méthode innovante introduisant le Théâtre Forum comme un révélateur des perceptions et des pratiques nécessite d’être testée afin d’être affinée, pour éviter les écueils liés à la complexité et à la variabilité des contextes, avant d’être utilisée dans le cadre d’autres études. Nous pouvons cependant dès à présent insister sur différents points important dans la perspective d’envisager une nouvelle forme de Théâtre Forum à des fins scientifiques. La préparation de l’expérimentation mérite beaucoup d’attention, de précaution et peut-être de temps autant que toute démarche scientifique visant à produire des données pertinentes et exploitables à plusieurs niveaux d’analyse variant selon les points de vue, l’espace, le temps, les disciplines... La définition des objectifs et le processus de construction du scénario ne peuvent être envisagés que dans une dynamique d’échanges entre l’auteur, le metteur en scène et les scientifiques.
Chaque représentation doit permettre de révéler comment une thématique particulière raisonne pour un groupe de personnes réunies dans un espace donné durant un moment commun, court partagé et délimité. La diversité et la véracité des émotions, aspirations, réactions et actions suscitées par chacune des mises en situation permettront de faire émerger les perceptions communes et singulières, individuelles et collectives, sociales et politiques, privées et publiques… Plusieurs étapes préparatoires au lancement et à la réalisation des représentations théâtrales sont nécessaires pour assurer la pertinence scientifique, permettre une exploitation complète du matériau recueilli et d’assurer la validité scientifique des analyses réalisées. Un travail en commun entre le scénariste de la troupe de théâtre, les socio-anthropologues du projet et les autres chercheurs membres du projet est incontournable pour : choix des thèmes abordés par chaque scénette, intégration où non de personnages représentant les acteurs (médecin, journaliste, météorologue…), intégration ou non d’informations sur la thématique… type de population ciblée, langue utilisée notamment.
-Le choix des lieux de représentation doit être discuté avec les membres du projet dans une logique d’interdisciplinarité : selon les contextes socio-économiques, ethniques du quartier, le type d’activité du quartier (écoles, forgerons, charbonniers, institution, résidentiel… parc), la concentration du trafic, le type de fréquentation des véhicules motorisés (voiture/2 roues, vitesse, présence ou non de ralentisseurs, revêtement du sol, présence ou non de carrefours/feux tricolores par exemple), le type d’habitat, sa densité et sa distribution spatiale… la présence d’antécédents sanitaires éventuels, les caractéristiques physiques des zones considérées (centre/périphérie, carrefour, plus ou moins exposées au vent… ).
- Le choix des moments des représentations est à discuter avec les membres du projet dans une logique d’interdisciplinarité : saison sèche ou non, semaine et/ou week-end, journée et/ou soirées, heures de pointe en fonction du type de population cible, des risques épidémiques, de l’importance du vent…
- Identifier le public cible (appartenance ethnique, niveau social…) est nécessaire pour choisir le lieu de représentation et corréler d’éventuels facteurs socio-économiques avec les pratiques, vulnérabilités exprimées ou non… Selon la qualité de l’habitat (habitat traditionnel construit autour d’une cour en terre ou villa fermée et carrelée), les populations sont plus ou moins protégées des aléas climatiques et développent par conséquent des pratiques variées. Par ailleurs, selon leurs habitudes et leurs activités, les jeunes développeront peut-être des pratiques différentes de celles des femmes, les « vieux » pourront faire référence aux traditions et aux croyances, par exemple. Il est par conséquent nécessaire d’aller à la rencontre de chacun des groupes sociaux pour appréhender les perceptions individuelles et collectives dans leur diversité et leur complexité.

Ces différents éléments devraient permettre d’établir un cahier des charges pour la compagnie de théâtre pressentie. Cela donnera aussi la possibilité de renouveler l’expérience dans des contextes différents et de permettre des comparaisons éventuelles.
Nota: si vous souhaitez une formation Théâtre Forum France et Afrique prendre contact avec le repertoire des ong  
contact

Burkina Faso, Le Paradis Des (Patrons Des) ONG


Damien Glez (Slate Afrique)

Le "pays des hommes intègres" compterait près de 500 organisations non gouvernementales et 20.000 associations. Mais parfois, le bien-fondé de ces associations est mis en doute.
Burkina-Vert dans le Yatenga, ActeAfrica à Loum. Association Nobéré dans le Zoundweogo, Edukafaso à Tougan, Association Morija à Kaya, Solidarité en action à Banguinsoma, Association nationale pour le bien-être des Enseignants du Primaire du Burkina Faso à Ouagadougou… Les Organisations non gouvernementales (ONG) et autres associations à but non-lucratif fleurissent sur la terre aride du Sahel. Sucre Ethique, Prisonniers Sans Frontières, Médecins sans vacances, Soleil et Développement, Tout Le Monde Doit Bouger, Yapadeproblem… Les créneaux ne manquent pas. ONG, associations et commissions de jumelage sont les trois mamelles d’un Burkina —provincial en particulier— qui peine à équilibrer son budget national. Selon des statistiques de 2007, le "pays des hommes intègres" compterait près de 500 organisations non gouvernementales et 20.000 associations.
Au titre de la coopération décentralisée, 41 collectivités territoriales françaises sont impliquées au Burkina Faso. Indépendamment des programmes de coopération d’Etat à Etat, des organisations étrangères ou nationales injectent, chaque année, des dizaines de milliards de francs CFA dans l’économie burkinabè.
Les premières ONG sont apparues dans la Haute-Volta des années 60. Elles étaient exclusivement non africaines et essentiellement confessionnelles. Derrière les discours génériques sur le développement se profilait parfois le prosélytisme d’associations qui traduisaient la Bible, déjà, dans une dizaine de langues vernaculaires. Fini le latin tout-terrain. Mais qu’importe le flacon spirituel pourvu qu’on ait l’ivresse de l’alphabétisation.
Au fil des années et des phénomènes de mode, les ONG investissent les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’environnement ou des droits de l’homme. Très vite, le pays est qualifié de "paradis des ONG". C’est que le régime politique est stable, du moins depuis le dernier des cinq coups d’Etat militaires. C’est que la population était affable, du moins avant les récentes manifestations et leur corollaire de pillages.
Enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Burkina est le point de chute idéal pour les organisations internationales tentées par un rayonnement "sous-régional". Les ONG se plaisent au Faso où il fait bon vivre, et le pays accueille avec joie les ONG synonymes de développement de proximité.

Tout irait-il donc pour le mieux dans le meilleur des mondes solidaires?
La croissance engendre souvent de fâcheuses excroissances. Les fondateurs d’ONG plus ou moins fictives transforment peu à peu le concept de "développement solidaire" en "développement solitaire". La vocation désintéressée devient ambition cupide.

Le procédé est simple:

  • Essayez de vous faire embaucher par l’antenne d’une ONG internationale qui paie ses employés quatre fois au-dessus du barème local;
  • - Si ça ne marche pas, instrumentalisez votre village d’origine;
  • - Montez une petite association parfois juridiquement informelle;
  • - Obtenez, au besoin, un récépissé de reconnaissance - délivré avec complaisance-;
  • - Composez un organigramme en utilisant les noms de membres de votre famille qui ne sont même pas au courant (qui s’étonnera de le prédominance d’un patronyme quand l’objectif est le développement d’un microcosme géographique);
  • - Démarchez une association de vieux Européens en mal d’exotisme et de bons sentiments;
  • - Captez une partie de leur pension de retraite;
  • - Investissez-en la moitié dans votre localité de naissance, qui vous traitera en héros;
  • - Cravatez-vous et circulez dans un véhicule tout-terrain rutilant dans les rues de la capitale burkinabè.


Le tout est d’avoir l’air pauvre devant les donateurs, et riche devant les bénéficiaires. La vache à lait fera de vous un patron d’ONG —à vie. Avec un peu de chance, le Lions Club vous accueillera en son sein et vous goûterez à ses soirées de gala élitistes. La probité et la cupidité ne seraient-elles que les deux faces d’une même médaille? Comme l’abnégation et l’arrogance?

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Les actions des ONG nationales constituent souvent de bonnes affaires pour la nation. Elles sont aussi, parfois, des "deals" juteux pour ceux qui les initient. Certains fonctionnaires seraient tapis dans l’ombre de ministères, à l’affût de perspectives de financements. En situation de quasi délit d’initié, ils dégaineraient le moment venu —directement ou via un homme de paille— une structure humanitaire associative au domaine d’intervention à géométrie variable.
Le secteur de la santé, par exemple, tirera autant de larmes des paupières que de billets des portefeuilles. L’assertion est aujourd’hui bien connue: si l’on meurt du sida, certains en vivent grassement. L’argent prévu pour les antirétroviraux ne parvient pas toujours aux malades, et ce n’est pas spécifique au Burkina Faso.
Les ONG sont parfois invisibles sur le terrain. Sur 150 associations officiellement dédiées à la promotion des droits humains au Burkina Faso, seule une dizaine mènerait des activités, même épisodiques. Ici, des puits financés ne sont pas creusés. Là, des écoles sont construites, mais mal. Au mieux, les bénéficiaires théoriques des dons seront grugés. Au pire, des ONG pratiqueront le blanchiment d’argent.

Séparer le bon grain de l'ivraie
Depuis que les autorités ont l’expression "bonne gouvernance" au bord des lèvres, il a été décidé de traquer les brebis galeuses qui ne doivent pas faire oublier que la majorité des ONG fait un travail honnête. Haro sur les coquilles vides! Il est désormais exigé un récépissé, l’indication d’un siège avec adresse permanente, la liste des membres et, surtout, des rapports d’activités. En octobre 2005, le responsable d’une organisation non gouvernementale est emprisonné pour détournement de fonds. Déclic. Le gouvernement d’Ernest Yonli prend des mesures de "filtrage". Il exige des ONG qu’elles remplissent désormais et annuellement des fiches d’évaluation. En juin 2007, c’est le Premier ministre Tertius Zongo qui s’approprie ce discours, dans le cadre de sa campagne de lutte contre la corruption.
Les bonnes paroles des autorités nationales suffiront-elles, quand on sait que les gouvernements servent de fusibles à chaque tension sociale? Dans le foisonnement des associations, séparer le bon grain de l’ivraie est une tâche titanesque. Réduire chirurgicalement le nombre des ONG est-il forcément la solution, dans un pays où elles servent à pallier les faiblesses de l’Etat? Les organisations ne devraient-elles pas s’autocontrôler?
Depuis quelques années, le Spong (Secrétariat Permanent des ONG) tente de coordonner les acteurs du secteur. Il manque de moyens et de reconnaissance. Et certains se mettent à rêver d’un Ordre des ONG, sur le modèle de l’Ordre des médecins.


POLITIQUE HUMANITAIRE: Ce Que Les Statistiques Ne Disent Pas



DAKAR, 2 juin 2011 (IRIN) - Les mauvais bailleurs ont été réprimandés par le Premier ministre britannique David Cameron lors du sommet du G8, cette année, pour ne pas s’être efforcés de se rapprocher de l’objectif visé en termes d’aide au développement, à savoir 0,7 pour cent [du Revenu national brut] ; néanmoins, à en croire les organismes de surveillance du secteur de l’aide, la plupart des principaux bailleurs devraient eux aussi être rappelés à l’ordre car leur aide est liée à l’approvisionnement dans le pays donateur, et englobe les fonds dépensés sur leurs propres territoires.
D’après les estimations d’AidWatch, un groupe d’experts européens de l’aide représentant 1 600 organisations non gouvernementales (ONG), les membres de l’Union européenne ont gonflé le montant de l’aide déclaré en 2010, en y ajoutant 7,4 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) en réalité consacrés à l’annulation de dettes, aux étudiants étrangers et aux réfugiés accueillis sur leurs sols. Cette somme représente près de 10 pour cent du montant total de l’aide accordée cette année-là.
Les bailleurs peuvent déclarer dans le cadre de l’aide publique au développement (APD) les coûts occasionnés par l’accueil de réfugiés pendant leur première année dans le pays donateur, et l’écolage des étudiants étrangers.
En 2009, année des dernières statistiques publiées, les Etats-Unis ont déclaré en tant qu’aide au développement la somme la plus élevée consacrée aux réfugiés accueillis sur leur sol (740 millions de dollars) ; le Canada et la France consacraient quant à eux les pourcentages les plus importants de leur aide (six et quatre pour cent, respectivement) aux réfugiés accueillis sur leurs territoires, selon Josh Lozman, chef du personnel chez ONE, organisation militante du secteur humanitaire.
La France, l’Allemagne et le Canada, seuls pays du G8 à déclarer l’écolage des étudiants étrangers dans le cadre de l’APD, y consacrent respectivement 14, huit et neuf pour cent.

Consultants
Une bonne partie du reste de l’aide est liée – c’est-à-dire qu’elle est dépensée auprès de consultants et de fournisseurs issus des pays donateurs, a expliqué Karin Christiansen, directrice de l’ONG Publish What You Fund. D’importants progrès ont été accomplis dans le déliement de l’aide : plusieurs bailleurs importants, dont le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, l’Australie, la Norvège et la Suisse ont officiellement cessé de lier leur aide ; l’aide bilatérale déliée est ainsi passée de 46 à 76 pour cent du montant total de l’aide entre 2001 et 2007, selon le Comité d'aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (CAD-OCDE).
Ces statistiques ne tiennent toutefois pas compte de l’aide alimentaire et de « l’assistance technique ». Si l’on tient compte de ces secteurs, 17 pour cent de l’aide accordée par les pays membres de l’OCDE était liée en 2009, selon ONE ; les plus mauvais performants étant l’Italie (38 pour cent), les Etats-Unis (près d’un tiers) et l’Allemagne (27 pour cent).
Même lorsqu’il est interdit de lier l’aide, les entreprises des pays donateurs peuvent aisément remporter les contrats, à en croire Mme Christiansen. Selon une étude des contrats conclus par le Royaume-Uni en 2009, 65 pour cent avaient été accordés à des sociétés britanniques.
Lier l’aide la rend 30 pour cent plus chère, selon Mme Christiansen. « Lorsqu’elle est liée, l’aide est comme un genre de subvention. Même si vous êtes moins efficaces, vous remporterez le contrat », a-t-elle expliqué à IRIN.
« Délier l’aide, c’est assurer aux bénéficiaires une plus grande efficacité et une meilleure flexibilité, et permettre aux pays de mieux prendre en main leur propre développement », a indiqué M. Lozman. « C’est aussi plus rentable ».

Allègement de la dette et inflation
D’après les analystes, l’allègement de la dette ne devrait pas non plus être pris en compte dans les statistiques officielles de l’aide au développement, a indiqué Franz Berger, coordinateur chez AidWatch.
De nombreux bailleurs incluent les intérêts versés, actuels et à venir dans leurs statistiques, ce qui fausse les chiffres, a-t-il dit. « L’APD est présentée comme une somme destinée à sortir les ?pays? pauvres et marginalisés de la pauvreté ; or, l’allègement de la dette n’étant pas un transfert de ressources à un pays en développement, il ne devrait pas être pris en compte ».
En fin de compte, les chiffres de l’aide varient sensiblement en fonction de qui les déclare et de la manière dont ils sont calculés. Dans le rapport sur la tenue des engagements du G8, publié à l’approche du sommet, les dirigeants déclarent n’avoir pas respecté les engagements de Gleneagles, pris en 2005 en matière d’aide au développement, à seulement un milliard de dollars près par an ; or, selon les estimations du CAD de l’OCDE, il leur aurait fallu accorder chaque année 22 milliards de dollars en plus pour atteindre l’objectif fixé – les bailleurs n’ont en effet pas tenu compte de l’inflation dans leur calcul, explique M. Berger.
A court terme, il est peu probable que l’aide dépensée dans le pays donateur et l’aide liée disparaissent, prévoit Mme Christiansen, mais en communiquant plus ouvertement les statistiques relatives à l’aide, l’on parviendrait au moins à engager un débat plus honnête, et l’on se querellerait moins sur l’exactitude des chiffres. « C’est pour cela que nous avons besoin de transparence – pour que nous puissions engager un vrai dialogue sur les statistiques… Nous ne pouvons pas influencer la prise de décisions sur les dépenses si toutes les informations que nous avons sont fondées sur des pressentiments et de la rhétorique ».
Les bailleurs de fonds se sont engagés à assurer davantage de transparence en signant, dans un premier temps, la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, en 2005 (un programme d’action global, destiné à améliorer la qualité de l’aide), et par la suite, le Programme d’action d’Accra, en 2008.
A l’avenir, Mme Christiansen espère voir apparaître des liens entre l’aide que les bailleurs consacrent aux projets de développement et les bases de données sur l’approvisionnement, afin que l’on puisse savoir exactement comment les fonds sont dépensés ; quelle proportion de l’aide est liée ; et dans quelle mesure l’approvisionnement est efficace. « Nous pourrons alors arrêter de nous quereller sans cesse pour savoir quels sont les bons chiffres, et commencer à aborder la question suivante, bien plus intéressante : l’aide fonctionne-t-elle vraiment ? », a-t-elle dit.

Progrès et mises en garde
Des progrès ont tout de même été accomplis, selon M. Lozman de ONE. Désormais, les bailleurs déclarent également « l’aide-pays programmable »– c’est-à-dire le montant de l’aide que les pays bénéficiaires peuvent programmer dans leurs budgets ; cette aide-pays programmable (APP) représentait, en 2009, 61 pour cent du montant total de l’aide officiellement accordée par les membres du G7, contre un tiers seulement en 2005. Cette année, lors du sommet du G8, les dirigeants des pays membres ont mis l’accent sur la transparence de l’aide et la redevabilité, déclarant dans un communiqué : « Nous améliorerons la transparence de notre information sur l'aide. En particulier, nous déploierons des efforts supplémentaires pour publier des informations sur les sommes allouées, les dépenses et les résultats ».
ONE et Publish What You Fund ont accueilli favorablement ces engagements. Néanmoins Luca De Fraia, expert de la gouvernance mondiale et directeur adjoint de l’ONG ActionAid en Italie, souligne que les bailleurs doivent rendre des comptes aussi bien à leurs contribuables qu’aux bénéficiaires eux-mêmes.
Ces derniers mois, le discours des bailleurs portait essentiellement sur la redevabilité envers les contribuables – comme le montrent, par exemple, différentes déclarations d’Andris Piebalgs, commissaire européen au développement ; ainsi qu’un communiqué publié par le président Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron à l’approche du sommet.
Selon M. Da Fraia, il faudrait instaurer un processus dans le cadre duquel les bailleurs de fonds seraient tenus de rendre des comptes s’ils ne parvenaient pas à tenir leurs engagements. « Aujourd’hui, le système est très déséquilibré », a-t-il dit, appelant à prendre des sanctions contre les bailleurs n’étant pas en mesure de rendre compte de leurs projets d’aide.
Ces questions, et d’autres encore, seront débattues à l’occasion du quatrième sommet de haut niveau sur l’efficacité de l’aide, qui se tiendra à Busan, en Corée du Sud, fin 2011.


observatoire-humanitaire

ONG.. Des Empires À L’Empire.

Dossier ONG
On ne peut pas attribuer à toutes les ONG les mêmes intentions, mais certains emblèmes de la solidarité internationale servent manifestement d’autres intérêts que ceux auxquels ils prétendent. Bien avant que le Congo devienne un des fonds de commerce des soi-disant défenseurs des droits de l’homme, il fut déjà l’objet du combat d’un des tous premiers organismes humanitaires. Cet organisme est né au début du XXème siècle, soit précisément au croisement des dynamiques coloniales qui précédèrent la chute des Empires. En Afrique, l’Empire Britannique apparaissait alors comme l’Empire le plus important, notamment avec le Nigeria qui comptait plus de 15 millions d’habitants, mais aussi grâce au libre-échange, dont ils étaient alors les champions. Cependant, l’industrialisation naissante des nations occidentales entraîna une compétition acharnée pour le contrôle des ressources et des marchés. Cette réalité historique fut à l’origine de la régression de l’Empire Britannique, dont la part de marché mondial passa du quart en 1880 au sixième en 1913. A cette époque, l’industrie automobile se développe considérablement, une aubaine pour le roi de Belgique Léopold II, dont un des avantages providentiels est le caoutchouc importé du Congo. Ce dernier trouve donc un moyen efficace de rentabiliser sa colonie personnelle : y faire travailler de force les Congolais, alors traités de façon horrible et inhumaine, afin de collecter un maximum de caoutchouc[1]. Edmund Dene Morel, qui n’est alors qu’un simple journaliste britannique, se rend au Congo dès la fin du XIXème siècle. Après avoir salué l’œuvre du Roi Léopold II au Congo, il s’investit subitement dans la critique de son colonialisme : il est indigné par les conditions de vie des Congolais, ainsi que par l’exploitation de leurs ressources. Le combat initié par Morel prend vite de l’ampleur au sein de la communauté anglophone et européenne grâce à son journal le West African Mail. Puis, en 1904, il fonde la Congo Reform Association, qui militera en faveur d’un retrait belge du Congo et qui aura pour ambition d’y faire cesser les atrocités.
Il y avait un intérêt stratégique pour l’Empire Britannique - conduit par les perspectives de Ceci Rhodes, [2] - à déstabiliser le Congo du Roi Léopold II. Ce territoire, convoité par la Grande Bretagne, permettait de faire le lien entre le Cap et le Caire, tout en interdisant la jonction des colonies australes portugaises entre elles. Idem pour les colonies allemandes. En outre, Morel était considéré comme l’agent des « Marchands de Liverpool »[3], groupe dont l’activité était alors nettement précarisée par le Congo et qui n’aurait rien eu contre sa ruine. Il est difficile de dire si l’action humanitaire de Morel, soutenue par l’Empire Britannique, avait pour objectif de simplement déstabiliser le Congo de Léopold et d’en imposer l’annexion à l’Etat Belge – ce qui devint officiel le 13 Décembre 1906, sous la pression de la communauté européenne et américaine, incitée par les démarches de Morel - ou si une vision plus profonde animait ces démarches. Toujours est-il que la ligne de chemin de fer, voulue par Cecil Rhodes, fut construite dés 1906 et inaugurée en 1911. L’usage de moyens dévoyés afin de perpétuer l’extension de l’Empire Britannique en Afrique ne fait aucun doute, même si la démarche de Morel peut paraître sincère. La grande dépression des années 30 précipitera le déclin économique du grand Empire Britannique, et la partition des Indes, en 1947, y mettra définitivement fin. Parallèlement, la création des Nations Unies et la fin de la Seconde Guerre Mondiale conduisirent à deux faits essentiels : les proclamations d’indépendance de nombreuses nations et la fin des grands empires coloniaux. Par conséquent, on assiste déjà à l’émergence d’un monde aux ambitions unipolaires, bien qu’à l’aube de la Guerre Froide tout ceci n’est encore que virtuel. Dans la foulée, les Nations Unies officialisent l’expression et le sigle « ONG » dés 1945, puis elles créent en 1948 le département économique et social des Nations Unies. Celui-ci est chargé d’encadrer la participation des ONG aux sommets, en accréditant celles qui y interviendront. Elles sont au nombre de 41 en 1948 et elles sont aujourd’hui plus de 3000. D’autres organismes interétatiques formaliseront, par la suite, leur relation avec les ONG, d’abord l’OCDE, puis l’OTAN, l’OMC, etc. De nos jours, 42 ONG, défendant officiellement la population et les intérêts congolais, sont accréditées au Conseil économique et social des Nations Unies. On y trouve notamment l’AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme), qui est affiliée à la LDH (Ligue des Droits de l’Homme). L’AEDH fait, en outre, partie des 37 ONG financées par le NED (National Endowment for Democracy) au Congo et elle a reçu 35000$ de sa part cette année. Le NED a été crée par Donal Reagan afin de poursuivre les actions secrètes de la CIA. Cette association est, officiellement, un des principaux organismes humanitaires dépendant du Département d’État Américain par l’intermédiaire d’USAID5. La majorité des 37 ONG financées par le NED au Congo est également accréditée par le Conseil économique et social des Nations Unies. Autrement dit, l’hégémonie américaine au sein des Nations Unies est déployée dans tous les domaines et l’humanitaire n’y échappe pas. L’exemple de la Congo Reform Association de Morel (devenue depuis le Congo Reform Network, qui est également accrédité au Conseil économique et social des Nations Unies) montre que ce phénomène est ancien, et que les ONG ont été, dès le départ, des outils des Empires. Quelles seront, sur le long terme, les conséquences de leur institutionnalisation, initiée par les Nations Unies en 1948 ?

  • 1 - Les Fantômes du Roi Léopold – Adam Hochschild -2007
  • 2 - La décomposition des nations européennes : De l’union euro-Atlantique à l’Etat mondial – Pierre Hillard - 2010
  • 3 Histoire générale du Congo, de l’héritage ancien à la République Démocratique - Isidore Ndaywelè Nziem – 1998
  • 4 « Organisations non ( ?) gouvernementales », par Thibault Le Texier, La Lettre du Forum de Delphes, novembre 2007.


La société civile : Institutionnalisation ou normalisation ?
Depuis leur reconnaissance par les Nations Unies en 1948, la place occupée par les ONG, aussi bien sur le plan médiatique que dans l’inconscient collectif, induit une méconnaissance des véritables enjeux qu’elles soulèvent. Par ailleurs, le statut juridique et associatif des ONG, doit inviter à une véritable réflexion de fond quant au rôle majeur qu’elles jouent dans la prise de décisions internationales. Les ONG prétendent notamment instruire une forme de contre-pouvoir, qu’elles exerceraient via un dialogue continu avec les forces politiques et économiques. Face à la violence de la mondialisation et ses conséquences désastreuses, la solidarité internationale ne peut naturellement que jouir d’une image collectivement perçue comme positive. Mais, de par leur collaboration avec différents systèmes de coopération internationale, elles sont de fait intégrées à la globalisation. Elles participent notamment aux sommets des Nations Unies, dont le fonctionnement repose sur une architecture plus que discutable. En effet, le Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Tribunal Pénal International sont contrôlés par les États-Unis et leurs alliés, grâce aux invraisemblables droits de véto dont ils disposent. Ceci permet l’accaparement de la guerre en l’excluant de tout débat démocratique, mais aussi de fixer les règles de sa légalité. Du point de vue de leur immersion dans ce système de domination onusienne, elles ne peuvent donc pas être considérées comme un contre-pouvoir mais plutôt comme un adjoint du pouvoir. Il est donc tout à fait logique, qu’en période de globalisation accrue, les ONG ne s’opposent pas aux principes légaux de l’organisation des Nations Unies. Bien au contraire, elles adoubent ces règles, tout en sachant qu’elles ordonnent inévitablement une politique internationale précarisée par l’hégémonie d’un monde unipolaire et conduit par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Avec plus de distance, il est évident que les Nations Unies tendent à imposer la globalisation, car sa propre survie en dépend, et réciproquement. Les différents organes qui les composent sont donc spontanément amenés à s’ajuster. De la même manière, on pourrait penser, au premier abord, que la surreprésentation de la société civile et sa prétention à une reconnaissance de plus en plus accrue, aboutirent à son auto-institutionnalisation : Une sorte de réalité indubitable lui ayant permis de "forcer" son intégration au sein des institutions politiques, et dont elle aurait été unilatéralement responsable. Mais en réalité, il ne s’agit que d’ajustements croissants au sein d’un système, ce dernier cooptant ses différents représentants afin d’entretenir une progression illimitée de la globalisation.1 En ce qui concerne le caractère apolitique des ONG, et leur exclusion du cadre constitutionnel, elles sont en effet en-dehors des procédés de gouvernements traditionnels : Elles ne sont ni élues, ni théoriquement affiliées à des orientations politiques. Pourtant, elles ont la capacité de pousser leurs idées, et les préconisations qui en découlent lors des sommets internationaux. Cette particularité entraîne une imprécision, aussi bien concernant leur objectif, que leur constitution. En effet, le Conseil Economique et Social des Nations Unies, qui est chargé d’accréditer les OSC (Organismes de la Société Civile) par l’intermédiaire du Département des ONG, met sur le même plan des organismes qui n’ont officiellement pas les mêmes objectifs. On y trouve aussi bien la Fondation Ford (qui est un paravent de la CIA) ; des associations dites citoyennes comme ATTAC ; des ONG de solidarité internationale comme Action Contre la Faim ; des syndicats patronaux comme la Business Roundtable2 ; des instituts et think-tanks comme le Club de Rome ; etc. Cette extension du sens communément accepté des ONG, jette un flou considérable sur leurs objectifs : tantôt venir en aide à des populations et proposer des régulations de l’économie mondialisée (ce qui est le cas d’Action Contre la Faim et d’ATTAC) ; tantôt représenter cette même économie et/ou servir les intérêts d’un ou de plusieurs États (Ce que font la Fondation Ford, la Business Roundtable et le Club de Rome).
Lors du récent sommet de Copenhague, nous avons pu assister à l’explosion du nombre des ONG, et à une avancée considérable de leur capacité à faire connaître leur(s) opinion(s). Comme dans le cas des Nations Unies, aucune d’entre-elles n’a critiqué le fond de ce sommet, alors qu’il ne repose ni sur un consensus scientifique international, ni sur une véritable coopération des Nations. Ce sommet, avait simplement pour objectif d’aboutir à de nouvelles règles "écologiques" internationales, voire mondiales, et cela afin de contenir le développement industriel des pays émergents qui seront les puissances de demain. En particulier celui de la Chine, Nation que les États-Unis ne souhaitent pas voir défier leur hégémonie en plein essoufflement. Là où les ONG furent donc "utiles" c’est dans leur soutien indéfectible à la tenue de ce sommet et dans le travail effectué en amont et visant à définir les perspectives énergétiques d’avenir. Perspectives qui envisagent ouvertement la création d’un ministère mondial de l’écologie. "L’échec de Copenhague" - pour reprendre l’expression d’une grande partie de la société civile -, n’est donc que virtuel de ce point de vue. De plus, depuis la fin du sommet, de grandes opérations, dont les conséquences seront semblables à celles attendues au sommet de Copenhague, ont été lancées. C’est notamment le cas de la Robin Hood Tax, initiative poussée, entres autres, par Georges Soros et Warren Buffet. Son objectif est la mise en place d’une taxe sur les transactions bancaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce projet est soutenu par les centaines d’ONG qui déclaraient quelques semaines auparavant qu’elles avaient assistées au naufrage de la cause écologique lors d’un sommet qui n’avait mené à rien de concret. Mais surtout, cette idée, si elle aboutit, entraînera forcément une aggravation de la globalisation via les règles qu’elle fixera unilatéralement. Pourtant, la réalité industrielle est différente pour chaque état, en particulier pour les Pays émergents dont le développement repose en grande partie sur leur capacité à déployer un arsenal industriel. Mais selon les règles que veulent imposer le G20 et ses ONG alliées, ceci provoquerait des émissions de C02, ce qui n’est évidemment pas acceptable, et cela bien que le socle scientifique de la théorie du GIEC soit présentement encore à l’état spéculatif.
Le point de ralliement des ONG au système de domination, est donc contenu dans sa composante la plus essentielle : l’uni-polarité. Par conséquent, et afin d’exporter les règles et principes du système de domination mondiale, les ONG tout comme le marché, se doivent d’être transnationales ou internationales. Elles disposent de bureaux dans l’extrême majorité des Nations du monde et elles font remonter leurs travaux, études et expertises auprès des véritables architectes de la globalisation dont elles sont, de fait, un des principaux vecteurs. Elles ne font que s’aligner sur le système qui les chapeaute, et servent de porte-paroles à une opposition fantasmée par les médias vassaux de la globalisation. Elles ne sont donc ni un contre-pouvoir, ni un outil de régulation démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’une institutionnalisation de l’apolitique mais surtout d’une normalisation des circuits du système de gouvernance mondiale. Comme l’écrivait Foucault : « la société civile, ce n’est pas une réalité première et immédiate […], c’est quelque chose qui fait partie de la technologie gouvernementale moderne" 3 ; C’est en effet le cas, mais quels sont ses objectifs à court et long terme ?

  • 1 L’institutionnalisation de la société civile » - Thibault Le Texier – Janvier 2010 -
  • 2 La Business Roundable a été fondée par de grands groupes économiques américains en 1972.
  • 3 FOUCAULT Michel, Naissance de la Biopolitique, Cours au Collège de France, 1978-1979, Paris : Gallimard/Seuil, 2004, p.300


Relations franco-américaines

Les relations franco-américaines sont incontestablement un des vecteurs de la globalisation et un de ses verrous. En effet, la construction européenne, qui est le cheval de Troie de la gouvernance mondiale, n’aurait pas pu se parfaire sans la participation de la France. De plus, l’histoire de la France et les possibles alliances stratégiques qu’elle pourrait initier sur la scène internationale, imposent sa neutralisation. Cette mise en quarantaine, nécessaire pour le processus globalisant, fut exponentielle depuis l’avancée manifeste de son intégration dans l’Europe. Les Etats-Unis, quant à eux, ont incorporés une dimension humanitaire à toute entreprise expansionniste depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec le Plan Marshall. Cette stratégie leur permit de traiter les conséquences de leurs actions militaires, tout en produisant un tas de bénéfices médiatiques et politiques. C’est pourquoi, les relations franco-américaines d’après-guerre révèlent un flagrant ajustement de certaines ONG avec les volontés expansionnistes des Etats-Unis. Par conséquent et dans ce cadre précis, il est avant tout question des réactions étatsuniennes à la politique extérieure de la France et de l’accélération de son intégration dans le processus européen. Dans le cadre du Plan Marshall, outre la contribution financière à la reconstruction de l’Europe, une ONG avait alors été créée : CARE1, qui deviendra plus tard CARE International. Des colis alimentaires furent gracieusement distribués par l’ONG dans les pays européens dévastés par la guerre. En France, les fonds du Plan Marshall furent administrés par le Commissariat Général au Plan, où officiait Jean Guyot qui en était chargé. Puis, il occupa le poste de directeur financier de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) - l’ancêtre de l’Union Européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui – sous la direction Jean Monnet. Ce dernier en démissionna en 1954 pour prendre la tête du Comité d’Action pour les États-Unis d’Europe. Jean Guyot entra ensuite à la banque Lazard dont il fut associé-gérant pendant près de 50 ans et où il participa à la renommée internationale de la banque. En 1983, il crée le bureau français de l’ONG Care, qui est actuellement présidée par Arielle de Rothschild.
Les États-Unis avaient donc affirmé, dés la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un besoin de camoufler leurs ambitions impériales, en employant des moyens subversifs. Cette nécessité se fit de plus en plus grande pendant la Guerre Froide, ce qui les incita à poursuivre dans cette voie insidieuse. Jusqu’en 1969, Charles De Gaulle est au pouvoir et résiste aux pressions américaines en refusant tant qu’il peut la construction d’une Europe inféodée aux intérêts américains. Il ira même jusqu’à proposer à Willy Brandt le développement d’un projet européen alternatif à celui attendu du côté étasunien. Au lendemain de la chute de Charles De Gaulle, la France est alors à la fois dans l’orbite des États-Unis et dans l’incapacité de répondre à leurs tentatives de cooptations. La porte est donc entièrement ouverte, ce qui permit à certains personnages de collaborer étroitement avec les États-Unis. Afin de coaliser l’opinion publique et les forces politico-économiques en faveur d’une construction européenne américano-centrée, ces derniers créent de nombreux think-tanks, ONG, qui de plus, assurent le bon fonctionnement des relations franco-américaines.
- La Fondation Franco-américaine, qui fut officialisée en 1976 par le président Ford et son homologue français Valérie Giscard-d’Estaing, en est l’icône la plus limpide. Elle œuvre ouvertement pour "enrichir les relations franco-américaines et encourager un dialogue actif entre les deux nations". 2C’est notamment grâce au soutien de Thierry de Montbrial 3et Jean Louis Gergorin, que la création du bureau français de cette fondation fut possible. Elle est aujourd’hui financée par la Banque Lazard : un des architectes - sinon l’architecte principal - des relations franco-américaines d’après-guerre. Pour saluer son engagement, Michel-David Weill recevra le prix Benjamin Franklyn de la Fondation Franco Américaine en 2003, prix qui récompense "une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les États-Unis » - on ne peut faire plus clair.
- Michel David Weill a régné en grand patron de Lazard de 1970 à 2001, période pendant laquelle il signa le chèque permettant la création du bureau américain de l’ONG française Action Contre la Faim. Cette association humanitaire a été fondée en 1979 sous le nom d’AICF (Action Internationale Contre la Faim) par un groupe d’intellectuels français. Parmi les plus actifs, on y trouve : Jacques Attali, Bernard Henri-Lévy ; Guy Sorman (qui entrera en tant que Young leader4 de la fondation franco-américaine trois ans plus tard) ; Marc Ullmann (qui officia sous la direction de Jean Monnet à la CECA avant d’entrer au CSIS5 sous la direction d’Henry Kissinger) ; Marek Halter (qui fondera ensuite SOS Racisme avec Bernard Henry Lévy et avec qui il se rendit en Afghanistan en 1980 pour le compte d’AICF). AICF fut donc fondée par un groupe d’individus qui ont avalisé la politique américaine pendant, et au delà de la Guerre Froide. Concernant les actions menées par l’association, elle poursuit visiblement dés sa fondation la défense des intérêts américains. Elle se rend par exemple en 1980 à la frontière afghano-pakistanaise où l’ISI recrute les combattants afghans pour le compte de la CIA.
La guerre sale imaginée par Zbigniew Brzezinski et qui consiste à offrir à l’armée soviétique sa "Guerre du Vietnam" en attirant les russes dans le bourbier afghan, provoquera la mort de près d’un million d’afghans. Mais le discours médiatique d’Action Contre la Faim permet d’en minimiser les conséquences, et au passage d’édulcorer une Guerre qui n’est que peu froide dans certaines contrées. Par ailleurs, il s’agissait évidemment de soutenir la doctrine de guerre américaine qui consistait à présenter la situation de la manière la plus subversive possible. Comme le rappelait d’ailleurs Olivier Roy, un membre du fameux groupe d’intellectuels français fondateur d’AICF en 1979, dans une interview récente : « En août 1980, je forçais avec un âne et quelques porteurs le blocus russe en Afghanistan pour faire passer une aide humanitaire dérisoire. L’opération Caravanes pour l’Afghanistan ». Une opération qui avait été organisée par Bernard Henri Lévy, lui même un des fondateurs d’AICF en 1979. Depuis, les missions de l’association suivent les ambitions impériales américaines : Afghanistan, Cambodge, Soudan, etc. Plus récemment, Airbus et EADS ont mis des avions à disposition d’Action Contre la Faim lors du séisme en Haïti en Janvier 2010. EADS est un des principaux soutiens financier de la Fondation Franco-Américaine et son ex vice-président n’est autre que Jean Louis Gergorin. L’action soi-disant humanitaire, mais en réalité impérialiste des Etats-Unis lors du séisme en Haïti était donc vraisemblablement appuyé en France par ses canaux traditionnels que sont la Fondation Franco-américaine et Action Contre la Faim.

L’humanitaire mis au service des États-Unis est constamment renouvelé en fonction des stratégies du département d’état, utilisant pour ce faire des fondations et instituts, qui mettent sur pied de nouvelles initiatives. C’est, par exemple, le cas du "Plan Marshall Global", lancé par Al Gore en 2003, et qui reprend en partie le nom de son ancêtre : Le Plan Marshall de la Seconde Guerre Mondiale. La fondation instigatrice du projet fut accrédité en tant qu’ONG par le Département des ONG des Nations Unies dés son année de création. La solidarité internationale américaine, au delà de représenter un intérêt géopolitique, est historiquement inscrite dans la conception sociétale américaine.C’est pourquoi, une étude complète de ces mécanismes est complexe, tant le terrain est vaste. Mais ces pratiques, notamment les collaborations entre le domaine commercial et caritatif comme dans le cas d’EADS et d’Action Contre la Faim, se multiplient et se modernisent, jusqu’à créer de nouveaux secteurs d’activité.

  • 1 Care est l’acronyme de "Comitee for American Relief Everywhere-,
  • 2 Pierre Hillard ; La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale ; François-Xavier de Guibert ; 2009
  • 3 Thierry de Montbrial fait partie du comité directeur des Bilderberg Meetings depuis 1976, comme il l’indique sur son CV personnel. En 1979, il crée l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Les travaux de l’IFRI sont semblables à ceux de la Comission Trilatérale dont ils appliquent visiblement les consignes. L’IFRI publie une revue qui porte le nom « politique étrangère », soit une simple traduction du titre de la revue Foreign Affairs du Council of Foreign Relations (CFR)
  • 4 Les Young Leaders sont sélectionnés après une sélection sévère parmi de jeunes dirigeants français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse "talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays".
  • 5 Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington, D.C. est un cercle de réflexion et d’influence sur la politique étrangère américaine fondé en 1964 par l’amiral Arleigh Burke et l’histoiren David Manker Abshire. Il est en partie chargé d’élaborer la construction de l’axe Euro-atlantique.


De l’entrepreneuriat social à la gouvernance mondiale.

Il est de plus en plus courant d’entendre parler d’un "marché écologique et social", notamment depuis la création des forums sociaux mondiaux au début des années 90 puis la naissance du microcrédit. Désormais, cette volonté de création d’une économie prétendument "sociale et solidaire" se fait de plus en plus prégnante et ouvre les portes à diverses initiatives que l’on peut regrouper sous le nom d’ “entrepreneuriat social". Ce domaine appelle à une étroite collaboration entre le domaine privé et les ONG qui sont par nature non-lucratives.1 De nombreuses multinationales font désormais appel à cette idée afin de poursuivre leurs ambitions mercantiles, voire expansionnistes. C’est notamment le cas de Danone qui dispose de son propre organisme d’entrepreneuriat social : Danone Communities et qui se présente ainsi : « Nous sommes un incubateur d’entreprises à vocation sociale, né à l’initiative du Pr. Muhammad Yunus 2 et du groupe Danone. Notre mission est de promouvoir, accompagner et financer des social businesses, répondant à des questions de malnutrition et de pauvreté ». La frontière entre le commercial et l’humanitaire n’existe donc plus, puisque ces deux domaines, en principe opposés, fusionnent selon toute vraisemblance au profit du capitalisme mondialisé. Dans la même veine, le Plan Marshall Global, qui reprend le nom de son ancêtre, cité plus haut, aspire à la « création d’une économie de marché écologique et sociale à l’échelle mondiale ». Une initiative, à laquelle s’est d’ailleurs associée Susan George, la porte parole d’ATTAC et d’une grande partie du mouvement altermondialiste. Le microcrédit quant à lui est un principe relativement simple : un organisme de microcrédit s’adresse à des personnes dans le besoin.
Il leur propose la mise à disposition d’un moyen financier afin de mettre en œuvre une activité professionnelle et permet ainsi d’assurer leur survie. Il s’agit d’un système de crédit classique avec un taux d’intérêt ; soit une pratique fortement semblable à celles des banques privées d’investissement, auxquelles elle est d’ailleurs affiliée. Une des plus grandes ONG de microcrédit au monde vit le jour suite à un discours de Jacques Attali à L’Aspen Institute3 en 1997. Il y lança l’idée d’une grande ONG qui regrouperait les organismes de microcrédit. Un an plus tard, et grâce à l’appui de Michel Rocard, Muhamed Yunus et de Massimo Ponzellini3, il créé l’ONG Planet Finance. Le conseil d’honneur de l’organisme abrite une liste impressionnante de personnalités : on y retrouve l’ex président de la branche américaine de Lazard : Felix Rohatyn ; Guillaume Sarkozy ; Bernard Kouchner ; Michel-David Weill, le grand patron de Lazard ; Rachida Dati 4. Par ailleurs, son principal conseiller est Christophe Guillemin, l’actuel directeur général de la Fondation Franco-Américaine. Au regard des liens entre Planet Finance et la sphère bancaire, ainsi que de la perspective transnationale qui anime ses ambitions, il convient de considérer son activité de microcrédit comme un simple moyen d’exporter le système de la dette. Un mécanisme qui vise en premier lieu les pays en voie de développement, alors que l’activité humaine y est déjà nettement précarisée par les programmes d’ajustements structurels prodigués par le FMI et la Banque Mondiale.
En dehors de ces étroites collaborations entre le domaine commercial privé et celui de la solidarité internationale, il s’agit également d’imposer une nouvelle source de normativité. Les ONG deviennent des outils d’expertise, qui remplacent petit à petit le cadre traditionnel du droit. C’est par exemple le cas de Médecins du Monde, qui en 2007, a remis un rapport sur la situation d’Areva au Niger. Un rapport qui n’était pas le fruit d’une enquête sur l’exploitation des mines nigériennes et des conditions de travail des employés locaux d’Areva, mais celui d’un partenariat officiel entre Médecins du Monde et Areva. Dans ce cas précis, il s’agit donc de substituer au respect du droit du travail nigérien, l’expertise d’une ONG qui n’a aucun mandat, ni aucune compétence reconnue dans ce domaine.
Avec le temps, il est incontestable que cette négation du droit conduira à l’émergence de nouvelles issues de procédures non législatives. Or les normes existantes reposent avant tout sur des principes juridiques et politiques, propres à l’Etat de droit, alors que la vision empruntée par les ONG se fonde sur l’expertise – qui est une notion subjective et malléable. De plus, leurs ambitions sont transnationales et dépassent donc toutes les résistances étatiques et souveraines existantes. De fait, elles poursuivent nécessairement l’objectif d’une gouvernance mondiale, au sein de laquelle elles pourraient remplacer à la fois le droit et la démocratie, soit ce qui constitue la base des nations souveraines. C’est ce que constatait Jacques Attali, lors d’une Tribune à l’ONU en 2004 par ces mots : « Les ONG peuvent donner un sens à la mondialisation, qui n’est souvent, sans elles, que l’internationale des marchés et des guerres. Ces organisations portent aujourd’hui les idées de gouvernement mondial, de fraternité, de droits des générations futures, d’équité sociale, le droit des femmes et des minorités. Les ONG donnent un sens à la démocratie, qui n’est souvent, sans elles, qu’une mascarade d’élections, sans enracinement durable dans les peuples. Elles portent d’ailleurs aujourd’hui les combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement. »5

  • 1 Quel avenir pour les ONG la nouvelle gouvernance mondiale ? – IRIS- Sous la direction de Handicap International ; 2008
  • 2 Muhammad Yunus est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres »
  • 3 L’institut Aspen est un cercle de réflexion et d’influence international à but non lucratif fondé en 1950 à Aspen dans le Colorado aux États-Unis dédié au « commandement éclairé, l’appréciation d’idées et valeur éternelles, un dialogue ouvert sur des thèmes actuels ». Son orientation en politique étrangère est d’inspiration atlantiste.
  • 4 Elle avait auparavant officiée avec Jacques Attali à la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement)
  • 5 Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG ; 2004


Sémantique et privatisation de la démocratie.

L’expression "société civile" est récemment apparue comme l’appellation sous laquelle les ONG se présentent. Pour l’UNESCO. La société civile est « le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l’État ». En théorie, la société civile se place donc en dehors du cadre étatique, mais aussi du cadre commercial, ce qui est largement discutable. Du point de vue sémantique et selon la définition du dictionnaire de la langue française, est "civil", ce qui concerne l’ensemble des citoyens. Ce terme provient en grande partie du droit, et donc de la reconnaissance du droit civique des citoyens, son application garantissant le bon fonctionnement de ses propres principes fondateurs dans une République. Pourtant, la réalité de la société civile est largement en désaccord avec toutes les formes de représentations traditionnelles. Il ne s’agit ni d’une forme de démocratie élective, ni d’une forme de démocratie participative, puisque son fonctionnement s’exclut du cadre général et donc "civil" auquel il prétend. Il serait donc plus convenable de considérer la société civile comme un type de néo-lobby qui exprime des intérêts particuliers et non comme une médiation démocratique qui aurait pour objectif d’assurer le bien commun. De plus, l’indétermination sociale de la "société civile", du fait de l’ignorance de sa provenance et de ses affiliations avec la sphère politique et économique, en fait un outil de manipulation en faveur de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. Par conséquent, cet outil permet à ce système aux ambitions hégémoniques de manœuvrer. Ces manœuvres sont en effet nettement plus aisées lorsque l’unique garant des souverainetés populaires a été déterminé par un groupe non élu, voire autoproclamé. C’est ce que proposent deux projets différents dans la forme, mais dont le fond est parfaitement identique :

- Le premier est la Campagne pour la Création d’Une Assemblée Parlementaires des Nations Unies (UNPA) qui est notamment soutenue par Susan George. Sur le long terme, cette campagne souhaiterait créer une assemblée parlementaire mondiale, à laquelle participeraient des délégués issus des parlements nationaux, voire régionaux, « reflétant ainsi la diversité politique de ces derniers ». Cette initiative ne remet aucunement en cause l’existence du Conseil de Sécurité, ni des institutions de Bretton Woods, auxquels elle souhaite simplement proposer des « solutions novatrices ». Elle aspire donc à une simpliste immersion de délégués nationaux et régionaux au sein du système onusien. Or, c’est précisément ce système qui encadre, au moins d’un point de vue économique et militaire, l’extinction des souverainetés populaires. De plus, les processus de balkanisation, notamment en Europe avec l’euro-régionalisme, ont une double intention : premièrement, procéder à l’éclatement des Nations, en particulier en créant une confusion identitaire dans des régions historiquement sujettes à des revendications autonomistes. Deuxièmement, déléguer les responsabilités régionales à des structures supra étatiques telles que l’Union Européenne, soit au sein d’entités politiques souhaitant l’extinction des Nations. 1Et cela au profit d’une commission européenne autocrate et de ses futurs organismes vassaux. Les 27 commissaires de l’UE ne sont pas élus, mais nommés pour conduire politiquement une commission indépendante des gouvernements nationaux. Cette nomination leur procure un mandat de représentants et de défenseurs des intérêts de l’UE dans son ensemble. Il s’agit donc pour l’UNPA d’intégrer un édifice qui exclut les Nations à tout prix de son fonctionnement, et qui de plus impose la délégation des pouvoirs régionaux au profit d’autorités supranationales non démocratiques. Autrement dit, l’UNPA ne souhaite que s’accorder sur le système Onusien, en créant des liens plus directs entre les Nations Unies et des autorités régionales et nationales affaiblies ou soumises à une, ou des, autorité(s) supranationale(s). Le bénéfice de ces relations ne peut donc qu’être arbitraire, et ne peut en aucun cas favoriser une meilleure représentativité des souverainetés populaires et nationales. Ce projet étant peu favorable à un sursaut des Nations et des souverainetés, l’UNPA ne peut que s’en remettre à la société civile, qui doit, selon elle, « exhorter les nations à soutenir ce projet. »

- Le deuxième projet, nettement plus radical, est le COPAM (Comité pour un Parlement Mondial). Il a rejoint le réseau de l’UNPA en Mai 2009 et son représentant Olivier Giscard d’Estaing avait alors déclaré : "Nous avons donc le plaisir de joindre ce réseau. Quant aux détails de la proposition, je voulais mettre en évidence que selon notre point de vue, les futurs délégués d’une assemblée parlementaire mondiale, pourraient initialement être nommés par les Parlements nationaux. Cependant, nous croyons que les délégués ne devraient pas nécessairement être eux-mêmes des députés élus. Le cumul du mandat mondial avec un autre mandat parlementaire au niveau national serait à l’inconvénient du premier ». Dans ce cas, il s’agit ouvertement d’émettre, et de défendre l’hypothèse d’un système politique semblable à celui de la commission européenne : un parlement mondial, dont les représentants ne sont pas des élus. Ces deux exemples montrent qu’il existe un véritable risque dans la formulation de la société civile. Elle ne peut aboutir qu’à la privatisation de la démocratie et de l’expression des souverainetés. Car, ces dérives n’en sont pas, il s’agit d’une harmonisation croissante, et parfois surprenante, de la société civile et d’une globalisation autoritaire aussi bien dans ses principes économiques et militaires, que politiques. L’Union Européenne peut y apparaître comme le prototype de structure supra étatique dont la conception est la plus autocrate. De plus, l’Office d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne (ECHO) est donc entre les mains d’une commission non élue. Cet office poursuit donc les mêmes objectifs que la société civile, soit son exclusion de tout processus de représentation. C’est notamment la vision défendue par Benoît Miribel, l’actuel président D’Action Contre la Faim le 21 Octobre dernier lors de son intervention à la commission européenne en charge d’ECHO : « Nous tenons à l’indépendance d’ECHO, hors considérations d’ordre politique et de sécurité de l’UE et vous, vous tenez à la libre capacité d’intervention des ONG humanitaires européennes qui ont fait leurs preuves. Nous devons maintenant, ensemble, nous battre pour défendre les principes humanitaires auprès des Etats membres, et au delà ».
Mais cette réalité trouvera nécessairement une limite qui est celle de la globalisation. La société civile ne pourra pousser le processus globalisant au-delà de ses propres limites, puisqu’elle est contenue dans ce processus et n’en est qu’un rouage aux ambitions particulières et bien définies. A l’inverse, l’objectif d’une gouvernance mondiale non étatique ne peut se passer de la société civile, et encore moins de ce qu’elle permet. Comme le dit Jacques Attali : « Les ONG vont être l’esquisse de l’amorce du gouvernement mondial, de la démocratie planétaire »2. Il est donc essentiel qu’elles se substituent aux souverainetés étatiques, qui sont par nature opposées à leur fusion au sein d’un gouvernement mondial. La société civile sera donc à l’avenir, un allié fondamental des perspectives mondialistes. Elle s’imposera grâce à une prétention toujours plus grossière de contre-pouvoir, jusqu’au point de rupture qui précipitera inévitablement son entière dissolution au sein d’une gouvernance mondiale totalitaire.
1 Minorités et régionalismes dans l’Europe Fédérale des Régions : Enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l’Europe ; Pierre Hillard ; 2004
2 Conversation d’avenirs ; Public Sénat ; « L’avenir des ONG » diffusé le 04/07/2008

Julien Teil

Les Enfants Soldats


Enfants et droits humains
Partout dans le monde, des enfants sont privés de leur droit à l’éducation, enrôlés de force dans des unités ou des groupes armés, ou soumis à d’autres formes de violences.
Les enfants soldats
Au niveau mondial, des centaines de milliers d’enfants de moins de dix-huit ans sont impliqués dans des conflits armés, soit au sein des forces régulières de leur pays, soit en tant que membres de groupes armés, d’unités paramilitaires ou de milices, entre autres.
Nombre d’entre eux ont été enlevés alors qu'ils étaient à l'école, dans la rue ou chez eux. D’autres s’engagent «volontairement», souvent parce qu'ils ne voient guère d'autre solution.
Filles et garçons participent au combat. Beaucoup sont tués ou blessés. D’autres servent d’espions, de messagers, de porteurs, de domestiques, de poseurs de mines ou de démineurs. Les filles risquent tout particulièrement d'être violées et soumises à d'autres formes de violence sexuelle.
Ces jeunes sont spoliés de leur enfance. Ils sont exposés à de terribles dangers, ainsi qu’à de profondes souffrances physiques et psychologiques.

Les enfants sont également victimes d’autres formes de violence
La violence ne touche pas uniquement les enfants soldats. Que ce soit à l’école, dans les institutions censées les protéger, dans les centres de détention pour délinquants mineurs ou encore, bien trop souvent, au sein même du domicile familial, la violence contre les enfants est un phénomène universel.
Quelques pays – leur nombre est en diminution – exécutent encore des condamnés qui étaient mineurs au moment des faits reprochés. Depuis 2004, seuls la Chine, l’Iran, le Pakistan et le Soudan ont exécuté des délinquants mineurs. En finir avec cette pratique est en soi un objectif crucial. C’est aussi une étape importante dans la lutte pour l’abolition totale de la peine de mort.

Le droit à l'éducation
Tout le monde a le droit de recevoir une éducation. Celle-ci devrait être gratuite et accessible à tous, au moins dans le primaire. L’éducation est en outre une condition indispensable pour bénéficier d'autres droits humains.

De nombreux enfants dans le monde sont privés de ce droit, pour différentes raisons:

  • parce qu’ils sont obligés de travailler;
  • parce qu’ils sont enrôlés dans des forces armées;
  • parce que leur famille n’a pas les moyens de financer leurs études;
  • parce que la discrimination et le racisme les empêchent d’accéder à un enseignement digne de ce nom;
  • parce qu’ils subissent des violences au cours de leurs études.


Les frais de scolarité et, de manière plus générale, le coût des études empêchent de nombreux enfants d’accéder à l'éducation. Qu'il s’agisse de participations «volontaires», de frais d'inscription ou de frais d'examen, ils représentent une charge particulièrement lourde pour les enfants issus de familles pauvres, et plus spécifiquement pour les membres des minorités ethniques, les jeunes autochtones et les enfants d’immigrés. De plus, lorsque l'argent manque dans une famille, les filles risquent davantage d'être privées de scolarité par rapport aux garçons.
Repères Adoptée en 1989 par les Nations unies, la Convention relative aux droits de l’enfant est le traité relatif aux droits fondamentaux de la personne le plus largement ratifié de l’histoire de l’humanité. Ce texte englobe les libertés et les droits civils, le milieu familial, la santé et le bien-être, l’éducation, les loisirs et les activités culturelles de l’enfant. Il définit également les mesures spéciales de protection auxquelles les mineurs ont droit.
On estime qu’il existe dans le monde entre 100 et 150 millions d’enfants des rues, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. De 5 à 10 p. cent d’entre eux ont fui leur foyer ou ont été abandonnés par leur famille. Enrôler des enfants de moins de quinze ans et les faire participer activement aux hostilités est reconnu comme un crime de guerre par le droit international, qui interdit de façon générale le recrutement de personnes de moins de dix-huit ans.
Quelque 4 500 enfants sont actuellement détenus dans les prisons du Pakistan. Plus de 3 000 d’entre eux n’ont pas été condamnés, soit parce que leur procès n’a pas encore commencé, soit parce qu’il est toujours en cours.

Que fait Amnesty International?
Membre de la Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, Amnesty International milite contre le recrutement de mineurs dans les forces armées et pour la réinsertion des anciens enfants soldats dans la vie civile.
Amnesty International a recommandé à la Bosnie-Herzégovine, à la Croatie et à la Slovénie de prendre sans attendre des mesures pour interdire la discrimination contre les Roms en matière d’éducation et pour promouvoir l'égalité des chances au sein du système éducatif.
Les membres d’Amnesty International, et notamment du réseau Jeunes et Étudiants de l’organisation, font campagne dans le monde entier pour que le Pakistan cesse d'emprisonner inutilement des mineurs.

Des raisons d’espérer
Le 25 mai 2000, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. Ce texte marque une réelle avancée dans la lutte contre la participation des enfants à des conflits armés.
En mai 2006, 107 États étaient parties au Protocole, dont trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France et Royaume-Uni – contrairement à la Russie et à la Chine). La Fédération de Russie a signé ce traité, mais elle doit encore le ratifier et en intégrer les dispositions dans sa législation.
Pour le sixième anniversaire de l’adoption du Protocole, Amnesty International, en partenariat avec la Coalition pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats, a appelé la Russie à ratifier ce texte sans plus attendre et à fixer à dix-huit ans l’âge minimum requis pour s’engager volontairement dans les forces armées de la Fédération.


unicef.

Sénégal Les Talibés : Esclavage Des Temps Modernes

Sénégal les talibés : esclavage des temps modernes
L’enseignement coranique pose problème au Sénégal. Il donne l'impression d'être un monde à part où anarchie et impunité sont érigées en règle. Les marabouts exploitent les enfants alors que l'Etat est implicitement leur complice.
Le Sénégal est un pays dont sa population est à 95% musulmane. Une tendance qui explique peut être l'existence d’écoles coraniques à tout bout de champ. Leur prolifération est tellement inquiétante qu'aussi bien l'Etat, les maîtres coraniques que les ONG n’arrivent pas à maîtriser le nombre exact de ces daaras. Les fidèles ne cessent de dénoncer cette profusion d’écoles coraniques. On en voit partout et à n’importe quelle occasion. Dans une mosquée de la Médina, située sur l’avenue Blaise Diagne près du domicile de Serigne Abdoul Aziz Sy, des musulmans ruent dans les brancards.
Dans cette résidence, c’est la piété qui fait foi. Même les dimanches, des gens s’adonnent à une lecture du saint Coran. En effet, des adolescents et une dame ne dérogent pas à la règle. Au moment où ils récitent des versets du Coran, un monsieur qui frôle la cinquantaine les supervise. Très concentré, il semble ne même pas entendre les salamalecs. Après moult questions sur l’objet de notre visite, il accepte enfin de nous parler dans l'anonymat, arguant qu’il n’est pas le maître des lieux. Il dit réprouver le nombre croissant des daaras. «Si on pouvait trouver un seul daara dans chaque quartier ce serait mieux, mais on en trouve trois à quatre dans un patelin. Tout est désordonné. Malheureusement, on y peut rien parce que c’est un problème social. Personne n’ose toucher aux daaras» se désole-t-il. La dame interrompt sa lecture et s’immisce dans le débat. Ndéye Dièye s’indigne et interpelle l’Etat.
Cependant, la dame demeurant à Pikine est favorable à la mendicité. Elle estime que cela inculque les valeurs d’humilité aux enfants. Un avis que partage largement Samba, un ancien talibé. Rencontré dans le même quartier à la Rue 8 X 10 de la Médina, il crèche dans une très grande maison qui ne peut passer inaperçue. Le mur qui fait face à la rue a plusieurs mètres de hauteur et n’a aucune fenêtre. L'entrée est située à l’extrémité droite collée à un autre mur de la même hauteur. Là non plus, il n’y a pas de fenêtre. Tout laisse croire que c’est un entrepôt.
Mais cette maison sinistre et lugubre est bien compartimentée à l’intérieur. On voit plusieurs concessions faites en bois, seules quelques unes tiennent encore leurs formes initiales. Les autres sont complètement inclinées, érodées. Un coup de vent pourrait bien les mettre à terre. Les chambres visitées sont remplies de poussière et certainement de punaises. Les bagages rangés pêle-mêle, tandis que les nattes s’effilochent et sont couvertes de sable. Un piteux décor qui ne semble aucunement déranger ses occupants composés de talibés et leurs maîtres.
10h dans ce taudis. C'est un calme de cimetière qui y règne. Les rares personnes trouvées sur place ont l'air éberlué de voir des visiteurs. «Tous les talibés sont allés mendier, quand au maître il est sorti» nous dit Samba. Il soutient que cela fait partie de la formation. «Chaque matin après les séances de récital de Coran, ils vont à la recherche de leur pain quotidien parce qu’ils ne payent rien pour apprendre et leur maître coranique n’a pas d’activités génératrices de revenus» explique-t-il.

Deux talibés âgés entre sept et neuf ans avouent qu’ils «versent 200 ou 300 francs CFA par jour selon l’âge ou du riz qu’on leur donne en aumône». Ces mômes errent à longueur de journée. Ils nagent dans l’insouciance et l’inconscience. Au rond pont de Castors, les véhicules viennent de tous les sens. A 18h, ils se disputent la chaussée, les gens sont pressés de retrouver leur famille après une journée de dur labeur. De petits enfants se faufilent entre les voitures. Ils ne se préoccupent point du danger qui les guette. Ces talibés sont vêtus tout deux de tee-shirt et d’une culotte rafistolés. Ces habits sont tellement pâles que leurs couleurs sont devenues méconnaissables. Les chaussures sont bricolées. Comble de malheur, tous les deux leur corps sont recouverts de saletés. Ils sont peut-être restés des jours sans prendre de bain. Chacun d’eux porte à la main gauche un pot graisseux. Ce récipient contient leur «butin» ou encore leur pitance (riz, biscuits, sucre, cola, bonbon etc). Ils semble recevoir l’ordre de ne jamais parler aux autres. Il faut insister, les supplier ou leur offrir une pièce de monnaie pour qu’ils se confient. «Après avoir versé le montant exigé au maître, nous gardons le reste pour acheter des chaussures ou pour l'offrir à nos maman une fois de retour au village", confesse enfin le plus âgé.
Ce supplice des enfants est dénoncé un peu partout. Mohamed Chérif Diop ex-coordonnateur du programme talibé de l’ONG Tostan et coordonnateur du cadre d’appui à l’initiative nationale en faveur des talibés s’insurge contre cet état de fait. Il propose «l’établissement d’une structure qui veille sur la régularité des daaras dans chaque collectivité locale» tout en dénonçant la mendicité des talibés. Il soutient que «c’est souvent un deal entre le marabout et les parents du talibé qui utilisent ce dernier pour se nourrir». C’est pour cela que, poursuit-il, «les enfants ne quittent jamais les villes vers les campagnes ou vers les zones défavorisées. Ils quittent toujours les zones défavorisées vers les grandes villes. Et leurs maîtres sont des soi-disant marabouts sénégalais ou de la sous région qui n’hésitent pas à fixer des quotas quotidiens aux talibés» s’indigne-t-il. Ce flux migratoire des talibés vers les zones les plus fructueuses explique clairement, selon Mohamed Chérif Diop, la motivation de certains maîtres coraniques.

La complicité de l’Etat indexée
Comme pour confirmer les propos de Chérif Diop, Hamdy Rabi Bâ n’y va pas par quatre chemins pour expliquer comment les daaras sont utilisés par des «véreux» pour des intérêts économiques. «Dès fois, on voit une personne qui ne sait même pas réciter la Fatiha créer un daara, ou encore un chômeur endurci qui regroupe des enfants quelque part et se proclamer maître coranique. C’est parce qu’il n’y pas de moyen de contrôle de leurs aptitudes» s’insurge Hamdy Rabi Bâ maître coranique à Yeumbeul Sud.
La maîtresse coranique Ndéye Diop Sarr embouche la même trompette. Elle tient un daara, depuis plusieurs années, chez elle à la Rue 6 X 31 à quelques encablures de la maison des talibés. Elle dénonce les conditions pénibles dans lesquelles certains talibés apprennent les enseignements du Saint Coran tout en évoquant la responsabilité des autorités étatiques. Elle pense que "c’est l’Etat qui laisse faire parce qu'il doit fixer des règles pour la création des daaras".

Des daaras à califourchon entre deux ministères
Son opinion est largement partagée par le coordonnateur du cadre d’appui à l’initiative nationale en faveur des talibés. Mieux, Mohamed Chérif Diop dénonce «la fuite de responsabilité et l’indécision de l’Etat qui ne sait pas où loger les daaras». En effet, les daaras sont gérés par deux ministères. Le ministère de l’Education qui est en charge de l’aspect éducation et le ministère de la Famille pour le volet social. C’est "incompréhensible" d’autant plus que les écoles classiques "ont des problèmes sociaux mais elles sont logées uniquement au ministère de l’Education" se désole Mohamed Chérif Diop. Il suggère un engagement sincère de l’Etat et des autorités religieuses pour mettre les talibés dans de meilleures conditions d’apprentissage du Saint Coran.
Au ministère de la Famille, de l’Entreprenariat féminin et de la Microfinance on considère la mendicité des talibés comme un abus envers les enfants. Car «la place de l’enfant est dans la maison, dans sa communauté et dans le daara s’il est talibé et non pas dans la rue» s’offusque Ndéye Lissa Diop N’Diaye directrice de la Protection des droits de l’enfant. A travers son projet EVF (Education à la Vie Familiale), le ministère de la Famille veut offrir aux «apprenants des daaras de meilleures conditions de vie» poursuit-elle. Toutefois, le ministère de la Famille veut être clair à ce propos, il ne considère pas les «talibés-mendiants» comme des talibés mais comme «des enfants de la rue». Au niveau du ministère de l’Education, il n’y a pas encore de cahier de charge pour la création des daaras. Mais, l’Etat aurait nommé en 2008 un inspecteur des daaras.
Awa Diédhiou

pressafrik

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) Sont Des Associations

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont des associations. Elles reçoivent des fonds publics. En conséquence, les contribuables exigent leur contrôle.

En effet, le rapport parlementaire relatif aux ONG (1), signalait, par exemple à la page 44, pour l’une d’elles : « l’absence de comptabilité, des transferts des fonds récoltés vers des comptes secrets, des détournements massifs par le directeur général, des frais de voyage exorbitants, un parc automobile affecté aux besoins personnels des dirigeants... »
Le Sénat, quant à lui, analysant le 25 octobre 2005 le rapport de la Cour des Comptes relatif aux fonds octroyés aux ONG françaises par le ministère des Affaires étrangères, observait, entre autres (2), que « la part réelle des fonds publics dans le financement des ONG est fortement sous-estimée ».
Il est donc remarquable que les ONG n’échappent à aucune des critiques que nous avons faites au sujet des subventions aux associations.

Mais les sommes sont infiniment plus élevées, ainsi que le montre la récente question écrite (JO du 22 septembre 2009) :
« M. Roland Blum attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères et européennes sur les subventions validées en 2008 au sein du ministère des affaires étrangères et européennes. 50,98 millions d'euros, soit plus de 55 % du montant total de ces subventions, ont été accordés à 170 demandes présentées par la mission d'appui à l'action internationale des organisations non gouvernementales, soit une moyenne d'environ 300 000 euros par dossier. Il souhaiterait donc savoir s'il a été procédé en 2008 à une évaluation externe pour les subventions d'un montant supérieur à 300 000 euros et, le cas échéant, quels en ont été les résultats. »
1- Rapport de la Commission des Affaires Etrangères, en conclusion des travaux d'une mission d'information constituée le 11 février 2004 sur les ONG françaises. Rapporteur M. Roland BLUM. 13 avril 2005.
2- Site Sénat : Rapport de la Cour des comptes relatif aux fonds octroyés aux organisations non gouvernementales (ONG) françaises par le ministère des Affaires étrangères. 25 octobre 2005 :
« 1°) le Ministère des Affaires Etrangères, et plus particulièrement la Mission pour la coopération non gouvernementale (MCNG), ne paraît pas avoir la maîtrise de la définition des objectifs et des moyens consacrés par l'Etat à cette forme d'aide extérieure ;
2°) parmi les ONG, celles qui relèvent de sa compétence ne font pas l'objet d'un suivi rigoureux, « ce qui obère toute possibilité de réelle évaluation par les services du ministère de l'usage des fonds publics qui y sont affectés ». Ces crédits (53 millions d'euros en 2005) sont davantage attribués par reconduction des subventions qu'en fonction d'une appréciation critique des résultats ;
3°) la part réelle des fonds publics dans le financement des ONG est fortement sous-estimée, du fait de la non comptabilisation des aides publiques autres que celles du ministère ni des subventions indirectes ;
4°) la MCNG n'a pas les moyens de conduire elle-même des évaluations et tend à les sous-traiter à d'autres ONG, qui peuvent se retrouver juge et partie ;
5°) si des situations de gaspillage ou de gabegie significative n'ont pas été relevées, du moins lors des contrôles réalisés au siège (et non dans les zones d'intervention) de certaines organisations, plusieurs dysfonctionnements ont néanmoins été constatés. Des observations ont ainsi été adressées à quatre ONG spécifiquement contrôlées : le Groupement de recherche et d'études technologiques (GRET), Eau Vive, Coordination Sud, Agriculteurs français et développement international (AFDI). La Cour des comptes pourrait établir ultérieurement un rapport spécifique sur l'Association française des volontaires du progrès (AFVP). »

Riches Au Milieu Des Pauvres


Judith Lachapelle
La Presse


Au milieu des pauvres, ils passent pour des riches. Les travailleurs humanitaires qualifiés ne s'en cachent pas: ils gagnent de bons salaires. Trop bons? Pas s'ils considèrent les sacrifices qu'ils doivent faire pour accomplir leur tâche. Mais eux aussi se posent des questions sur les effets pervers de leur relative opulence, explique notre journaliste dans ce deuxième volet de notre série sur l'aide humanitaire.

Il y a le salaire. Il y a les avantages sociaux. Et il y a les petits extras.
«Je suis une vedette! Comme un joueur du Canadien!», lance, hilare, Francis Asselin, joint dans la brousse congolaise. «Quand je vais au restaurant, tout le monde veut faire ma connaissance. Et pourtant, je ne suis pas si beau que ça...»
Francis Asselin a au moins une chose qui attire le regard: il est blanc. À partir de là, dit-il, il est illusoire de penser qu'il arrivera à se fondre parmi la population noire congolaise. Et le (bon) salaire qu'il reçoit du Fonds mondial pour la nature, son employeur, n'y change pas grand-chose, dit-il.
«Même si on est bénévole, les conditions dans lesquelles on vit sont meilleures que celles de la majorité de la population», dit l'homme de 43 ans, qui travaille à l'étranger depuis plus d'une dizaine d'années. «Et quand on est un expatrié blanc, les gens nous voient automatiquement comme un riche.»
M. Asselin a accepté un contrat de cinq ans du Fonds mondial pour la nature, pour aider le gouvernement congolais à protéger une zone naturelle de la région. Il gagne environ 7110$CAN par mois, imposables par Québec (mais non par Ottawa), avec lesquels il fait vivre sa famille qui l'a suivi au Congo, paie l'école et les soins de santé (privés) et le pied-à-terre à Montréal. Le logement à Mbandaka ne lui coûte rien, l'ordinateur et le véhicule sont fournis. La maison qu'il habite est l'une des rares de la ville à avoir l'électricité, en soirée seulement.
Pourrait-il être «moins» payé? Pas vraiment, dit-il. Son salaire est intéressant pour un Nord-Américain, précise-t-il, mais pas pour un Européen dont le pied-à-terre, par exemple, coûtera plus cher à entretenir. «Les ONG ont du mal à trouver des gens, dit-il. Le poste était libre depuis deux ans avant que j'accepte le contrat.»

Perles rares
Francis Asselin travaille avec six cadres congolais qui gagnent beaucoup moins que lui (environ 2000$ par mois), une somme néanmoins appréciable que la majorité des Congolais ne gagnent même pas en une année. «C'est vrai, concède-t-il. Mais en payant bien ces cadres, on participe à la rétention des cerveaux dans les pays en développement. Mon travail est d'aider mes collègues à bien comprendre les exigences des pays occidentaux. Si j'offre des salaires intéressants, ils auront envie d'être sérieux.»
«Pour une personne expatriée, il y a dix locaux qui travaillent», dit Patrick Robitaille, travailleur humanitaire et chercheur associé à la chaire Raoul-Dandurand de l'Université de Montréal. «En Haïti, on cherche à tout prix des Haïtiens qui parlent français et peuvent travailler à l'ordinateur», dit-il.
«La pénurie doit être comblée en partie à l'étranger. Les gens qui parlent français, qui ont une connaissance de l'humanitaire et qui sont prêts à s'engager sont des perles rares, dit M. Robitaille. On a beau avoir de bons salaires et de bonnes conditions, il reste qu'il n'y a pas beaucoup de monde prêt à sacrifier sa vie familiale et sociale.» Un gestionnaire de projets humanitaires en Haïti, qui souhaite ne pas être identifié, dit gagner près de 50 000$ par an.
La concurrence entre les organisations est vive, mais la comparaison entre les conditions offertes est délicate, notamment à cause de la nature du travail demandé.
Néanmoins, certaines pistes se dégagent. En santé, la Croix-Rouge, par exemple, offre généralement de meilleurs salaires que Médecins sans frontières (MSF). MSF verse aux médecins un dédommagement qui, reconnaît Gilbert Ndikubwayezu, porte-parole de l'organisme, couvre à peine les obligations financières de ceux qui s'absentent du travail pendant leur mission. «Oui, nous avons du mal à recruter des volontaires pour cette raison», dit M. Ndikubwayezu

ONU: meilleurs salaires
Les organisations qui relèvent de l'ONU (UNICEF, Programme alimentaire mondial (PAM), Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)...) sont réputées offrir parmi les meilleurs salaires. «Le double que ce qu'offrent les autres ONG», confie sous le couvert de l'anonymat un travailleur humanitaire d'expérience. «En plus, on y offre la sécurité d'emploi qui n'est pas en lien avec la qualité du travail», déplore ce coopérant.

En septembre dernier, les États-Unis, qui envisagent de réduire leur contribution à l'ONU, ont d'ailleurs semoncé l'organisation sur la hausse «dramatique» des salaires. La moyenne de salaire des 10 307 employés de l'ONU - qui ne travaillent évidemment pas tous dans la brousse - est de 119 000$US.
Le train de vie des travailleurs humanitaires dans les pays en développement choque ceux qui y font face pour la première fois. Plusieurs ONG en Haïti, a constaté le Dr Vincent Échavé, coopérant pour MSF, «y étaient pour voir et être vues à Port-au-Prince». «On se demande ce qu'elles y font», dit-il.
Francis Asselin aussi s'interroge. «Dans bien des cas, nous voyons des amateurs [salariés ou volontaires] qui sont là simplement par bonne volonté, qui ont beaucoup de compassion, mais qui ne changent rien à la situation.»
Le Dr Échavé se souvient d'avoir observé d'un oeil perplexe le «jet set» de l'humanitaire se détendre au bar du chic hôtel Montana de Port-au-Prince... tout en relevant qu'il s'y trouvait aussi! «Mais quelque chose me dérange dans tout ça, dit-il. Il y a une arrogance chez certains humanitaires qui vivent mieux que les autres.»
«Malheureusement, on s'habitue à être plus riche que les autres, dit Patrick Robitaille. Parce que c'est ça, la réalité.»
Le formulaire T-3010, que chaque organisme de bienfaisance doit remettre annuellement à l'Agence du revenu du Canada (ARC), en donne un aperçu. À noter que les plus hauts salariés (présidents, vice-présidents...) ne sont pas nécessairement ceux qui travaillent à l'étranger, mais ils ont plutôt comme travail de gérer l'organisation au Canada. Dans leur déclaration à l'ARC - qui est diffusée sur le site de l'agence fédérale -, les organismes indiquent combien ils emploient de personnes à l'intérieur d'une fourchette de salaires. Pour ce tableau, nous avons retenu les salaires supérieurs à 80 000$.

Société de la Croix-Rouge canadienne
Nombre d'employés:
temps plein: 1623 temps partiel: 6159
Masse salariale
183 968 937$
Salaires les plus élevés: 2 employés gagnent entre 200 000$ et 299 999$
8 employés gagnent entre 80 000$ et 199 999$

Médecins sans frontières Canada *
Nombre d'employés:
temps plein: 49
temps partiel: 243
Masse salariale
6 274 361$
Salaire le plus élevé: 1 employé gagne entre 120 000$ et 159 999$
6 employés gagnent entre 80 000$ et 119 999$

Oxfam Québec
Nombre d'employés:
temps plein: 85
temps partiel: 0
Masse salariale
5 848 079$
Salaires les plus élevés: 2 employés gagnent entre 120 000$ et 199 999$
8 employés gagnent entre 80 000$ et 119 999$

UNICEF Canada
Nombre d'employés:
temps plein: 72
temps partiel: 18
Masse salariale
5 616 591$
Salaires les plus élevés: 2 employés gagnent entre 200 000$ et 249 999$
8 employés gagnent entre 80 000$ et 159 999$